Mélenchon, Attal, Bardella, Retailleau : la coupure d’Anthropic les met tous d’accord

Tapis rouge politique

 
En coupant l’accès à ses IA les plus puissantes sur ordre de Washington, Anthropic a offert à la classe politique française un sujet de campagne inattendu. De Jean-Luc Mélenchon à Jordan Bardella, tout le monde réclame désormais une IA souveraine.

L’histoire commence aux États-Unis, mais elle a traversé l’Atlantique en quelques heures. Vendredi soir, le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a sommé Anthropic, par lettre, de bloquer Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, au nom du contrôle des exportations et de la sécurité nationale. Résultat : l’entreprise a dû couper ses deux modèles les plus puissants trois jours seulement après leur lancement. Anthropic conteste le motif invoqué, une histoire de « jailbreak » qu’elle juge mineure, et a saisi la justice.

En France, la réaction a été immédiate et transpartisane. Pour une fois, du RN à LFI, à peu près tout le monde dit la même chose : dépendre d’une technologie qu’un gouvernement étranger peut éteindre du jour au lendemain, ce n’est plus tenable. À un an de la présidentielle, le sujet tombe à pic.

La souveraineté, nouveau réflexe de campagne

Jordan Bardella (RN) y voit un « sujet de souveraineté nationale majeur » et presse Paris d’accélérer son soutien à Mistral. Gabriel Attal (Renaissance) signe la sortie la plus martiale : « la guerre de l’IA a déjà commencé », deux camps, les gagnants et les perdants, et un risque de « vassalisation totale de la France ». Sa formule qui claque : Anthropic est « leur détroit d’Ormuz », un verrou qu’on peut fermer à volonté. Il en fait l’un des quatre chantiers de sa campagne, à financer en partie par la retraite par capitalisation qu’il défend.

Édouard Philippe (Horizons) file la même image : l’IA est une infrastructure critique, « aussi essentielle que l’électricité ou Internet », et il réclame un « Buy European Tech Act » assorti d’un accès préférentiel à l’électricité décarbonée pour les Européens. À gauche, Jean-Luc Mélenchon refuse que la France devienne « une colonie numérique des USA », tout en notant que la décision de Trump ressemble aussi à un règlement de comptes avec Amodei, ce patron qui défend une IA éthique et s’est affiché aux côtés du pape pour son encyclique sur le sujet. Bref, le diagnostic fait consensus. Le remède, beaucoup moins.

Bruno Retailleau, lui, invite carrément Anthropic à Paris

Bruno Retailleau (LR), ancien ministre de l’Intérieur et candidat à 2027, va un cran plus loin que les formules d’alerte.

Dans son message, le sénateur s’adresse directement à Dario Amodei, le CEO d’Anthropic : « vous êtes les bienvenus à Paris ». Il l’invite à venir développer l’entreprise en France, promet un programme de retour au pays pour les experts français de l’IA et réclame trois leviers : une commande publique réorientée vers le souverain, des infrastructures et un allègement des règles pour les chercheurs.

Sauf qu’Anthropic vient justement d’être débranchée parce que Washington la tient par le contrôle des exportations. Une boîte américaine sous tutelle de son propre État ne déménage pas son siège d’un claquement de doigts. L’invitation tient donc plus du marqueur politique que du plan industriel.

Au fond, cette histoire américaine a réussi ce qu’aucun rapport parlementaire n’avait obtenu : mettre l’IA souveraine au centre du jeu.

Reste que brandir Mistral entre deux tweets ne fabrique pas un modèle de frontière, et entre l’électrochoc et les dizaines de milliards qu’il faudrait aligner pour combler l’écart, personne n’a encore sorti la calculette.


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