
Connecter sa maison est une chose. La lire d’un coup d’œil en est une autre, et c’est là que ça coince. Et c’est précisément là que Home Assistant m’avait toujours arrêté : il faut composer ses tableaux de bord soi-même, carte par carte, puis les entretenir à vie. J’ai vu des passionnés y engloutir des week-ends entiers. Très peu pour moi. Cette fois, au lieu de les coder, je les ai décrits.
Notez que cet article fait suite à celui de ce matin, sur mes premiers pas en Home Assistant accompagnés par l’IA. Après l’épisode 1, voici l’épisode 2.
Pour aller plus loin
J’ai mis dix ans à oser Home Assistant : il m’a fallu quelques heures et une IA
L’approche n’a rien d’inédit dans la communauté Home Assistant : recycler une vieille liseuse ou un Kindle en tableau de bord toujours allumé est une piste explorée depuis longtemps par les bricoleurs, séduits par la très faible consommation et l’absence de reflets de l’e-ink. La nouveauté ici, c’est de confier le gros du travail de mise en page et de code à un assistant IA plutôt que de tout écrire soi-même.
L’idée de départ tenait en une phrase : un écran dans la cuisine, allumé en permanence. J’avais une liseuse e-ink qui dormait dans un tiroir, une Boox de 10,3 pouces (j’assume qu’une vieille tablette Android aurait largement suffi), 1 872 par 1 404 pixels soit 227 points par pouce, en noir et blanc, sans rétroéclairage. Elle ne fatigue pas les yeux, ne consomme presque rien et peut rester affichée des heures. Le problème, c’est qu’afficher Home Assistant sur de l’e-ink n’est pas si simple : les couleurs virent au gris baveux, les animations laissent des fantômes, et la dalle s’endort toute seule. Bref, l’écran parfait pour la cuisine était aussi assez capricieux.
On a commencé par dessiner, pas par coder
Avant d’écrire la moindre ligne, on a posé le look de l’écran sur le papier : de gros chiffres, des traits fins pour séparer les zones, et rien d’autre. Pas de couleur, pas d’animation, pas d’ombre. À gauche, l’heure en très grand et la météo. À droite, une grille avec la température des pièces, les volets, les lumières et l’énergie. Cette maquette a tenu lieu de plan, avec l’aide de Claude Design, et le code n’a fait que la suivre.

Pour le reste, c’est assez simple. L’écran est dessiné sur une toile aux dimensions exactes de la liseuse, 1 872 par 1 404 pixels. Le programme lit l’état de la maison dans Home Assistant, peint cette toile, puis l’étire pour remplir la dalle. Deux fichiers en tout, un pour l’apparence, un pour la logique.
Là où ça s’est compliqué, c’est avec la finesse de l’écran. Ma Boox affiche 227 points par pouce en noir et blanc, et à cette densité elle ne sait pas faire un gris correct. Elle le bricole avec une pluie de points minuscules, ce qui bave dès qu’on met du texte par-dessus. On a viré tous les gris moyens. Noir franc sur blanc franc, des traits pour séparer plutôt que des fonds grisés, et c’est tout de suite devenu net. Pour vérifier, l’assistant prenait une photo de l’écran au format exact de la liseuse, mesurait chaque élément, et ne déployait qu’ensuite. C’est comme ça qu’on a coincé les vrais bugs : l’heure coupée en haut, le bloc énergie qui sortait du cadre, des tuiles qui débordaient sur deux lignes. Et comme tout était trop petit au début, on a ajouté un zoom réglable qui grossit l’ensemble, sauf l’horloge et la température, déjà énormes. Et ce n’était pas le seul problème.
Le casse-tête, c’est de rafraîchir l’écran
Sur un écran classique, on met à jour en continu sans même y penser. Sur de l’e-ink, c’est interdit : chaque pixel qui change déclenche un rafraîchissement lent, qui clignote et qui vide la batterie. Il a donc fallu doser. On lit la maison une fois, puis on met à jour par étapes : l’horloge à la minute, toutes les données toutes les quinze minutes, et un rechargement complet de la page toutes les quelques heures.

Restent deux détails que je n’aurais jamais trouvés seul. Toutes les trente minutes, l’écran fait un bref flash, tout noir puis tout blanc, histoire d’effacer les fantômes d’image que l’e-ink laisse traîner. Et un soir, l’horloge a pris du retard, parce qu’Android coupe les minuteurs quand il croit l’écran inactif : l’application envoie maintenant un petit signal régulier pour la remettre à l’heure.

Ce matin, la météo a disparu de l’écran parce que l’API Météo-France était tombée. Depuis, j’ai ajouté un repli automatique sur une source de secours : si Météo-France ne répond plus, l’affichage bascule tout seul.

Tout l’écran obéit à cette discipline de rafraîchissement lent. Sauf un bloc : le Sonos. Parce que la musique, c’est la seule chose qu’on veut voir changer à la seconde. Quand un nouveau morceau démarre dans la cuisine, la pochette, le titre et l’artiste se mettent à jour aussitôt. Pour ça, ce coin de l’écran est le seul à rester branché en direct sur Home Assistant. La pochette d’album, elle, est convertie en niveaux de gris à la volée, pour tenir proprement sur du noir et blanc. Et le tout est tactile : je tape pour mettre en pause, passer au morceau suivant, monter le volume, ou lancer une de mes playlists, depuis l’écran, sans sortir mon smartphone.
L’épreuve du réel, mesurée au pixel
Pour ça, avec l’aide de Claude Code, encore, on a donc écrit une petite application Android maison, baptisée Maraudeur, 600 kilo-octets en Kotlin.

Son rôle se résume à quatre gestes : tenir l’interface en plein écran, bloquer la mise en veille, recharger la page en contournant le cache, et déclencher un bref flash noir et blanc pour effacer la rémanence. En face, une interface taillée pour le monochrome : gros chiffres, filets fins, zéro couleur, zéro animation. Rien de spectaculaire, mais c’est exactement ce que l’e-ink sait afficher sans baver.
Puis est venue l’épreuve du réel, et c’est la partie que je préfère. Trop petit sur la dalle ? On ajoute un zoom en redimensionnant le canevas logique de l’interface. Ça déborde et l’heure se fait couper en haut ? On reprend la mise en page au pixel. Pour vérifier, l’assistant capturait la page rendue à la résolution exacte de ma liseuse, la mesurait et la comparait, avant chaque déploiement.
Une maison, quatre écrans
Une fois la cuisine au point, le reste a suivi presque tout seul. La même maison, déclinée pour une tablette couleur au salon, installable comme une vraie application, en plein écran, avec les pochettes d’albums Sonos en couleur cette fois.

Puis pour le smartphone, en version verticale, pensée pour le pouce, ajoutable à l’écran d’accueil. Et enfin une page d’accueil unique qui réunit tous ces écrans, l’état de chaque service en direct et la feuille de route du projet.
Le tout sous une identité commune, typographie soignée, fond nuit, un seul accent cyan, et un mot de passe pour tout déverrouiller.
Le point que je veux faire passer : je n’ai pas appris à concevoir des interfaces, j’ai appris à les décrire à un assistant qui les fabrique. On dessine, on imagine, et l’outil fabrique, mesure, corrige.
Les tableaux de bord de Home Assistant sont toujours là, mais là on peut faire du sur-mesure. Évidemment, il faut le matériel qui va bien, accepter de relire, et garder en tête que l’IA s’est trompée plusieurs fois. Je l’ai vu parce que je regardais.
Côté budget, le projet reste modeste : la liseuse Boox dormait déjà dans un tiroir, et une vieille tablette Android aurait fait l’affaire pour bien moins cher. Le vrai investissement, ce n’est pas le matériel, mais le temps passé à décrire, relire et corriger l’interface avec l’assistant, un temps qui se compte en heures (surtout de réflexion sous la douche), pas en week-ends.
Car, oui, ce qui prenait des week-ends tient désormais dans une conversation, et c’est sans doute le vrai basculement, plus que les jolis écrans.
Pour aller plus loin
J’ai mis dix ans à oser Home Assistant : il m’a fallu quelques heures et une IA
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