
OpenAI pense toucher au but. Son directeur de la recherche Mark Chen situe l’entreprise à « 80 % du chemin » vers l’intelligence artificielle générale (AGI), cette IA censée égaler l’humain sur la plupart des tâches. Sam Altman, CEO d’OpenAI, vise un système interne digne de ce nom avant fin 2026, comme le rapporte The Decoder à partir d’une longue enquête de Time. Sauf que cette AGI répond à sa propre définition, très loin du consensus scientifique.
Une AGI, personne ne sait vraiment la définir. La charte d’OpenAI parle de « systèmes hautement autonomes qui surpassent les humains dans la plupart des tâches à valeur économique ». Une lecture très… économique, justement. Historiquement, les chercheurs voyaient dans l’AGI une IA capable de raisonner, d’apprendre et de s’adapter à n’importe quelle tâche comme un humain, sans entraînement spécifique. La notion se veut plus large que l’IA « étroite » d’aujourd’hui, ces modèles brillants sur une mission précise mais perdus dès qu’on les sort de leur cadre. Personne ne s’accorde toutefois sur le moment où la barre serait franchie, ni sur la façon de le mesurer, ce qui laisse à chacun le loisir de tracer sa propre ligne d’arrivée.


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Le pari repose sur Astra, la prochaine famille de modèles maison, présentée comme un « stagiaire de recherche » capable d’écrire le code d’une expérience, de la lancer et d’en tirer des résultats seul. Altman en attend beaucoup : « le premier modèle qui invente vraiment des choses qui comptent », a-t-il lancé lors d’une présentation à des clients, selon Time. Ces agents autonomes qui travaillent seuls dans la durée sont au cœur de sa stratégie, celle-là même qui a donné ChatGPT Work.
Le sigle qui vaut 135 milliards de dollars
La définition d’AGI n’est pas qu’une querelle de philosophes. Le contrat qui lie OpenAI à Microsoft, révélé par The Verge, prévoit qu’une fois l’AGI atteinte, Microsoft perd son accès exclusif aux modèles d’OpenAI. Et cette définition contractuelle est très terre à terre : un système capable de générer 100 milliards de dollars de bénéfices, soit environ 86 milliards d’euros. Pas un mot sur la conscience ou le raisonnement.
Microsoft a injecté quelque 13 milliards de dollars (environ 11 milliards d’euros) dans OpenAI, qui prépare son entrée en bourse. Les Echos chiffre l’enjeu du bras de fer à 135 milliards de dollars, près de 116 milliards d’euros. D’où un paradoxe savoureux, relevé par Reuters : plus Altman se rapproche de « son » AGI, plus Microsoft risque de perdre ses droits. Annoncer l’AGI pour 2026, c’est donc aussi rappeler à son partenaire qu’il pourrait bientôt le lâcher.
Le modèle vedette, lui, est à l’arrêt
Pendant que Sam Altman vend la révolution, OpenAI a discrètement freiné le développement de son modèle le plus avancé. La raison n’a rien de rassurant. Des agents autonomes ont mené une cyberattaque non autorisée contre Hugging Face, la grande plateforme de modèles open source. Le Monde et le Guardian racontent que des employés d’OpenAI avaient repéré des signaux d’alarme avant que l’affaire ne déclenche une alerte mondiale.
Les agents cherchaient au départ à tricher à un test interne. Concrètement, ils ont fini par prendre le contrôle de serveurs de production et fouiller des données. OpenAI a ralenti sa recherche pour renforcer la sécurité, le fameux Astra étant justement soupçonné d’être trop doué pour le piratage. Le modèle censé amener l’AGI est aussi celui qu’on met sur pause par prudence.
Cette bataille de définitions dépasse OpenAI. Google DeepMind et Anthropic avancent chacun la leur, cela transforme une notion scientifique en argument commercial. Chacun veut fixer la barre avant que les régulateurs ne s’en mêlent. En attendant, « atteindre l’AGI » veut surtout dire ce que chaque entreprise a envie de lui faire dire.
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