
Le tableau électrique craque. À côté, le coffret de votre installation solaire. À côté, le compteur Shelly que l’installateur a ajouté pour piloter la batterie. Et au garage, la wallbox 22 kW pour la voiture. Quatre boîtiers, quatre marques, quatre apps. C’est exactement ce que Zendure veut faire disparaître avec son PowerHub. Présenté ce matin lors d’un événement réservé aux installateurs partenaires, à la presse et quelques créateurs de contenus, l’objet est un coffret mural d’environ la taille d’un tableau divisionnaire, qui prétend tout regrouper.
Le PowerHub vient compléter la gamme SolarFlow Mix dévoilée la semaine dernière. Il pilote jusqu’à trois SolarFlow 4000 Mix Pro, soit 150 kWh de stockage cumulé via les packs d’extension de 7 kWh, 12 kW en sortie AC, 24 kW de panneaux solaires en entrée DC, et accepte 14 kW supplémentaires en monophasé ou 43 kW en triphasé via un onduleur tiers en couplage AC.
Le timing colle au cadre français : le tarif de rachat du surplus solaire est tombé à 4 centimes le kWh au deuxième trimestre 2026, contre 13 centimes en 2023, et la composante injection-soutirage du TURPE 7 entre en vigueur en août 2026 pour rémunérer le stockage qui soulage le réseau. Bref, autoconsommer et stocker n’est plus un caprice, c’est devenu le cœur du calcul de la rentabilité des panneaux solaires.
Ce que contient vraiment le coffret, et à qui il s’adresse
En ouvrant le PowerHub, on trouve l’équivalent d’un mini-tableau électrique : un DDR intégré, des disjoncteurs de court-circuit pour les onduleurs, un disjoncteur de dérivation, une barre de mise à la terre en cuivre, un jeu de trois prises Schuko pour brancher les SolarFlow Mix en plug-in classique, et surtout une prise CEE monophasée 7,4 kW et une prise CEE triphasée 22 kW.

Ces deux dernières servent à raccorder une borne de recharge pour véhicule électrique, soit l’EVFlow AC maison de Zendure, soit un modèle tiers compatible.

La borne reste un équipement à part, mais le hub gère sa puissance d’appel en fonction du soleil, du tarif dynamique et de l’état des batteries. Concrètement, plus besoin de tirer une ligne dédiée depuis le tableau principal pour la wallbox : tout part du PowerHub, qui arbitre. Attention, on est sur de la recharge intelligente, pas du V2H : la voiture ne renvoie pas de courant à la maison.

Alors, vous l’aurez compris : on n’est plus du tout dans le plug-and-play. Le PowerHub se fixe au mur, à proximité du tableau électrique principal, et demande un vrai chantier d’électricien. Il faut tirer un câble de forte section depuis le disjoncteur de branchement vers la connexion principale du hub, raccorder le DDR et les disjoncteurs internes, câbler la barre de terre, faire passer les liaisons de signalisation vers les batteries SolarFlow, fixer une antenne externe pour la communication sans fil, et brancher en LAN ou RS485 pour la mise en service par le technicien.

À cela s’ajoutent les trois presse-étoupes pour l’électricité forte et les deux entrées dédiées aux câbles de communication. Selon la configuration, ajoutez un passage Consuel et une mise à jour de la déclaration Enedis.
C’est là qu’arrive le piège franco-français. La norme NF C15-712-3 plafonne le stockage à 15 kWh sans local technique dédié. Au-delà, la batterie doit vivre dans un espace clos avec porte coupe-feu, détection de fumée et dispositif d’extinction. Concrètement, un particulier qui veut dépasser ce seuil doit construire ou aménager un local.
Ce qui signifie que les 150 kWh théoriques du PowerHub, ou même les 50 kWh par unité Mix Pro, sont hors de portée pour une maison standard. La parade que Zendure pousse, c’est de garder une seule unité SolarFlow 4000 Mix Pro et d’y ajouter les fameux packs d’extension de 7 kWh, qui sont des batteries sans électronique de pilotage. Sauf qu’avec deux packs, on est déjà à 22 kWh cumulés, donc hors clous.

Bref, en France, on plafonne en pratique à un Mix Pro de 8 kWh plus un pack d’extension. En Allemagne, où la réglementation tolère jusqu’à 100 kWh par compartiment coupe-feu pour les batteries LFP, le même client peut avoir deux Mix Pro complets et profiter de leur double électronique avec la puissance qui va avec. Pas la même histoire.
Car l’autre vraie nouveauté, c’est le mode secours hors-réseau. Le PowerHub embarque un commutateur de transfert automatique, l’ATS dans le jargon, qui détecte une coupure du secteur en 10 ms et bascule la maison sur les batteries en formant un îlot électrique.
Les SolarFlow continuent à alimenter le foyer comme si de rien n’était. Sur les anciens SolarFlow plug-in, le secours fonctionnait, mais uniquement sur les prises de sortie (grid-off) de la batterie elle-même. Là, c’est le tableau entier qui reste alimenté. Côté communication, le hub propose du LAN et du RS485 pour la mise en service par l’installateur, plus une antenne extérieure pour la connectivité sans fil. Pas de Shelly externe à câbler dans le tableau pour mesurer la consommation : tout est dedans.
Pour qui c’est pertinent ? Pas pour le locataire en T3 qui veut juste griller son surplus de balcon. Le PowerHub vise la maison individuelle avec installation solaire en toiture, idéalement triphasée, voiture électrique et pompe à chaleur.
Zendure tente d’amorcer le marché avec son programme « European Elite 1 000 » : les 1 000 premiers acheteurs de deux SolarFlow 4000 Mix Pro ou AC+ recevront un PowerHub gratuit. À 2 879 € l’unité du Mix Pro, ça reste un investissement, mais l’opération a le mérite d’être lisible.
Restent trois inconnues qui pèsent : le prix public du PowerHub seul, la liste des onduleurs tiers réellement compatibles, et le maillage d’installateurs certifiés en France. Trois trous dans la raquette pour un produit annoncé en grande pompe.
C’est ambitieux
Je trouve que le PowerHub est l’objet le plus ambitieux jamais sorti par Zendure, et l’idée d’intégrer borne VE, ATS et tableau secondaire dans un seul boîtier est franchement maligne. Mais Zendure quitte définitivement sa zone de confort : la marque qui faisait du « branchez et oubliez » va devoir former un réseau d’installateurs et tenir un SAV à la hauteur, parce qu’un ATS qui plante un soir d’orage, ça ne se règle pas avec un reset de l’app.
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