800 000 prévues, 350 000 autorisées : l’Europe bride fortement les hybrides chinoises

L'hybride sous quota

 
L’Union européenne compte plafonner à 350 000 par an les importations d’hybrides chinois pendant quatre ans, à partir de début décembre. Sans cette mesure, elles auraient pu atteindre 800 000 voitures en 2026. De quoi protéger l’industrie européenne ?
Jaecoo 7 (Chery)

L’Union européenne va limiter à 350 000 voitures par an les hybrides et hybrides rechargeables importés de Chine. Un haut responsable européen l’a confirmé ce lundi 12 octobre au Wall Street Journal, au lendemain des révélations de Bloomberg.

Le dispositif est prévu pour quatre ans, avec un quota relevé de 6 % chaque année à partir de la deuxième, et doit s’appliquer dès début décembre 2026. Pour MG, BYD ou Chery, qui ont misé sur l’hybride pour échapper aux surtaxes européennes sur leurs voitures électriques, ça représente moins de la moitié des volumes que Bruxelles voyait arriver cette année.

D’après Eurostat, l’UE a importé environ 107 000 hybrides chinoises en 2024, puis environ 302 000 en 2025, soit presque le triple. Sans intervention, le responsable européen estime que le chiffre pourrait grimper jusqu’à 800 000 en 2026. Le quota revient donc à diviser par plus de deux les volumes attendus.

Les marques chinoises se sont ruées sur l’hybride parce qu’il échappe aux surtaxes décidées en octobre 2024. Certains constructeurs paient jusqu’à 45,3 % de droits sur une voiture électrique fabriquée en Chine (droit de base de 10 % compris), contre 10 % seulement sur un modèle hybride. En clair, les surtaxes ont surtout déplacé le problème, et Bruxelles avait déjà commencé à viser les hybrides rechargeables venues de Chine.

Chery Tiggo 4

Selon les chiffres de l’ACEA, l’association des constructeurs européens, relayés par L’argus, les marques chinoises pesaient 14 % du marché européen des hybrides et 25 % de celui des hybrides rechargeables au premier semestre 2026, contre 2 % dans chaque catégorie en 2024.

Trois groupes concentrent l’essentiel de ces volumes. SAIC (maison mère de MG), BYD et Chery réalisent plus de 90 % des ventes des marques chinoises dans l’UE, et l’hybride pèse plus de la moitié de leurs ventes européennes.

Bruxelles a négocié ce plafond avec Pékin. Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, a passé deux jours dans la capitale chinoise avec le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, et les deux camps ont annoncé un accord de principe le 9 octobre. Dans le même accord, la Chine a accepté de baisser ses droits de douane sur environ 4 milliards d’euros de produits européens, dont des pièces automobiles, des chaussures, des glaces et de l’huile d’olive.

Pékin s’en accommode plutôt bien, même si son ministère du Commerce se réserve le droit de saisir l’OMC pour réclamer des compensations. La Chine a salué le 10 octobre des compromis qui permettent d’« éviter une escalade » et constituent « un nouveau départ », avec au passage une promesse de faciliter les licences d’exportation de terres rares vers l’Europe.

De son côté, l’UE a enregistré en 2025 un déficit commercial de près de 360 milliards d’euros avec la Chine, selon Eurostat, un pays qui pèse lourd dans la transition énergétique mondiale, et les Européens répètent depuis des mois vouloir être moins naïfs face aux voitures chinoises.

Quelles voitures comptent dans le quota ?

Le quota couvre toutes les motorisations hybrides. Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, a parlé de « tous types d’hybrides (MHEV, HEV et PHEV) ». Pour l’acheteur, ça regroupe les micro-hybrides (un petit moteur électrique qui assiste le moteur thermique sans jamais rouler seul), les hybrides classiques, dont la batterie se recharge en roulant, et les hybrides rechargeables, qu’on branche sur une prise.

Le plafond porte sur les voitures importées de Chine, donc sur le pays de fabrication. Une hybride de marque chinoise assemblée dans l’UE n’entre pas dans le calcul, ce qui donne une bonne raison à BYD, dont l’usine hongroise de Szeged doit démarrer au quatrième trimestre 2026, et à Chery, qui prévoit d’assembler des Omoda et des Jaecoo dans l’usine d’Ebro à Barcelone à partir de fin 2026, de produire sur place.

Pour respecter le principe de non-discrimination de l’OMC, la mesure de sauvegarde s’applique en théorie aux hybrides importées de tous les pays, à l’exception de l’Espace économique européen, de l’Ukraine, du Kenya et des petits pays exportateurs en développement. La Chine doit recevoir un quota au moins égal à celui de tout autre pays. Le critère reste le lieu de fabrication : une hybride de marque européenne produite en Chine entre dans le quota au même titre qu’une MG ou une BYD.

Dacia Duster III hybride

Les Échos ont passé en revue les points pratiques du dispositif : la règle d’origine, la répartition du volume entre constructeurs et la gestion du quota par les douanes. Par contre, le texte réglementaire n’a pas encore été publié. La Commission n’a donc pas dit comment les 350 000 places seront partagées entre MG, BYD, Chery et les autres.

Le sort des voitures arrivées une fois le quota épuisé n’est pas tranché non plus : des responsables européens ont assuré au Guardian qu’elles resteraient bloquées en douane, sans surtaxe, alors que le Financial Times évoquait la veille des droits supplémentaires élevés. Le quota passe par une mesure de sauvegarde, un outil prévu par les règles de l’OMC pour freiner une hausse brutale des importations, plus rapide à déclencher qu’une enquête antidumping.

Moins de choix pour l’acheteur français ?

Les modèles concernés sont faciles à repérer en concession : la MG3 Hybrid+, le MG ZS Hybrid+, le BYD Seal U DM-i ou le Jaecoo 7 de Chery sont tous fabriqués en Chine. Pour autant, le quota ne les fera pas disparaître du jour au lendemain. Avec 350 000 voitures la première année, il dépasse encore d’environ 16 % les importations de 2025. Il passe ensuite à 371 000 voitures la deuxième année, environ 393 000 la troisième et 417 000 la quatrième.

Le problème viendrait plutôt de la demande. Si les commandes dépassent le quota, les marques devront choisir quels modèles envoyer en priorité. Elles pourraient privilégier ceux qui rapportent le plus, ou allonger les délais de livraison. Les prix très bas qui ont fait le succès de ces hybrides auraient alors moins de raison d’être, ce qui arrangerait Renault, Dacia ou Toyota, qui fabriquent leurs hybrides hors de Chine. Bref, la mesure protège d’abord les constructeurs installés en Europe, et l’acheteur d’une hybride abordable risque de le sentir sur le prix.

La mesure doit entrer en vigueur le 1er décembre, d’après le document interne consulté par Bloomberg, une fois le texte réglementaire publié. Si vous comptez commander une hybride MG, BYD ou Chery d’ici là, faites inscrire une date de livraison ferme sur le bon de commande.


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