
Pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande, EDF doit régulièrement ajuster la puissance de son parc nucléaire. La production des réacteurs peut être modulée jusqu’à 80 % en fonction des besoins du réseau. S’ils n’ont rien de nouveau, ces ajustements ont pris de l’ampleur ces dernières années.
Dans son récent rapport, l’énergéticien indique que les volumes de modulation ont plus que doublé, passant d’environ 15 térawattheures (TWh) en 2019 à 33 TWh en 2025. Une évolution qui répond au besoin croissant de flexibilité sur le système électrique.
EDF assure que cette modulation accrue ne remet pas en cause la sûreté des installations, mais prévient en revanche que le mécanisme n’en reste pas moins coûteux. Les variations de puissance sollicitent davantage les équipements et accélèrent leur usure. Les opérations de contrôle et de maintenance doivent ainsi être menées plus fréquemment.
En conséquence, les coûts d’exploitation augmentent. Et à cela s’ajoute un manque à gagner, car moduler davantage, c’est aussi produire (et donc vendre) moins d’électricité.


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La situation concernant le parc nucléaire français agite le petit monde de l’énergie et ravive les tensions. Et, comme souvent, la même question ressurgit : est-ce la faute aux renouvelables ?
Les renouvelables en cause ?
Entre 2019 et 2024, la France a ajouté chaque année entre 1 et 2 gigawatts (GW) d’éolien et entre 3 et 5 GW de solaire. Dans son document, EDF pointe cet essor des énergies intermittentes comme l’une des principales explications à la hausse des modulations de ses réacteurs nucléaires. Les données montrent effectivement une forte corrélation entre l’augmentation des capacités installées et la hausse des volumes modulés.
Mais au cours de la même période, la consommation électrique a aussi baissé sous l’effet de la pandémie, de la crise énergétique et des difficultés rencontrées par le parc nucléaire, notamment le phénomène de corrosion sous contrainte.
Résultat : à certains moments de l’année, notamment lors des pics de production solaire ou éolienne, le système se retrouve en situation de surabondance. Le nucléaire doit alors réduire la puissance.

Une demande en berne
Le problème ne vient donc pas uniquement du côté de la production. Aujourd’hui encore, la consommation reste moins dynamique qu’anticipée. Et cela pourrait durer.
Dans son dernier bilan prévisionnel, RTE a d’ailleurs revu ses prévisions de consommation à la baisse. Alors qu’une première estimation évoquait 650 TWh par an à partir de 2035, la nouvelle trajectoire table désormais sur 505 TWh dans un scénario de décarbonation lente, et 580 TWh dans un scénario plus rapide.
Pourquoi un tel écart ? Parce que l’électrification des usages avance moins vite que prévu. Les ménages tardent à remplacer leurs chaudières fossiles par des pompes à chaleur. Les ventes de véhicules électriques progressent, mais sans atteindre les niveaux espérés. Et dans l’industrie, les investissements nécessaires pour passer à l’électrique restent lourds, dans un contexte économique incertain.
La France doit consommer davantage
Face à ces surcoûts d’EDF, faut-il alors ralentir les renouvelables, ou accélérer la demande ? Pour l’énergéticien, la réponse est claire. L’électrification doit devenir une « priorité absolue », comme l’a rappelé Catherine Bauby, directrice de la stratégie du groupe EDF, selon des propos rapportés par l’AFP.

Autrement dit, l’enjeu n’est pas de produire moins d’électricité renouvelable à long terme, mais d’en consommer davantage en remplacement des énergies fossiles. Toutefois, le déploiement des centrales renouvelables devrait être ajusté en fonction de l’évolution de la consommation réelle du pays. Et c’est d’ailleurs ce qui est prévu dans la dernière Programmation pluriannuelle de l’énergie.
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