Solaire à 34 % de rendement : la Chine interdit l’export de ses cellules du futur

 
Pérovskites, cellules tandem, TOPCon, hétérojonction…  La Chine veut garder la main sur son savoir-faire industriel dans le solaire. Plusieurs maillons stratégiques de la chaîne de valeur photovoltaïque pourraient bientôt faire l’objet d’interdictions ou de restrictions à l’exportation.

Le 16 octobre, le ministère chinois du Commerce et celui de la Science et de la Technologie ont proposé une révision du Catalogue des technologies interdites ou soumises à restriction à l’exportation. Au total, 40 technologies sont concernées, dans trois secteurs : l’intelligence artificielle, la biomédecine et le solaire. Pékin propose d’en interdire 14 à l’exportation et de soumettre les 26 autres à licence.

Dans le domaine du photovoltaïque, 12 technologies sont visées. Les mesures envisagées ne portent pas directement sur les produits finis, mais plutôt sur les savoir-faire, les procédés et les équipements indispensables à leur fabrication.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine concentre plus de 80 % des capacités mondiales de fabrication de modules solaires et 95 % de celles de plaquettes de silicium. Ces restrictions portent donc sur une filière que le pays domine déjà très largement.

Pour justifier ce projet, Pékin invoque la sécurité nationale. Selon le ministère du Commerce, les technologies photovoltaïques sont de plus en plus utilisées dans des secteurs sensibles, comme l’aérospatiale, la défense ou les équipements sans pilote. La proposition est soumise à une consultation publique jusqu’au 15 novembre.

Les cellules tandem et pérovskites dans le viseur

Les cellules à pérovskite et tandem sont parmi les principales technologies concernées. La Chine veut interdire l’exportation de certains procédés nécessaires à leur fabrication. Ces technologies sont prometteuses : en empilant une couche de pérovskite sur une cellule en silicium, une cellule tandem capte une plus large part du spectre solaire. La technologie tandem pérovskite-silicium a d’ailleurs déjà permis à plusieurs fabricants chinois, comme JinkoSolar et LONGi, de dépasser les 33,7 % de rendement, la limite théorique d’une cellule à simple jonction. LONGi détient le record, avec 34,85 % certifiés par le laboratoire américain NREL.

Dans le détail, la Chine souhaite interdire l’exportation des procédés de fabrication des cellules tandem pérovskite-silicium d’un rendement d’au moins 30 % et utilisant des plaquettes de silicium d’au moins 182 mm. Les mesures concernent également la technique d’enduction à la fente (slot-die coating). Il s’agit d’une technologie clé qui permet le passage de la pérovskite du laboratoire à l’usine. Pékin veut en interdire l’exportation pour les applications photovoltaïques à pérovskite nécessitant une largeur d’enduction d’au moins 1,1 mètre.

Les restrictions s’étendent aussi aux technologies de fabrication de modules solaires de grande dimension. Elles visent les procédés permettant de produire des modules à pérovskite à jonction unique d’au moins un mètre carré avec un rendement minimal de 18 %, ainsi que des modules tandem de même surface affichant au moins 28 % de rendement.

Le polysilicium et les cellules de nouvelle génération

Le polysilicium, matière première essentielle des cellules photovoltaïques au silicium cristallin, figure aussi dans la liste. Pékin veut interdire l’exportation des procédés en lit fluidisé utilisés pour le produire à grande échelle : l’hydrogénation à froid du trichlorosilane sur des lignes d’au moins 250 000 tonnes par an, et la voie silane sur des lignes d’au moins 20 000 tonnes par an.

La liste couvre également des compétences en ingénierie utiles dans la construction d’usines de polysilicium dont une seule ligne produit au moins 30 000 tonnes par an. Dans la proposition, certains savoir-faire permettant de fabriquer les machines et les équipements destinés à ces installations sont par ailleurs soumis à une autorisation préalable à l’exportation.

Les plaquettes de silicium sont aussi visées. Pékin veut interdire l’exportation des procédés de fabrication de plaquettes de 70 micromètres d’épaisseur au plus, ainsi que certaines techniques de passivation des bords pour les cellules fines. Les procédés avancés de tirage des lingots et de découpe des plaquettes seraient, eux, soumis à licence.

Pékin veut également soumettre à licence d’exportation, sans les interdire, plusieurs technologies avancées de fabrication des cellules photovoltaïques en silicium cristallin, notamment les architectures TOPCon, Back Contact et à hétérojonction.

Qu’est-ce que ces mesures impliqueraient ?

Les restrictions ne sont pas encore entrées en vigueur. Leur adoption définitive dépendra des conclusions de la consultation publique, qui doit s’achever le dimanche 15 novembre. En attendant, une mesure transitoire est déjà applicable depuis le 16 octobre. Les entreprises doivent déclarer à l’avance certains transferts de technologies figurant dans le catalogue auprès du ministère chinois du Commerce.

Pékin a déjà utilisé ce levier dans les batteries. En juillet 2025, après une consultation lancée en début d’année, les deux ministères avaient ajouté au même catalogue les technologies de préparation des cathodes de batteries, dont le lithium fer phosphate (LFP), ainsi que plusieurs procédés d’extraction du lithium. Elles ne sont pas interdites, mais leur exportation exige depuis une licence.

Si la proposition est adoptée, la Chine pourra conserver une longueur d’avance sur les technologies photovoltaïques les plus avancées. Les grandes économies qui veulent relocaliser leur production solaire, comme les États-Unis et l’Europe, risquent en revanche d’avoir plus de mal à y parvenir. Ces pays restent effectivement dépendants de la Chine pour pouvoir accéder aux équipements les plus performants.

Pour les particuliers qui achètent des panneaux solaires, la mesure ne change rien directement : le ministère chinois du Commerce précise que les produits fabriqués avec ces technologies restent hors du champ du texte. Il assure aussi que la révision ne vise aucun pays en particulier. Les fabricants chinois devront en revanche composer avec ces règles, car installer, mettre en service ou moderniser une ligne de production à l’étranger demandera une licence d’exportation, voire deviendra impossible pour les technologies interdites.


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