iOS 27 et Siri AI : marre des promesses d’Apple

L'Europe au régime

 
Apple a livré une keynote qui aurait dû me faire saliver. Sauf qu’en tant qu’Européen, je passe désormais mon temps à coller des astérisques sur tout. Et un produit qu’on n’a pas le droit de toucher, ça ne fait plus envie. Ça fait mal.
Crédits : Frandroid

Je vais être honnête, parce que c’est mon métier et que ça fait des années que je couvre ces grand-messes. Hier soir, devant la dernière keynote de Tim Cook, j’ai ressenti un truc que je déteste : la lassitude.Et ce n’est pas parce qu’Apple a déçu, au contraire, mais parce qu’à chaque démo qui claquait, une petite voix ajoutait dans ma tête : « oui, enfin, pas chez toi ». Tester, c’est désirer, manipuler, juger. Là, je commente une vitrine, derrière une vitre et une vitrine inaccessible, ça ne fait pas saliver.

Bon, la nuance compte et je refuse l’exagération. L’Europe ne perd pas tout. La retouche photo par IA, Image Playground, l’app Maison, les Mots de passe, le contrôle parental, la santé : la quasi-totalité d’iOS 27 devrait bien arriver chez nous, puisque Apple Intelligence est disponible dans l’UE depuis 2025. Ce qu’on perd, c’est Siri AI sur iPhone et iPad, la pièce maîtresse, celle qui donnait un sens à tout le reste. On garde l’essentiel des fonctions, mais on perd celle qui les relie. Et au passage, le choix entre Claude, Gemini ou ChatGPT dans Siri saute avec, puisqu’il s’y greffe.

Apple précise que le blocage ne touche que l’iPhone et l’iPad : sur Mac (macOS 27), Apple Watch (watchOS 27) et le casque Vision Pro (visionOS 27), Siri AI sera bien disponible dans l’UE, ces plateformes n’étant pas soumises aux mêmes obligations du DMA. Une nuance qui en dit long sur le caractère ciblé du bras de fer.

Apple a ses raisons, et elles ne sont pas toutes mauvaises

Alors, à qui la faute ? Commençons par écouter Apple. Son argument tient debout. Le DMA, dans l’interprétation qu’en fait Bruxelles, l’obligerait à ouvrir à n’importe quel assistant tiers un accès profond à nos données et la capacité de piloter nos apps.

Or une IA agentique mal encadrée peut être détournée pour siphonner mots de passe et photos, un risque qu’Apple met en avant en s’appuyant sur des travaux de chercheurs en sécurité, sans les nommer dans son communiqué.

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Apple affirme avoir proposé un dispositif maison, le « Trusted System Agent », et un déploiement progressif sur dix-huit mois. La Commission aurait tout refusé. Sur le principe, la prudence de Cupertino s’entend.

Le blocage ne se limite d’ailleurs pas à l’Europe : Apple a indiqué que Siri AI ne serait pas non plus disponible en Chine dans un premier temps, le temps de répondre aux exigences réglementaires locales.

Mais Bruxelles aussi, et Apple n’est pas une victime

Sauf qu’il faut écouter Bruxelles avec la même attention, et sans naïveté. Le DMA n’est pas un caprice de bureaucrate. Son but : empêcher un gardien comme Apple d’imposer son propre assistant en verrouillant les concurrents sur l’appareil que vous avez payé. L’interopérabilité, le droit de choisir son IA par défaut, c’est précisément ce que vise la régulation.

Et n’oublions pas qu’Apple traîne un long historique de conformité minimale, où la « sécurité » sert parfois de paravent commode au jardin clos. Couper Siri AI plutôt que d’ouvrir, c’est aussi un choix, et un message politique adressé à Bruxelles, avec nous en monnaie d’échange. Personne n’est tout blanc dans cette histoire.

Le vrai problème, c’est qu’on commence à en prendre l’habitude

Et c’est là que mon malaise dépasse la frustration d’un soir, parce que ce n’est pas la première fois.

Apple Intelligence était déjà arrivé chez nous avec des mois de retard. Meta a retenu certains de ses modèles d’IA en Europe. Google a décalé des fonctions.

À force, une question s’installe, et elle me travaille : l’Europe est-elle en train de devenir un marché de seconde zone pour l’IA grand public ? Celui où les nouveautés débarquent en retard, amputées, ou jamais ? Je n’ai pas envie de répondre oui trop vite, ce serait injuste. La régulation européenne nous a aussi apporté du concret : l’USB-C universel, des boutiques alternatives, un vrai droit sur nos données. Ce confort-là, les Américains nous l’envient parfois. Le DMA protège réellement quelque chose.

À noter aussi : la mesure frappe les développeurs européens, qui ne pourront ni tester ni intégrer les nouvelles fonctions Siri AI dans leurs propres apps iPhone et iPad. De quoi creuser encore l’écart avec leurs homologues américains.

Mais protéger en privant, c’est un drôle de cadeau. Et je me refuse aux deux pentes faciles. L’Europe n’est pas la méchante qui assassine l’innovation : ce récit-là arrange surtout Apple. Et Apple n’est pas l’innocente persécutée : elle a sciemment choisi de couper. La vérité inconfortable, c’est qu’aucun des deux camps ne s’est assis assez longtemps à la table pour nous épargner, nous.

Alors oui, je vais continuer à vous raconter Siri AI, les nouveautés d’iOS 27 et tout le reste, avec la même exigence. Mais accordez-moi cette honnêteté de testeur : cette année, une partie de mon boulot consiste à vous décrire un plat que je n’ai pas le droit de goûter. J’espère sincèrement qu’Apple et Bruxelles trouveront un terrain d’entente, et vite, parce que ce bras de fer ne grandit personne. En attendant, Siri AI restera de l’autre côté de la vitre. Et tant qu’elle est là, l’envie de tester, elle, ne reviendra pas.

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