Parler à l’IA au bureau crée un tel brouhaha que le masque antibruit fait son apparition

L'open space sous silence

 
Dans certaines startups de la Silicon Valley, on ne tape plus, on parle à son assistant IA. Et pour ne pas transformer l’open space en marché aux poissons, un accessoire refait surface : le masque antibruit.

Cela fait plusieurs mois que j’ai pris l’habitude de dicter mes articles et tests. Je m’inquiète même de mes enfants n’apprennent jamais à vraiment taper sur un clavier. Mon outil : Wispr Flow, une application qui transforme la parole en texte propre dans n’importe quel logiciel. Parler à son ordinateur devient une habitude de travail, et ça soulève un vrai problème de cohabitation au bureau.

Ces applications de dictée dopées à l’IA se multiplient. Wispr Flow revendique une saisie quatre fois plus rapide qu’au clavier, et son éditeur affirme équiper plusieurs centaines de grandes entreprises américaines, dont Nvidia et Amazon. Le principe est simple : on appuie sur un raccourci, on parle, et le texte s’affiche déjà nettoyé de ses hésitations. Développeurs, commerciaux, support client : de plus en plus de métiers pilotent leurs outils et leurs assistants IA à la voix.

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Le souci arrive quand tout le monde s’y met en même temps. Si des dizaines de personnes dictent leurs messages et leurs requêtes à voix haute dans un même open space, l’endroit vire au brouhaha. Le bruit ambiant dégrade aussi la reconnaissance vocale : plus de fautes, plus de répétitions, moins de confort. Beaucoup d’employés dégainent déjà un casque à réduction de bruit active, comme l’AirPods Max d’Apple, les AirPods 4, les Pro 3 ou le Sony WH-1000XM4, pour s’isoler et mieux se faire comprendre de leur assistant. Mais un casque protège surtout celui qui le porte et reste sans effet sur ses voisins. D’où l’idée, un peu folle sur le papier, de se couvrir la bouche pour parler.

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Un masque de réacteur d’avion sur le visage

C’est le pari de Skyted, une startup toulousaine fondée en 2021 par Stéphane Hersen, ancien vice-président d’Airbus, et Frank Simon, acousticien passé par l’Onera (l’office public de recherche aérospatiale). Leur masque absorbe la voix au lieu de la laisser filer dans la pièce. La matière qui l’habille a d’abord été conçue pour étouffer le bruit des réacteurs d’avion.

Présenté au CES de Las Vegas début 2024, le masque promet d’avaler jusqu’à 80 % des fréquences de la voix, d’après Skyted. On le relie à son téléphone pour passer ses appels ou ses visioconférences sans être entendu des voisins. Comme le racontaient nos confrères de Numerama, l’objet vise justement le train, l’avion et l’open space. La contrepartie : environ 220 grammes sur le visage, un look de muselière, et un prix de 249 euros. La startup en a tout de même prévendu 800 exemplaires sur Kickstarter.

Parler à l’IA sans émettre le moindre son

Le masque antibruit reste une rustine. La version futuriste du même problème consiste à parler à l’IA sans émettre le moindre son. C’est le terrain d’AlterEgo, un projet né au MIT en 2018 et devenu une entreprise début 2025, dirigée par son inventeur Arnav Kapur.

Le dispositif se porte autour de l’oreille et de la mâchoire. Il capte les signaux neuromusculaires que le visage produit quand on articule des mots dans sa tête, sans les prononcer, ce qu’on appelle la subvocalisation. L’appareil ne lit pas les pensées. Il intercepte l’intention de parler, juste avant le son. La réponse revient par conduction osseuse, ces vibrations transmises à l’oreille interne par les os du crâne, que l’entourage n’entend pas. Révélé par le média américain Axios en septembre 2025, AlterEgo affichait déjà 92 % de précision dans son étude fondatrice de 2018.

Au départ, la technologie visait surtout les personnes qui ont perdu l’usage de la parole, à cause d’une SLA (sclérose latérale amyotrophique) ou d’une sclérose en plaques. Pour l’instant, ça reste un prototype : ni prix, ni date de sortie. Kapur n’a même pas communiqué le montant levé par sa startup.

À ce stade, le masque de Skyted et le casque subvocal d’AlterEgo relèvent plus du gadget high-tech que de l’équipement de bureau courant. Le vrai changement est déjà là. Dicter à voix haute au travail se banalise, avec ses effets sur le calme des open spaces. Si vous voulez juste vous couper du brouhaha sans museler personne, un bon casque à réduction de bruit, à l’image des derniers modèles de Bowers & Wilkins, fait encore très bien l’affaire.


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