EDF dévoile son plan pour faire chuter le prix de l’électricité en France grâce aux nouveaux réacteurs nucléaires

 
Le prix de l’électricité va-t’il diminuer dans le futur, grâce aux nouvelles centrales nucléaires ? C’est possible, même si les énergies renouvelables pourraient, elles aussi, participer à cette baisse de coût.
Frédéric Paulussen – Unsplash

EDF a levé le voile fin décembre sur son devis pour la construction de six réacteurs EPR2 comme le relaye Contexte. Le chiffre ? 72,8 milliards d’euros en euros constants de 2020, soit plus de 83 milliards en tenant compte de l’inflation actuelle.

Oui, c’est beaucoup. Mais au-delà de cette facture imposante, ce qui mérite attention, c’est le potentiel de baisse des prix de l’électricité dans les années à venir – un sujet rarement mis en avant dans les débats sur le nucléaire français.

Pour comprendre pourquoi ce programme pourrait effectivement réduire vos factures d’électricité, il faut d’abord comprendre comment fonctionne l’effet de série dans la construction nucléaire.

Le secret français des années glorieuses

Il y a un moment où la France excellait en matière de construction nucléaire. Entre 1970 et 1980, le pays a construit 54 réacteurs en environ quinze ans, pour un coût total équivalent à 65 milliards d’euros actuels. C’était l’époque où la standardisation était roi : mêmes modèles, même approche industrielle, apprentissages cumulatifs à grande vitesse. Ce succès repose sur un principe simple : plus vous construisez de réacteurs identiques, moins chaque unité supplémentaire coûte cher.

EDF compte sur cette leçon du passé pour les EPR2. Et les chiffres qu’ils promettent sont sérieux : selon les annonces officielles, la construction de la deuxième tranche à Penly devrait coûter 20 à 30 % moins cher que la première. Entre la première tranche et la dernière (au Bugey), EDF estime une réduction de coûts de près de 30 %, associée à un gain de 32 mois sur les délais globaux.

Moins de temps, moins cher : le double dividend

Pour concrétiser ces économies, EDF travaille sur deux fronts : réduire la durée de construction et maîtriser les coûts. Le groupe a visé un objectif ambitieux : descendre sous les 90 mois de construction (contre 96 mois initialement estimés) pour la première tranche. À long terme, l’objectif est d’atteindre 70 mois. Un chiffre qui s’apparenterait davantage à ce qu’on observe sur les chantiers nucléaires chinois.

Chaque mois économisé réduit les coûts de financement et permet une mise en production plus rapide. Pour une infrastructure investissant des dizaines de milliards d’euros, c’est substantiel.

Comment parvenir à cette accélération ? Par le retour d’expérience brut. Les cas de Flamanville en France, d’Olkiluoto en Finlande et de Taishan en Chine montrent que les équipes deviennent progressivement plus efficaces. Entre le premier EPR finlandais (Olkiluoto) et le premier EPR chinois (Taishan), la réduction des heures d’ingénierie sur la chaudière nucléaire atteint 60 %. Les délais d’approvisionnement des composants clés ont baissé de 40 % en moyenne.

Construire par paires : mutualiser pour économiser

Une subtilité importante : les six réacteurs seront construits par paires sur trois sites différents (Penly, Gravelines, Bugey). Cette configuration permet de mutualiser les infrastructures d’un site – les travaux de terrassement, les structures communes, les installations de support. Le résultat ? Une réduction d’environ 15 % sur le coût du deuxième réacteur du même site.

C’est une leçon tirée des réacteurs chinois de Taishan, où deux EPR se partagent les mêmes installations. Il ne s’agit pas d’une théorie abstraite, mais d’une économie mesurable.

La vraie question : à quel prix l’électricité ?

Tout cela converge vers un enjeu simple : le prix de vente de l’électricité produite. Le gouvernement français a fixé en 2023 un prix de référence de 70 €/mégawattheure (MWh) pour l’électricité nucléaire historique, à partir de 2026 et pour une durée de quinze ans. C’est un prix qui équilibre les besoins de rentabilité d’EDF avec la compétitivité de l’industrie française.

Pour les EPR2, le mécanisme est différent. Un contrat pour différence (CFD) a été mis en place : un prix plafond de 100 €/MWh garantit l’État. Mais le vrai potentiel réside dans cette promesse qu’EDF répète depuis décembre : avec les économies d’échelle, le prix de production pourrait descendre sensiblement.

Xavier Gruz, directeur exécutif d’EDF chargé du nouveau nucléaire, s’est montré prudent lors de la présentation du devis. Les équipes visent un prix de 70 €/MWh, mais « on n’a pas de calcul aujourd’hui suffisamment précis pour être très engagé sur le sujet ». En d’autres termes, les économies d’échelle sont réelles, mais leur ampleur dépendra de la capacité d’EDF à tenir ses promesses de délais et de maîtrise des surcoûts.

L’ombre du passé : pourquoi EDF doit convaincre

On serait tenté d’être sceptique. Flamanville, le premier EPR français, a accumulé 12 années de retard et vu son coût exploser de 3,3 milliards d’euros à 23,7 milliards. Hinkley Point C, en Angleterre, frôle des déboires similaires : initialement budgété à 26 milliards de livres, le projet atteint désormais 31 à 34 milliards et ne devrait démarrer au plus tôt qu’en 2029.

Ces fiascos traduisent des pertes de compétences dans la filière nucléaire française, une sous-estimation chronique des risques techniques et une certaine perte de discipline industrielle comparée aux années 1970. C’est précisément ce que EDF tente de corriger avec le programme EPR2 : apprentissage des erreurs passées, provisions accrues pour les risques, engagement plus serré auprès des partenaires industriels.

Le devis de 72,8 milliards comprend d’ailleurs un « niveau de provisions pour risques qui a augmenté », une reconnaissance explicite des aléas. Ce n’est pas une mauvaise chose : mieux vaut prévoir large et finir en dessous que de découvrir en cours de route que l’enveloppe est insuffisante.

Ce que cela signifie pour vous

Si EDF tient ses engagements (si les délais raccourcissent, si les coûts baissent vraiment de 30% entre la première et la dernière tranche, si l’effet de série fonctionne), alors l’électricité produite par les EPR2 pourrait effectivement être significativement moins chère que ce qu’on imaginait.

Concrètement, cela se traduirait par des prix de l’électricité plus stables et plus compétitifs pour l’industrie française dans les années 2040 et au-delà. C’est crucial pour la compétitivité des datacenters, des usines de batteries, de tous les secteurs énergivores qui hésitent encore à s’implanter en France plutôt qu’en Allemagne ou ailleurs.

Mais ce n’est pas garanti. Tout repose sur la capacité d’EDF à transformer ses promesses en réalité. L’État lui-même n’y va pas de main morte : un audit de la délégation interministérielle au nouveau nucléaire doit valider le devis au premier trimestre 2026.

Les six premiers EPR2 ne seront pas mis en service avant 2038 au mieux (un délai long, mais qui correspond à la réalité industrielle des grands projets nucléaires).

Pendant ce temps, d’autres technologies progressent, les énergies renouvelables se déploient, les batteries se perfectionnent. La question n’est pas tant « l’électricité nucléaire sera-t-elle pas chère ? » que « sera-t-elle compétitive dans le mix énergétique de 2040-2050 ? ». En effet, les énergies renouvelables (solaire et éolien) pourraient être moins cher que le nucléaire des EPR2 comme c’est déjà le cas actuellement.

Pour aller plus loin
Voici à quel point l’éolien et le solaire réduisent les factures d’électricité des français

Pour EDF et pour la France, c’est un enjeu de crédibilité. Les économies d’échelle ne sont pas un mythe : les chantiers chinois et le succès des années 1970 le prouvent. Reste à voir si l’électricien français peut enfin conjurer la malédiction des dépassements épiques et transformer enfin une promesse en succès.


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