Après les voitures électriques, l’Europe s’attaque aux hybrides chinois

 
Après les voitures électriques, l’Union européenne se penche sur un nouveau front commercial : celui des hybrides chinois. Bruxelles réclame désormais à Pékin une limitation volontaire des exportations, faute de quoi de nouveaux droits de douane pourraient tomber. Une nouvelle qui illustre, une fois de plus, la difficulté de l’Europe à concilier sa volonté d’ouverture commerciale et protection de son industrie automobile qui vacille.

Quand il s’agit de nouvelles taxes, l’Europe a souvent de la suite dans les idées. Après avoir imposé des droits de douane supplémentaires de 20 % en moyenne pour les voitures électriques « fabriquées hors d’Europe » (autrement dit les voitures chinoises), les constructeurs se sont adaptés et orientent donc leurs productions en Europe, en rachetant des usines en sous production par exemple. Ils ont également multiplié les lancements de modèles hybrides, non soumis à ces surtaxes.

Malgré ces efforts de la part des marques chinoises, l’Europe n’en a visiblement pas fini de leur mettre des bâtons dans les roues, sans doute pour protéger sa propre industrie qui, il est vrai, est plutôt à la traîne dans bien des domaines par rapport aux marques chinoises. Après les voitures électriques, ce sont les hybrides qui seraient visés par une surtaxe douanière.

Concrètement, Bruxelles ne réclame pas (encore) de nouvelle taxe, mais un plafond. Selon le Financial Times, qui a révélé l’information ce jeudi 17 septembre, la Commission veut que les hybrides chinois ne dépassent pas environ 15 % du marché européen, contre plus d’un tiers aujourd’hui. Faute d’accord, l’UE se réserve le droit d’imposer elle-même cette limite : « S’ils ne limitent pas leurs exportations vers notre marché, nous le ferons », a résumé un responsable européen cité par le quotidien britannique.

Des BYD devant un des bateaux cargos de la flotte // Source : BYD

Selon des chiffres cités par le Financial Times, les importations européennes de véhicules hybrides en provenance de Chine sont passées de 3 800 unités en octobre 2024 à 50 000 en juillet 2026.

Dans le même temps, les prix moyens ont reculé, ce qui alimente les soupçons habituels sur une compétitivité jugée artificielle par certains responsables européens. La fameuse guerre des prix en somme qui ne concerne que les acteurs chinois. Reste à savoir si ces volumes traduisent une vraie percée structurelle ou un simple effet de rattrapage après l’entrée en vigueur des taxes sur les électriques fin 2024.

Le précédent des taxes sur l’électrique

On se souvient que Bruxelles avait imposé, en octobre 2024, des droits compensatoires pouvant atteindre 45 % pour certains constructeurs (ceux qui n’ont pas collaboré avec l’Europe sur le sourcing de certains éléments de leurs autos) sur les véhicules électriques chinois, contre seulement 10 % pour les hybrides.

Ce différentiel a sans doute favorisé un report partiel vers les motorisations hybrides, un mouvement que plusieurs observateurs avaient anticipé. Mais présenter cette bascule comme le seul moteur de la hausse est un poil réducteur : les hybrides bénéficient aussi, plus largement, d’un regain d’intérêt commercial en Europe, indépendamment du seul facteur chinois.

Jaecoo 7 // Source : Omoda Jaecoo

Et puis, au vu des chiffres, la surtaxe douanière imposée aux voitures électriques chinoises a-t-elle vraiment eu l’effet escompté ? Les marques chinoises ont battu un record de 10,9 % de part de marché en Europe, toutes motorisations confondues, avec 150 272 immatriculations recensées en juin dernier.

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Les constructeurs chinois disposeraient de structures de coûts suffisamment basses pour absorber une partie de la taxe sans la répercuter intégralement sur le prix de vente, ce qui réduirait mécaniquement l’effet dissuasif recherché par Bruxelles.

Il y aurait également des stratégies de contournement plus classiques : montage local en Europe, commandes anticipées avant l’entrée en vigueur des droits, ou simple redirection des volumes vers d’autres marchés. Une piste d’ailleurs cohérente avec la forte hausse des exportations chinoises à l’échelle mondiale.

MG4 EV (2026) // Source : TheGoodClick pour MG Motor

Il ne faut pas non plus sous-estimer un facteur plus prosaïque : une demande européenne qui reste porteuse pour des véhicules électriques encore chers à produire localement. Dans ce contexte, un véhicule électrique chinois taxé à 20 % en moyenne peut malgré tout rester compétitif sur certains segments. C’est le cas de la MG4 par exemple, plus compétitive que la Renault Mégane E-Tech ou la Peugeot e-308, encore biberonnées aux subventions soit dit en passant.

Une négociation aux allures d’ultimatum feutré

Sur la méthode, l’UE semble vouloir éviter l’escalade frontale et privilégier, dans un premier temps, une limitation « volontaire » des exportations chinoises. Une formule qui rappelle, non sans arrière-pensée, les accords passés avec les constructeurs japonais par le passé.

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a évoqué un déficit commercial avec la Chine d’environ un milliard d’euros par jour, un chiffre qui, à lui seul, ne dit rien du bien-fondé économique des mesures envisagées mais donne une idée du climat politique dans lequel s’inscrit cette demande.

Geely Starray EM-i // Source : Geely

Le calendrier, lui, se précise. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, devait s’entretenir ce jeudi avec le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, avant un déplacement à Pékin prévu dans la deuxième semaine d’octobre. C’est à cette échéance que l’on saura si la Chine accepte le principe d’une limitation volontaire, ou si Bruxelles bascule vers de nouveaux droits de douane.

Reste que les exportations automobiles chinoises, toutes destinations confondues, ont grimpé de plus de 65 % en août, tandis que les ventes en Chine de « véhicules à énergies nouvelles » reculaient légèrement.

Autrement dit, l’international (Europe comprise) pèse de plus en plus lourd dans la stratégie des constructeurs chinois. De quoi comprendre pourquoi Bruxelles cherche un compromis plutôt qu’un simple bras de fer tarifaire, sans certitude toutefois que la méthode douce suffise à calmer les industriels européens les plus inquiets. L’autre solution serait aussi, peut-être, de se mettre au niveau pour ces constructeurs européens, mais c’est encore un autre débat.


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