L’effondrement des bots russes du géant Yandex après trois frappes de drones ukrainiens sur ses data centers

 
En quatre jours, des drones attribués à l’Ukraine ont mis hors service trois des cinq grands data centers de Yandex. Sur Cloudflare Radar, le trafic des robots du « Google russe » s’est presque éteint.

Si vous avez déjà ouvert les logs d’un site web, vous connaissez YandexBot. Le robot d’indexation russe passe, repasse, et se montre parfois si gourmand que beaucoup d’administrateurs ont fini par lui fermer la porte dans leur fichier robots.txt.

Depuis quelques jours, il se fait étrangement discret. Personne ne l’a calmé avec une ligne de configuration bien sentie : plusieurs des bâtiments qui abritent ses serveurs ont brûlé. Des années de débats sur le « crawl budget », et c’est finalement un drone qui a tranché.

Tout commence dans la nuit du 7 au 8 octobre à Sasovo, au sud-est de Moscou. Un incendie provoqué par une attaque de drones met à l’arrêt complet ce site de Yandex qui héberge des dizaines de milliers de serveurs, avec une capacité électrique annoncée de 12 MW (l’ordre de grandeur de la consommation moyenne de 20 000 foyers français) et deux des trois supercalculateurs qui servent à entraîner YandexGPT.

Le data center partage ses murs avec une usine de machines-outils sous sanctions qui travaille pour l’industrie militaire.

Le 9 octobre, plusieurs modules du site de Kalouga tombent à leur tour, puis Yandex annonce le 11 l’arrêt total de celui de Vladimir. Volodymyr Zelensky n’a rien détaillé, mais il a affirmé que Kiev répondait « en miroir » aux frappes russes qui visent depuis septembre les data centers ukrainiens.

Ce que mesure vraiment Cloudflare Radar

La courbe qui circule depuis le week-end vient de la page que Cloudflare Radar consacre à AS13238, le réseau principal de Yandex. Elle compte les requêtes HTTP automatisées issues de ce réseau et observées par Cloudflare, qui voit passer environ un cinquième du trafic web mondial.

Ce trafic était retombé vers 57 % de son niveau après Sasovo, avant de plonger à 0,4 % de son pic des deux dernières semaines. NetBlocks, qui surveille la connectivité des réseaux, mesurait de son côté Yandex Cloud à 30 % de la normale. Les robots concernés sont avant tout les crawlers qui indexent le Web pour le moteur de recherche et nourrissent l’assistante Alice.

Certains ont pourtant vendu l’histoire comme un coup d’arrêt à la désinformation russe, avec en prime un effet supposé sur les élections américaines de novembre.

Rien dans ces données ne permet de l’affirmer. Les comptes de propagande opèrent depuis les réseaux sociaux et des proxys résidentiels, et n’ont jamais eu besoin du crawler d’un moteur de recherche.

Cloudflare n’identifie d’ailleurs ni l’opérateur ni la finalité de ces requêtes. On ignore aussi si la chute vient uniquement des serveurs détruits ou si Yandex a volontairement coupé l’indexation pour réserver ses capacités restantes aux services grand public.

Des dégâts bien réels côté russe

Yandex pèse très peu dans l’Hexagone, et nos logs seront juste un peu plus calmes. En Russie, la panne se voit davantage. Les sites des chemins de fer russes, de l’opérateur MegaFon et de plusieurs médias hébergés à Sasovo ont été perturbés, tout comme Yandex Disk et Yandex Documents, et l’action a perdu environ 4 % à la Bourse de Moscou.

L’entreprise admet qu’il est « très difficile » de prévoir le retour des équipements, et les sanctions occidentales compliquent le remplacement des puces haut de gamme parties en fumée. Avec deux grands sites encore debout en région de Moscou, Yandex va devoir choisir ce qu’il fait tourner en priorité.


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