
Home Assistant, c’est la maison connectée libre et sans cloud dont tout le monde rêve et que personne n’ose installer. Moi le premier, pendant des années. Voici ce qui a fait sauter la barrière : pas plus de compétences de ma part, mais un assistant qui code à ma place pendant que je décris ce que je veux.
La promesse de Home Assistant, on la connaît : une maison connectée qui ne dépend d’aucun fabricant, parle à tous les appareils et garde nos données à la maison. Pour moi, c’est le rêve. Sauf qu’à chaque tentative, je renonçais : trop technique à installer, trop long à configurer, trop pénible à maintenir. Philips Hue, c’est simple, mais dès qu’on s’attaquait à certains produits, citons Eufy et Zendure par exemple…. Je n’avais pas envie de passer mes soirées dans des fichiers à la syntaxe étrange et trop sensible, alors je restais sagement dans les applications des marques. C’était confortable, cloisonné et un peu frustrant. Cette semaine, ce qui a cédé, c’est le mur technique, pas ma motivation.
Concrètement, j’utilise Claude Code depuis plusieurs semaines sur plein de projets, un assistant IA qui vit dans le terminal, sur un mini PC posé dans un coin du salon. La machine n’a rien d’un jouet : un processeur AMD Ryzen AI Max+ 395 et ses 16 cœurs, 128 Go de mémoire, sous Ubuntu, allumée en permanence. Pour situer, cette configuration tourne autour de 2 000 euros une fois le PC complet, soit le prix d’un bon ordinateur de travail. Je vous donne ce détail, mais dans le cadre de ce projet, ça n’a pas d’importance. Du moins, pour le moment, un Raspberry Pi, un NAS, un mini PC à 200 euros… tout ça est suffisant.
Au lieu d’apprendre Home Assistant, je l’ai dirigé : je décrivais mon intention en français, l’assistant écrivait la configuration, la validait, la déployait et corrigeait ses propres erreurs. Moi, je relisais et je tranchais.
Une maison gérée comme un serveur informatique
Le détail qui m’a convaincu que c’était sérieux : Home Assistant ne tourne pas chez moi sur une petite carte planquée derrière la box. Il vit dans une machine virtuelle hébergée sur mon NAS, un TerraMaster, créée et pilotée entièrement en ligne de commande.

Seul, j’aurais lâché à la première erreur réseau. Surtout, ma maison entière est décrite dans un dépôt Git : chaque réglage, chaque automatisation est un fichier texte versionné. Si je casse quelque chose, je reviens à l’état d’avant en une commande. Les ingénieurs appellent ça l’infrastructure-as-code, la discipline qui sert à piloter des serveurs par milliers. Sauf qu’ici, le serveur, c’est mon domicile.

Un mot pour ceux qui voudraient tenter sans IA : Home Assistant se gère traditionnellement via des fichiers YAML qu’on édite à la main (l’extension Studio Code Server ou un terminal SSH suffisent), puis qu’on versionne dans Git. Plusieurs add-ons communautaires automatisent même la sauvegarde de la configuration vers un dépôt GitHub privé.

La règle de sécurité de base reste la même que dans mon cas : ne jamais commiter le fichier secrets.yaml ni la base de données, qui contiennent mots de passe et données personnelles.
Pour qui, et à quelles conditions
En trois jours, les intégrations se sont allumées une à une : le chauffage Tado, quatorze caméras, les volets, le portail, la serrure connectée, le solaire et ses batteries, quatre zones d’enceintes, l’éclairage ampoule par ampoule. Une quinzaine de marques réunies sous le même toit logiciel, et plus de 1 400 « entités », le mot de Home Assistant pour chaque capteur ou interrupteur pilotable.

Ce n’est pas magique. Il faut une machine allumée jour et nuit, accepter de relire ce que l’IA produit, et en savoir assez pour repérer quand elle déraille. L’assistant déroule l’installation, mais c’est moi qui valide. Pour celui qui veut juste piloter deux ampoules depuis son canapé, tout ça est parfaitement inutile. Pour celui qui a déjà abandonné Home Assistant une fois, c’est peut-être la deuxième chance, et ce n’est encore que la fondation.
Home Assistant n’est pas devenu plus simple. C’est mon incompétence qui est devenue moins bloquante grâce à l’IA. La marche qui m’arrêtait depuis dix ans, je ne l’ai tout simplement plus montée seul. Une question me chiffonne, quand même : à force de déléguer ce qu’on ne comprend pas, jusqu’où accepte-t-on de ne plus savoir ce qui tourne vraiment chez soi ?
J’ai même fait le ménage : mise à jour vers la dernière version, réparations en attente ramenées à zéro, et une sauvegarde quotidienne qui ne reste plus prisonnière de la VM, elle est recopiée chaque nuit sur le mini PC, avec deux semaines d’historique. Si le NAS lâche, je restaure ailleurs. Je n’avais jamais rien réussi de tel, non pas parce que je suis devenu ingénieur en une semaine, mais parce que cette marche, je ne l’ai plus montée seul. Tout ça, c’est la fondation.

Voilà pour le comment. Le plus intéressant, c’est le pourquoi : à quoi sert tout ça ? Brancher la maison, c’était la fondation. Maintenant que tout se parle, je peux viser plus haut. Voici ce sur quoi je travaille, et que je raconterai dans les prochains épisodes.
Des écrans sur mesure dans chaque pièce. Un cerveau qui arbitre mon énergie. Deux compteurs qui se contredisent de 900 watts et un menteur que j’ai fini par coincer. Ma machine à café Wi-Fi que j’ai réussi à faire parler malgré son fabricant. Et on a tous le même fantasme en tête : Tony Stark qui lâche « JARVIS, baisse les lumières », et la maison obéit. J’ai voulu le mien. Sauf que je l’ai appelé Dobby. Bref, branchez votre maison. Elle a des choses à vous dire. La suite arrive très vite.
Avant de vous lancer : mes garde-fous
Une précision avant que ça donne des idées : ce que j’ai monté, c’est un petit serveur qui pilote ma maison, et ça vient avec des responsabilités. La règle d’or, c’est le mode dégradé : si Home Assistant tombe, la maison doit continuer de marcher.
Mes interrupteurs muraux fonctionnent toujours à la main, mon chauffage a gardé ses molettes. La domotique s’ajoute par-dessus le réel, elle ne le remplace pas, et le jour où le serveur plante pendant les vacances, on est content que personne ne soit enfermé dehors faute d’une clé autre que logicielle. Le reste tient en deux réflexes : tout versionner dans Git pour revenir en arrière d’une commande, et tester ses sauvegardes pour de vrai.
Surtout, l’IA est un copilote. Sur ma semaine, elle a sorti des bugs, suivi de fausses pistes, créé un compte vide en croyant en trouver un autre. Je l’ai vu parce que je relisais, donc on ne déploie jamais à l’aveugle ce qui agit dans le monde physique : un volet, une serrure, le chauffage en hiver. Chaque automatisation sensible garde des conditions et reste débrayable d’un geste, le jeton qui ouvre la maison ne traîne jamais en clair, et l’accès distant passe par un tunnel protégé, pas par un port grand ouvert vers le salon. Dernier point, et pas le moindre : tout ça se limite à votre matériel, vos comptes, votre réseau.
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