
L’association de consommateurs UFC-Que Choisir a officiellement déposé une assignation au tribunal judiciaire de Créteil contre le géant français Ubisoft. Le motif de cette colère juridique ? La mise à mort pure et simple du premier volet de The Crew. Souvenez-vous, sorti en 2014 et fort de 12 millions d’adeptes à son apogée, le titre a vu ses serveurs définitivement débranchés en avril 2024, provoquant un tollé généralisé.
Si la fermeture de services en ligne pour d’anciens titres est malheureusement monnaie courante, ce cas précis cristallise la frustration de toute une communauté. En coupant l’accès réseau, l’éditeur a rendu l’intégralité de son œuvre injouable, y compris le mode solo qui permettait de rouler tranquillement dans son coin. Du jour au lendemain, un produit acheté légalement s’est transformé en vulgaire presse-papiers numérique, relançant le débat explosif sur la véritable nature de nos acquisitions virtuelles, et entraînant même une action en justice initiée par deux joueurs californiens.
Propriété ou location déguisée ? Le modèle de l’industrie sur le banc des accusés
Pour l’UFC-Que Choisir, la ligne rouge a été franchie. L’organisation dénonce des pratiques commerciales jugées « trompeuses » et des clauses contractuelles « abusives ». L’angle d’attaque est redoutable : il s’agit de contester le fait qu’Ubisoft, à l’instar de presque tous les acteurs du secteur, estime que les clients n’achètent pas un jeu, mais une simple « licence d’utilisation » révocable à tout moment. Les plaignants reprochent à la firme d’avoir commercialisé une œuvre sans jamais informer clairement l’acheteur de sa potentielle « date de péremption », le tout en refusant d’accorder le moindre remboursement une fois le rideau baissé.
Cette offensive judiciaire ne sort pas de nulle part. Elle opère avec le soutien officiel de l’ONG « Stop Killing Games » (Arrêtez de tuer les jeux vidéo). Initiée par le youtubeur Ross Scott, cette fronde citoyenne a déjà récolté plus d’un million de signatures l’an dernier à travers l’Europe. The Crew s’impose comme le candidat idéal pour ce procès test : une fin de vie radicale sans patch hors-ligne, un nombre de victimes massif, et une entreprise soumise au droit européen. L’objectif assumé est d’obtenir une décision pionnière forçant les éditeurs à garantir la préservation de notre patrimoine vidéoludique.
Face aux accusations, Ubisoft campe sur ses positions. Lors de l’assemblée générale de juillet dernier, son PDG Yves Guillemot justifiait ce choix par la lourdeur technique et financière du maintien des infrastructures réseau. Sa philosophie tient en une phrase : le multijoueur est un service, « rien n’est éternel », et surtout : les jeux vidéo ne vous appartiennent pas. La marque s’appuie également sur un détail purement contractuel : les boîtes du jeu comportaient un avertissement, écrit en petits caractères, mentionnant que les serveurs pouvaient fermer avec un préavis d’un mois.
Tout l’enjeu des magistrats consistera à déterminer si cette mention lilliputienne suffit à dédouaner le géant breton. Si la justice française donne raison à l’UFC-Que Choisir, l’onde de choc dépassera largement les studios d’Ubisoft. C’est l’intégralité de la distribution PC et consoles, incluant des mastodontes comme Steam, qui pourrait être obligée de garantir qu’un jeu payé reste un jeu jouable. En cas de victoire, on imagine que les studios pourraient être forcés à définir une durée de vie de leur jeu dès son lancement, pour que les joueurs soient au moins prévenus en amont.
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