Elon Musk : « l’argent va devenir sans intérêt », assure l’homme le plus riche du monde

Payé en watts ?

 
Après avoir promis la fin du travail obligatoire d’ici vingt ans, Elon Musk pousse sa vision futuriste un cran plus loin. Selon le milliardaire, l’essor combiné de l’intelligence artificielle et de la robotique rendra bientôt la monnaie totalement obsolète.

C’est un paradoxe : l’homme le plus riche de la planète ne croit plus à l’avenir de l’argent. Invité du tout premier épisode de The Builders, le nouveau podcast de son biographe officiel Walter Isaacson mis en ligne ce mardi 20 octobre, le patron de Tesla et SpaceX a livré sa vision de l’économie post-IA. Dans cet entretien d’une quarantaine de minutes enregistré début août, il soutient que les robots et la conquête spatiale vont générer une telle abondance que la monnaie traditionnelle perdra tout son sens.

Concrètement, les devises laisseraient place à des unités de mesure purement physiques comme l’énergie, la puissance ou la masse… autrement dit, les watts et les tonnes. Avec une économie devenue « plusieurs ordres de grandeur » supérieure à celle que nous connaissons sur Terre, subvenir aux besoins et aux envies de chaque individu deviendrait une simple formalité technique, qualifiée de « triviale » par l’entrepreneur.

Mais si tout est gratuit et automatisé, comment l’humanité occupera-t-elle ses journées ? Interrogé sur ce point par Walter Isaacson, Elon Musk avoue lui-même avoir « du mal avec cette question ». Il avance bien que chacun trouvera de nouvelles façons de s’épanouir, à l’image des retraités actuels, mais concède dans la foulée un constat plus vertigineux : dans ce monde futur, les humains ne sauront plus rien faire que les machines ne fassent mieux qu’eux. Quant au sort de son immense fortune personnelle, résumée selon lui à de simples parts dans SpaceX et Tesla, il l’écarte d’un revers de main : d’ici quelques générations, « si l’argent compte encore, ce que je ne pense pas », ses descendants n’en conserveraient de toute façon qu’une infime fraction.

Le travail « optionnel », un refrain face au mur de la réalité

Cette sortie médiatique s’inscrit dans un discours bien rodé depuis un an. Dès novembre 2025, lors du Forum d’investissement américano-saoudien à Washington, Elon Musk prédisait déjà que le travail deviendrait « optionnel » d’ici 10 à 20 ans grâce au déploiement de millions de robots. Comme le rappelait alors le magazine Fortune, le milliardaire comparait l’emploi futur à l’entretien d’un potager : tout comme on cultive ses propres légumes par plaisir plutôt que d’aller au supermarché, travailler deviendrait un simple passe-temps. Une société post-monétaire tout droit sortie de la science-fiction, qui rappelle le cycle de La Culture de l’écrivain Iain M. Banks ou la Fédération de Star Trek.

Or, dans les faits, les économistes se montrent beaucoup plus sceptiques sur un tel calendrier. Interrogée par Fortune, Ioana Marinescu, professeure à l’université de Pennsylvanie, souligne un décalage matériel majeur : si le coût de l’IA chute rapidement, la robotique physique reste extrêmement onéreuse et cantonnée à des tâches très spécialisées. D’ailleurs, une étude publiée en octobre 2025 par le Budget Lab de l’université Yale ne relevait aucun bouleversement net sur le marché de l’emploi depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Plus ironique encore pour Elon Musk, ses propres robots humanoïdes Optimus accumulent les retards de production chez Tesla, alors même qu’il compte sur eux pour représenter à terme 80 % de la valorisation du constructeur.

Chez les patrons de la tech, chacun sa prophétie

Elon Musk est toutefois loin d’être le seul dirigeant de la Silicon Valley à jouer les oracles, souvent au gré de ses propres intérêts industriels. Là où il promet l’abondance, Bill Gates a radicalement changé d’avis sur l’IA, redoutant désormais un scénario catastrophe susceptible de causer un milliard de morts. À l’opposé du spectre, le patron de Nvidia, Jensen Huang, balaie les craintes d’une fin du monde et refuse catégoriquement de ralentir le rythme.

De son côté, Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, a récemment appelé l’industrie à lever le pied — une demande aussitôt approuvée par Elon Musk —, tandis qu’OpenAI et ses concurrents s’entraînent en secret au scénario du pire. Mais en attendant que l’argent disparaisse, les géants du secteur restent bel et bien rattrapés par la réalité comptable : aujourd’hui, un laboratoire comme Anthropic dépense encore près de trois dollars pour chaque dollar gagné.


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