L’IA de Google fait plonger l’audience des médias français : -22,9 % de visites en un an

Le choc du zero-click

 
Les sites de 40 grands médias d’information français ont perdu 22,9 % de leurs visites entre septembre 2025 et septembre 2026, d’après les chiffres de l’ACPM. Sur la même période, leurs applications n’ont reculé que de 9,4 %.

Deux mois après l’arrivée des résumés par IA de Google en France, les premiers chiffres d’audience certifiés sont tombés, et les sites d’actualité reculent nettement. Dans une analyse publiée ce jeudi 8 octobre, The Media Leader a comparé le classement de septembre 2026 de l’ACPM (l’organisme qui certifie l’audience des médias français) à celui de septembre 2025, sur 40 marques d’information. Le panel est passé de 2,14 milliards à 1,70 milliard de visites, soit 440 millions de visites en moins en un an (-20,8 %). Les sites, qui dépendent de Google pour faire venir leurs lecteurs, perdent 22,9 % de leurs visites. Les applications ne reculent que de 9,4 % à périmètre comparable.

Pour comprendre, il faut regarder comment fonctionnent les Aperçus IA (AI Overviews en anglais). Depuis qu’ils ont été déployés en France le 22 juillet, ils affichent un résumé généré par Gemini au-dessus des liens classiques. L’internaute a sa réponse sans quitter Google, et n’a plus forcément de raison de cliquer vers l’article qui a servi à écrire ce résumé.

Les États-Unis ont eu ces résumés dès mai 2024, et l’effet y a été mesuré. Le Pew Research Center, un institut de recherche américain, a suivi la navigation de 900 adultes américains en mars 2025. Quand un résumé IA s’affichait, ils cliquaient sur un lien classique dans 8 % des visites, contre 15 % sans résumé. Les liens cités dans le résumé lui-même n’étaient cliqués que dans 1 % des visites.

Les applications encaissent beaucoup mieux

Les lecteurs ouvrent directement les applications, sans passer par un moteur de recherche, ce qui explique l’écart. Chez Franceinfo, les visites du site ont baissé de 32,9 % alors que l’application n’a perdu que 9,9 %. Le Parisien a vu son site reculer de 43,5 %, pour une baisse de 19,3 % sur l’application.

Le cas le plus net est celui d’ici (ex-France Bleu), le réseau local de Radio France. Ses visites web ont été divisées par plus de deux (-55,8 %), alors que son application a progressé de 21,8 %.

Les newsmagazines sont parmi les plus touchés. Marianne (-51,7 %), Le Point (-51,6 %) et L’Express (-43,8 %) ont perdu environ la moitié de leurs visites. Même les plus gros reculent : Le Figaro est tombé à 167,2 millions de visites (-21,8 %), Le Monde à 151,9 millions (-19,6 %).

Quelques titres résistent mieux. Ouest-France, premier média d’information du classement avec 191,9 millions de visites, limite sa baisse à 9,6 %. Paris Match (+2,2 %) et La Nouvelle République (+8 %) progressent même. La hausse de Nice-Matin (+46,1 %) est en revanche artificielle : la marque regroupe désormais les chiffres de Var-Matin et de Monaco-Matin.

Google n’est pas le seul suspect

Il faut aussi tenir compte du point de départ. Septembre 2025 avait été un mois exceptionnel pour l’information en ligne, avec la chute du gouvernement Bayrou et la mobilisation du 10 septembre. Ce jour-là, les sites et applications d’information avaient battu leur record de l’année, avec plus de 104 millions de visites selon l’ACPM. Cette base très haute gonfle une partie des baisses. En revanche, elle n’explique pas l’écart entre sites et applications, qui ont profité du même pic d’actualité. En août, sans effet de base comparable, les sites du panel avaient déjà perdu 18,8 % sur un an, contre 2,5 % pour les applications.

D’autres changements chez Google brouillent l’analyse. L’algorithme de Discover (le fil d’articles proposé sur mobile) a bougé, et une mise à jour anti-spam a été déployée au même moment. Google assure de son côté que ses résumés n’ont entraîné aucune baisse significative. Pourtant, à la Google I/O 2026, en mai, l’entreprise a présenté un moteur qui répond et réserve lui-même à la place de l’internaute.

Les résumés de Google ne sont pas les seuls à capter les lecteurs. En effet, les chatbots comme ChatGPT, Gemini ou Claude répondent eux aussi directement, et leurs versions gratuites se paient avec de la publicité ou vos conversations.

Le 11 août, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), qui représente près de 300 quotidiens, a saisi l’Autorité de la concurrence. Elle reproche à Google d’avoir lancé ses résumés sans négocier avec les éditeurs, alors qu’il s’y était engagé en 2022, pour une durée qui court jusqu’en 2027.

Si vous voulez continuer à voir vos médias habituels, Google propose une option « Sources préférées », qui met en avant les sites que vous avez choisis dans ses réponses IA. Vous pouvez aussi installer l’application de vos médias : dans le classement ACPM de septembre, ce sont elles qui tiennent le mieux.


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