Les noms des smartphones obéissent-ils encore à une quelconque logique ? Avec la multiplication des modèles dans les gammes des constructeurs, il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver, surtout quand le marketing s’en mêle.

De la logique à la confusion

Hier, Honor a dévoilé deux nouveaux smartphones pour le marché européen : le Honor 7x et le Honor View 10. Vous remarquez le rapport entre les deux modèles en vous basant sur leur dénomination ? Non ? Eh bien c’est normal parce que les constructeurs, depuis quelques années, n’en font qu’à leur tête selon leurs envies du moment et le message marketing qu’ils veulent faire passer.

Avant, c’était simple. Enfin, simple… Disons qu’on s’y retrouvait à peu près. Un Nokia 3210, ça n’était peut-être pas très sexy comme nom, mais quand le finlandais sortait le 3310, c’était à peu près clair. Apple, malgré un certain temps passé à trouver un schéma (iPhone, iPhone 3G, iPhone 3G S…), s’était stabilisé sur un modèle compréhensible. L’iPhone 4, puis le 4S, une amélioration du 4, puis le 5 qui est un nouveau design et ainsi de suite. Samsung, après avoir sorti son Galaxy ( si si, souvenez-vous du Galaxy original), enchaînait sur un Galaxy S, coucou Apple. Puis un S2, un S3, un S4… Simple. Même si initialement, ils utilisaient les chiffres romains, on se demande encore aujourd’hui pourquoi.

Voici le P8 Lite 2017 Plus S mini X !

Je crois que ça a commencé à se gâter avec les suffixes. Plus, Mini, X, S, Max, Lite… histoire de bien induire les gens en erreur. Le Galaxy S3 mini, c’était le Galaxy S3 en plus petit non ? Eh bien non, pas seulement, il était aussi moins puissant.

Le problème, c’est qu’à force, tout le monde s’est retrouvé avec des numéros et des lettres, et le risque d’envoyer des messages peu clairs pour l’utilisateur, quitte à ce que la solution soit encore pire que le problème. Par exemple, comment faire comprendre aux acheteurs potentiels que le Galaxy Note 6 est un téléphone aussi performant que le Galaxy S7 ? Bah, faisons-lui sauter un numéro, comme ça il devient le Galaxy Note 7. Un chiffre qui lui a porté chance, comme chacun le sait.

Coucou, vous vous rappelez de moi ?

À quoi correspondent ces numéros ? On ne sait pas toujours. Certains hésitent entre un indicateur de la taille d’écran et un marqueur de génération. Chez Google, du temps des Nexus, le chiffre pouvait désigner la diagonale pour les tablettes (Nexus 7, Nexus 10, Nexus 9), la génération pour les smartphones (Nexus 4, Nexus 5) ou les deux, comme le Nexus 6, à la fois 6e Nexus, et d’une diagonale de 6 pouces. L’année suivante, coincés par la tablette Nexus 7, Google affuble les successeurs d’une lettre sans aucune logique : 5X et 6P, avant d’abandonner la marque dans son ensemble.

Entre le P8 Lite, le P9 Lite et le P8 Lite 2017, facile de choisir, non ?

Il y a aussi le cas des smartphones dont le succès est tel que leur nom peut devenir un piège. Ainsi, en 2015, après son P8, Huawei lance le P8 Lite, un joli petit smartphone de milieu de gamme, qui connaît de belles ventes. Le Huawei P9, successeur du P8, est évidemment suivi d’un P9 Lite. Mais à la stupéfaction générale, Huawei sort également un P8 Lite 2017, plus intéressant que le P9 Lite, sans doute juste parce que le P8 Lite était un nom que les gens associaient à un bon téléphone pas cher. Ou les petits malins comme OnePlus qui ont récemment avoué que le T qui orne certains de leurs smartphones était simplement une réponse taquine au S des iPhone. OnePlus cède également à la superstition : le chiffre 4 portant malheur en Chine, on passe directement du OnePlus 3 au OnePlus 5 ! Peut-être que Samsung aurait dû directement sortir le Galaxy Note 13 pour conjurer le mauvais sort…

L’iPhone ira-t-il jusqu’à XI ?

Revenons justement à Apple pour finir. Avec eux tout est clair, carré. Après l’iPhone 6s, vient l’iPhone 7. Bon, il garde le même design, contrairement aux années précédentes, mais on vous dit que c’est le 7, il est meilleur, la preuve, il n’a plus de prise casque. Ah, pardon… enfin bref il est meilleur, on vous dit ! Logiquement, le suivant, ça doit être le 7s. Sauf qu’il ne faudrait pas qu’il ait l’air d’avoir un train de retard sur le Samsung Galaxy S8. Du coup, il devient l’iPhone 8, et comme le téléphone en lui-même est, dans les faits, un 7s qui n’apporte presque rien d’autre que des améliorations de performances, on dévoile en même temps l’iPhone X, qu’il faut prononcer 10. Tout en gardant le 6s et le SE au catalogue. Limpide, non ?

Et on a même hésité à ressortir l’iPhone 4 !

Y aura-t-il un iPhone 9 et un iPhone XI en 2018 ? Combien d’obscurs fabricants chinois oseront dégainer un « S10 » dans les allées du Mobile World Congress ? La gamme ZenFone d’Asus aura-t-elle, à un moment, le moindre sens ? Lenovo battra-t-il son record de Moto G lancés en un an ? La bataille des chiffres ne promet pas de répit l’an prochain, et on en a mal à la tête d’avance