
La France fait partie des pays où la concentration en réacteurs nucléaires est la plus forte au regard de la superficie, même si la Corée du Sud la devance largement avec 26 réacteurs sur environ 100 000 kilomètres carrés, soit quelque 260 réacteurs par million de kilomètres carrés. Alors qu’on compte 6,7 réacteurs par million de kilomètres carrés en Chine, et 9,5 réacteurs par million de kilomètres carrés aux États-Unis, le chiffre grimpe à presque 105 réacteurs par million de kilomètres carrés en France !
Compte tenu de cette densité, on pourrait s’attendre à ce que les centrales pèsent lourd dans l’exposition de la population à la radioactivité. C’est d’ailleurs ce que pense près d’un Français sur trois (31 %), selon le baromètre 2024 de l’ASNR cité dans le rapport. Pour en savoir plus, il est possible de jeter un coup d’œil au travail de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), qui analyse et fait le bilan de cette exposition tous les 5 ans. Son dernier bilan, publié le 28 septembre et consacré à la période 2020-2024, contredit en bonne partie cette intuition.


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On y apprend d’abord que la dose efficace moyenne par habitant est de 7,1 millisieverts (mSv) par an. Le sievert sert à évaluer l’effet biologique des rayonnements ionisants sur le corps humain : cette dose efficace ne se mesure pas directement, elle se calcule. Une dose de 1 sievert (Sv) reçue en peu de temps sur l’ensemble du corps est une dose très élevée et dangereuse puisqu’elle peut déclencher un syndrome d’irradiation aiguë. Pour mettre en contexte ce chiffre, la limite fixée pour le public vis-à-vis des activités nucléaires est de 1 mSv par an, et les travailleurs du nucléaire ne doivent pas dépasser la valeur de 20 mSv d’exposition par an.
Ce chiffre est nettement plus élevé que celui du précédent bilan, qui portait sur 2014-2019 et donnait 4,5 mSv/an. La radioactivité n’a pas augmenté pour autant : la hausse vient surtout de la mise à jour réglementaire du coefficient de dose du radon (arrêté du 16 novembre 2023), qui a plus que doublé après une réévaluation du risque de cancer du poumon. La dose attribuée au radon passe ainsi de 1,5 à 3,9 mSv/an, alors que la concentration moyenne de radon dans les logements est restée stable, précise l’ASNR.
Quel est l’impact des centrales nucléaires sur l’exposition globale ?
Près des trois quarts de ces 7,1 mSv/an (5,5 mSv) sont d’origine naturelle. Il s’agit principalement du radon (3,9 mSv/an, soit 55 % du total), un gaz radioactif naturel émanant du sol, surtout présent dans les régions granitiques comme la Bretagne ou le Massif central. Viennent ensuite les radionucléides naturels présents dans l’alimentation et le tabac (0,65 mSv/an), les rayonnements telluriques émis par le sol et les matériaux de construction (0,62 mSv/an) et les rayonnements cosmiques (0,31 mSv/an). Côté radioactivité artificielle, l’imagerie médicale à visée diagnostique (radiographies, scanners…) représente à elle seule 1,6 mSv/an en moyenne, soit 23 % du total. Les habitudes comptent aussi : un gros consommateur de fruits de mer, riches en polonium 210, peut recevoir jusqu’à 1,3 mSv/an de plus par cette seule voie.
Les rejets des installations nucléaires, eux, pèsent très peu. Pour les riverains, dans un rayon de 10 kilomètres, ils représentent généralement moins de 0,001 mSv/an. Ramenés à l’ensemble de la population, ils tombent à 0,00003 mSv/an, soit plus de 200 000 fois moins que la dose moyenne totale. La dose peut atteindre 0,01 mSv/an pour les riverains de l’usine de retraitement du combustible d’Orano, à La Hague. Selon les sites, elle provient du carbone 14 et du tritium rejetés par les centrales, du krypton 85 autour de La Hague ou de poussières d’uranium près des usines du cycle du combustible (Malvési, Tricastin, Romans-sur-Isère).
Pour en savoir plus sur son exposition individuelle, il est possible de faire le calcul grâce à une application développée par l’ASNR, appelée EXPOP. Celle-ci permet d’estimer son exposition annuelle à partir d’un questionnaire simple, qui ne nécessite aucun enregistrement.
D’une personne à l’autre, les écarts sont importants. Pour le seul radon, la dose moyenne va de 1,3 mSv/an à Paris à 13 mSv/an dans la Creuse. L’ASNR estime qu’une personne sans examen médical, qui ne prend pas l’avion, ne fume pas, ne mange ni fruits de mer ni gibier et vit dans une zone peu exposée reçoit environ 2,5 mSv/an. Quelqu’un qui cumulerait toutes les sources au niveau le plus élevé peut monter jusqu’à 28 mSv/an.
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