Le paradoxe chinois : premier pollueur de la planète, mais sauveur du bilan carbone mondial

 
Premier pollueur mondial, la Chine contribue aussi à éviter des centaines de millions de tonnes d’émissions par an à l’étranger grâce à ses technologies propres. En 2025, les équipements qu’elle a exportés auraient permis d’éviter le rejet de 374 millions de tonnes de CO2. C’est plus que les émissions de CO2 de la France sur une année.

Difficile pour la majorité des pays d’envisager une transition énergétique sans dépendre de la Chine. Forte de sa puissante industrie, elle domine la production mondiale de nombreuses technologies propres, notamment les panneaux solaires, les éoliennes, les véhicules électriques et les batteries.

L’impact de ces équipements sur le climat peut d’ailleurs être quantifié. Lauri Myllyvirta, cofondateur et analyste principal du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), basé à Helsinki, a publié le 23 septembre une estimation des émissions de CO₂ évitées en 2025 grâce aux technologies propres exportées par la Chine.

Des centaines de millions de tonnes de CO₂ évitées en un an

Selon les estimations de Lauri Myllyvirta rapportées par Reuters, les technologies propres exportées par la Chine ont permis d’éviter l’émission de 374 millions de tonnes de CO₂ en 2025. À titre de comparaison, les émissions de la France se sont élevées à environ 264 millions de tonnes cette même année, contre 313 millions pour le Royaume-Uni. Sur l’ensemble de leur durée de vie, les équipements exportés en 2025 devraient permettre d’éviter environ 6,9 milliards de tonnes de CO₂, soit 31 % de plus que l’estimation équivalente pour les exportations de 2024 et à peu près le double des émissions annuelles de l’Inde.

Pour les seules exportations de 2024, le chercheur avait chiffré à 220 millions de tonnes les émissions évitées chaque année, dans une analyse publiée en juillet 2025 pour Carbon Brief. Certes importants, ces résultats sont toutefois à replacer dans le contexte des émissions mondiales, qui ont atteint environ 39 milliards de tonnes de CO₂ en 2024, selon Our World in Data. Les émissions évitées par les exportations chinoises en représentent donc moins de 1 %.

Ces chiffres sont des estimations issues d’une modélisation, et non des mesures directes. Le calcul repose sur les volumes exportés, sur l’empreinte carbone de leur fabrication et sur l’intensité carbone de l’électricité dans les pays de destination. Pour les exportations de 2024, Lauri Myllyvirta estimait ainsi que leur fabrication avait émis environ 110 millions de tonnes de CO₂ en Chine, un coût compensé en moins d’un an d’utilisation.

Les émissions de certains pays en 2025, comparées à celles évitées par les technologies chinoises exportées la même année. // Source : Lauri Myllyvirta pour Reuters

Le solaire en tête de liste, et des progressions pour les autres technologies

Le solaire arrive en tête des technologies propres exportées par la Chine. Les exportations de panneaux photovoltaïques vers l’Asie du Sud représentent à elles seules près d’un tiers des émissions évitées en 2025.  Depuis le début de la guerre en Ukraine, la région est devenue fortement exposée aux fluctuations des prix du gaz. Ménages et entreprises se sont alors massivement équipés en panneaux solaires, devenus bien moins chers, et le Pakistan en est l’exemple le plus net. Le pays a été en 2025 le premier client de la Chine pour les panneaux solaires. De 2022 à 2025, la production d’électricité solaire y est passée de 7,7 térawattheures (TWh) à 36,6 TWh.

Dans le secteur des batteries, la valeur des exportations chinoises a bondi de 41 % en 2025, l’Allemagne ayant été le plus grand marché. La demande a été fortement accentuée par l’essor des véhicules électriques, ainsi que par les besoins croissants de flexibilité des réseaux électriques.  Du côté des voitures, l’Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM) a recensé 2,61 millions de véhicules électrifiés exportés en 2025, électriques et hybrides rechargeables confondus, un record, deux fois plus qu’en 2024. Les exportations d’éoliennes ont elles aussi progressé, avec près de 8 gigawatts (GW) expédiés à l’étranger sur l’année.

En valeur, ces quatre filières ont représenté 194 milliards de dollars (environ 165 milliards d’euros) d’exportations chinoises en 2025, d’après les données des douanes chinoises, avec des marchés émergents qui tirent une bonne partie de la demande.

Source : American Public Power Association sur Unsplash

Une puissance industrielle qui accélère la transition énergétique

Si la Chine parvient à obtenir autant d’impact, c’est en majeure partie grâce à sa puissance industrielle. En l’espace de quelques années, le pays a développé des capacités de production importantes dans chacune de ces filières. D’ailleurs, trois d’entre elles (les véhicules électriques, les panneaux solaires et les batteries) forment les « New Three », un trio devenu l’un des moteurs de la croissance industrielle chinoise.

Ces filières pèsent lourd dans l’économie chinoise. Selon une autre analyse de Lauri Myllyvirta pour Carbon Brief, les énergies propres ont porté plus d’un tiers de la croissance du PIB chinois en 2025, et le pays y a investi l’équivalent d’environ 1 000 milliards de dollars sur l’année, soit à peu près quatre fois plus que dans l’extraction des énergies fossiles et les centrales à charbon.

La production à très grande échelle a permis aux fabricants de réduire leurs coûts et de proposer des équipements à des prix compétitifs. La baisse des prix de certaines technologies, en particulier des panneaux solaires, a ainsi facilité leur déploiement dans les économies émergentes.

Pour les pays importateurs, ces équipements représentent une solution de plus en plus accessible pour développer leurs capacités de production d’électricité renouvelable. Les fortes fluctuations des prix des combustibles fossiles observées ces dernières années ont également renforcé leur attractivité compte tenu des risques économiques associés à la dépendance au gaz et au pétrole.


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