Microsoft rachète GitHub et la communauté de développeurs utilisant la plateforme retient son souffle. La culture du géant du logiciel a beaucoup changé ces dernières années. L’image de grand méchant, elle, perdure dans le monde du libre.

Satya Nadella, actuel CEO de Microsoft

De Big Brother à outsider

Il y a 20 ans, Microsoft était le mal absolu. Big Brother. Le géant qui uniformise tout, détruit toutes les alternatives sur son passage. L’éditeur incapable de sortir un logiciel qui ne soit pas bourré de bugs, de failles de sécurité et d’assistants en forme de trombone animé. Google était à peine naissant. Apple n’était pas loin de disparaître. Mark Zuckerberg avait 13 ans. Elon Musk était le co-fondateur d’une boite rachetée par Altavista.

En deux décennies, Microsoft s’est complètement métamorphosée. Avec l’arrivée de Satya Nadella, naturellement, mais le mouvement avait commencé quelques années auparavant. Il faut dire que le statut du géant était en train de changer, de leader incontesté de l’informatique personnelle à colosse fragile qui voit peu à peu l’ère de la mobilité lui passer intégralement sous le nez. Le champion redevenait l’outsider sympa qui fait des efforts pour changer de logiciel, de culture.

Microsoft et le libre : un mariage impensable

Le nouveau Microsoft accueille ses concurrents à bras ouverts, saisit les opportunités. Investit dans des apps Android et iOS, rachète Mojang sans même faire de Minecraft une exclusivité Windows et Xbox. Investit dans le cloud, l’intelligence artificielle. La dernière réorganisation de l’entreprise dilue même Windows dans différentes divisions. Impensable à l’époque du tout Windows, où même publier des versions Android et iOS de Word ou Excel était proscrit !

Aussi, quand Microsoft annonce le rachat de GitHub, on trouve ça intéressant, fascinant même. Microsoft qui investit dans la première plateforme de développeurs au monde, qui confirme son intérêt pour l’open source… C’est le nouveau Microsoft ! C’est cool ! Ils vont en faire un truc bien !

Chasser le spectre de l’ère Ballmer

Il y a, néanmoins, un cercle où le message du nouveau Microsoft ne passe pas du tout. Chez les utilisateurs de GitHub qui sont au pire carrément remontés, au mieux franchement inquiets. Et il y a sans doute de quoi l’être, ne serait-ce que par réticence devant n’importe quel rachat de quelque chose qui marche par un géant. Microsoft semble d’ailleurs conscient de ces réticences, appelant la communauté Github à la confiance. Il est vrai qu’il est également beaucoup trop tôt pour savoir ce que Microsoft fera de cette acquisition, en bien comme en mal.

Il y a sans doute le spectre toujours présent d’attitudes qui fâchent, comme l’usage de la télémétrie dans Windows 10. Celui, pas complètement évaporé, du rachat catastrophique de Nokia. Mais justement, aujourd’hui, les géants qui font peur, par leurs moyens illimités et leur pouvoir de vie ou de mort sur une industrie, ne sont-ils pas plutôt Google ou Apple ?

Au passage, Microsoft a également effectué des acquisitions plutôt sensées, dont les développements ont été beaucoup plus positifs. Malgré une controverse sur les récentes versions console de Minecraft, le rachat de Mojang a permi au jeu de se développer, tout en gardant sa culture et son ancrage multiplateforme. Sunrise et Accompli ont été intégrés dans un Outlook mobile plutôt bien reçu et SwiftKey est encore bien vivant. Bref, des exemples de rachats qui ont été bien intégrés ou qui ont su conserver leur identité. En attendant de voir de quel côté penchera celui de GitHub, qui peut tout à fait mal se passer, il prouve au moins une certaine constance du nouveau Microsoft dans ses efforts en direction de l’open source.