
L’intelligence artificielle progresse de manière spectaculaire et modifie de nombreux usages, mais cette évolution n’est pas sans conséquence, en particulier dans le secteur de l’énergie. À l’échelle individuelle, une requête IA mobilise plus de ressources qu’une simple requête sur un moteur de recherche traditionnel, ce qui conduit à une hausse de la consommation énergétique.
Heureusement, cet écart tend à se réduire grâce à une efficacité de plus en plus marquée. Il n’en reste pas moins que les centres de données sont de plus en plus nombreux pour répondre aux besoins.
Dans son rapport Energy and AI publié en avril 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la production d’électricité nécessaire pour alimenter les centres de données dans le monde pourrait passer de 460 térawattheures (TWh) en 2024 à plus de 1 000 TWh en 2030, puis 1 300 TWh en 2035. À titre de comparaison, la France a consommé 451 TWh d’électricité en 2025, selon RTE : les centres de données du monde entier pèsent donc déjà autant que tout le pays, et plus du double à l’horizon 2030.
L’AIE a depuis actualisé ses chiffres : dans une note publiée en avril 2026, intitulée Key Questions on Energy and AI, elle évalue la consommation des centres de données à 485 TWh en 2025. Elle maintient sa projection de 945 TWh en 2030, et la production d’électricité dédiée dépasserait alors 1 000 TWh.
Une électricité encore largement carbonée
Les géants du cloud et de l’IA, que l’on appelle parfois les hyperscalers, multiplient les annonces concernant le déploiement de moyens de production d’énergie propre pour les centres de données. Mais à l’heure actuelle, on est très loin du zéro carbone. Toujours selon l’AIE, le mix électrique des data centers à travers le monde est le suivant :
- 30% de charbon,
- 27% d’énergies renouvelables,
- 26% de gaz naturel,
- 15% de nucléaire.
Parmi ces moyens de production, ce sont les énergies renouvelables qui sont déployées le plus rapidement. L’AIE estime qu’elles devraient augmenter de 22% par an entre 2024 et 2030. Elles devraient donc couvrir près de la moitié de la hausse de la demande d’électricité des data centers d’ici à 2030.

Le nucléaire à la rescousse, mais pas n’importe lequel
Cette progression ne suffira pas à suivre la demande, si bien que le recours au charbon et au gaz naturel devrait continuer d’augmenter au moins jusqu’en 2030. L’AIE estime que le charbon et le gaz naturel devraient encore couvrir plus de 40% des besoins en électricité supplémentaires des centres de données d’ici à 2030. En conséquence, les émissions de CO2 associées aux centres de données devraient continuer d’augmenter dans les années à venir.
Dans le scénario de l’AIE, un déploiement moins carboné des centres de données passe par la poursuite des renouvelables, mais aussi par le nucléaire, et plus précisément par les small modular reactors (SMR), ces petits réacteurs censés pouvoir être construits en série.
La construction d’un réacteur conventionnel, comme ceux qui composent le parc français, nécessite des délais très longs. Par exemple, EDF vise à terme 70 mois de chantier (près de six ans) pour chacun des nouveaux EPR2 français, mais le premier, à Penly, n’est attendu qu’en 2038 pour un premier béton prévu en 2029. C’est trop long compte tenu de la vitesse de déploiement des centres de données.
À l’inverse, les SMR ont pour avantage d’être plus petits, et conçus spécifiquement pour permettre l’industrialisation de leurs composants, afin d’en accélérer le déploiement. Dans le monde, l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN) de l’OCDE recense 156 projets de petits réacteurs modulaires et de micro-réacteurs, dont une dizaine en France. Les États-Unis sont moteurs en la matière avec une vingtaine de projets en développement.
Les géants de la tech sont déjà dans la boucle. L’AIE les range parmi les principaux soutiens financiers des SMR, et rappelle qu’aux États-Unis, les entreprises technologiques prévoient de financer plus de 20 GW de petits réacteurs modulaires.

Une baisse des émissions de CO2 à partir de 2030… si tout va bien
Le développement de tous ces projets pourrait aboutir, à partir de 2030, à une vague de déploiements commerciaux de SMR, pouvant répondre aux besoins grandissants en électricité des centres de données. L’AIE estime que la mise en service de ces SMR, combinée à la croissance des renouvelables, devrait faire reculer le charbon d’ici à 2035. Les émissions de CO2 liées à l’électricité des centres de données atteindraient ainsi un pic d’environ 320 millions de tonnes vers 2030, avant de redescendre lentement vers 300 millions de tonnes en 2035.
Rappelons enfin qu’à l’échelle mondiale, les quelque 1 000 TWh d’électricité produits pour les centres de données en 2030 ne devraient représenter que 3% de la production électrique mondiale, et leurs émissions moins de 1% des émissions mondiales de CO2. La route vers le zéro carbone est encore très (très) longue.
En France, le sujet se pose à une autre échelle. D’après le bilan électrique 2025 de RTE, les centres de données raccordés directement au réseau de transport ont consommé près de 1 TWh en 2025, contre 0,8 TWh en 2024. Il faut y ajouter environ 3 TWh sur le réseau de distribution d’Enedis en 2024. C’est encore peu face aux 451 TWh consommés par le pays, dont la production d’électricité est par ailleurs bas-carbone à plus de 95 %.
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