La Motorola Xoom se serait vendue à 100 000 unités depuis la fin février. Faut-il s’alarmer ?

La dernière information du jour concerne les ventes de la Motorola Xoom. Hier, nous vous indiquions que les analystes étaient pessimistes. Seulement, même lorsque des entreprises sortent des chiffres excellents, le marché en attend toujours plus. C’est pourquoi cette information était à prendre avec des pincettes. Mais aujourd’hui la Deutsche Bank estime qu’il n’y aurait eu que 100 000 tablettes vendues depuis la fin février. Une réaction serait de s’alarmer, mais après tout, est-ce vraiment utile ?

Pour cela, nous allons d’abord voir les points qui ont handicapé la Xoom, puis pourquoi « ce flop » n’est pas si important que cela.

  • Google

Google avait annoncé en fin d’année dernière que FroYo n’était pas optimisé pour les tablettes. Lorsqu’on voit le résultat, on se dit que l’attente n’était pas veine. Seulement le géant de Mountain View n’a-t-il pas voulu sortir Honeycomb trop tôt ?

La première annonce a été faite en même temps que la sortie d’Android 2.3 (Gingerbread), à savoir la mi-décembre. Nous avions alors du attendre le CES, pour voir une Motorola Xoom affichant …. une vidéo du système ! Le produit était censé sortir un mois et demi plus tard, et il n’était possible que de visualiser une publicité. Certes les constructeurs ont souvent des produits non-finis lors des événements (CES, CTIA, MWC…), mais cela était plutôt inquiétant.

Rajoutons que le SDK de Honeycomb n’a été rendu disponible que fin janvier, en pré-version. Début février, Google annonçait officiellement Android 3.0. Il aura alors fallu attendre le 22 février, pour qu’un SDK final soit mis en ligne pour les développeurs. Or, la Motorola Xoom n’allait sortir que quelques jours plus tard. Il était donc improbable que des milliers d’applications compatibles soient proposées. Mais le constat après 1 mois et demi de commercialisation est qu’il n’y a qu’une centaine d’applications pour tablettes et une vingtaine d’applications pour Honeycomb.

Google ne veut pas distribuer le code de cette version, car il ne souhaite pas voir des téléphones utilisant Honeycomb. Une raison bien plus probable est qu’Android 3.0 n’est qu’une suite de hacks faisant fonctionner le système (c’est ce qu’affirme Cyanogen). Il suffit de regarder les rapports de bugs des développeurs : ils observent des comportements anormaux avec le SDK. Google a certainement voulu mettre la charrue avant les boeufs et réussit uniquement à se décrédibiliser.

  • Motorola

Motorola voyait en sa tablette une iPad killeuse. On voit ce terme de partout, mais pour l’instant sa concurrente la distance largement. En effet, elle se serait vendue à environ 2,5 millions d’exemplaires sur le seul mois de mars.

Au niveau du matériel, on ne peut pas vraiment trouver à redire pour la Xoom. Il y a certes la carte microSD qui n’est pas activée pour l’instant, mais ce n’est pas un frein à l’achat pour le grand public.

Le problème est la manière dont a été vendue la Xoom. Les tablettes sont pour beaucoup un objet inutile. Or, les campagnes publicitaires de Motorola sont restées très « geeks ». Après avoir vu la publicité du Superbowl, on restait sur sa faim. Il est clair que la Madame Michu américaine n’a certainement pas compris ce dont il s’agissait. Allait-elle vraiment s’intéresser à ce produit et allait-elle chercher des informations complémentaires sur « le truc qu’elle avait vu à la télé ». Bien sûr que non. Motorola a échoué sur ce point-ci.

  • La mise en vente

Motorola était relativement présent : chez Best Buy, dans les boutiques Verizon et petit à petit dans d’autres commerces. Mais le principal défaut, vient du stock. Comment se fait-il qu’elle ait été si difficile à obtenir ?

Dans les magasins, comment se fait-il que l’iPad ait un rayon à sa gloire, alors que la Xoom doit se contenter d’un espace plus confidentiel ?

Mais le principal argument négatif est le prix. A $799 pour la 3G+WiFi et $599 pour la version WiFi, c’est clairement trop cher. Il y a un an tout le monde trouvait le prix de l’iPad excessif, mais la preuve est que le public est prêt à accepter un tel tarif. Or Motorola va dans le sens contraire. Plutôt que de se démarquer sur ce point-ci, il décrédibilise sa Xoom. L’ouverture à la vente dans de nouveaux pays montre un prix similaire. Motorola a donc pensé que son exclusivité de première tablette Honeycomb lui conférait des passes-droits. Malheureusement pour l’américain, la réalité est aujourd’hui dure à accepter.

En lisant ces trois points, on se demande alors pourquoi Motorola et Google ont impérativement voulu sortir ce produit. Mais il n’y a pas que du négatif à sortir.

  • Les applications

Au lancement d’Android, il y avait peu d’applications. Aujourd’hui, le catalogue est très bien fourni, car le marché des smartphones a explosé. Le même schéma pour les tablettes va certainement se produire. Il y a peu d’applications à la sortie, mais dès que Samsung, Acer, Dell, LG… proposeront leurs tablettes, on verra les choses s’accélérer.

Le Nexus One avait été donné à de nombreux développeurs. Or pour Honeycomb, ni Google, ni Motorola ne semble intéressés par une telle opération, les programmeurs doivent maintenant s’acheter la tablette pour mettre à jour/développer de nouvelles applications.

Il est donc normal que le processus soit long.

  • La Xoom est-elle un « Nexus One » ?

Le Nexus One s’est mal vendu. Mais le but initial de Google était de proposer un téléphone pour les développeurs. De ce point de vue là, le téléphone a été une vraie réussite. Il suffit de voir toute la communauté qu’il y a encore derrière ce smartphone.

Pour la Xoom, le même schéma semble se produire. Les développeurs sont très intéressés par la tablette, mais le grand public attend certainement quelque chose de plus peaufiné. J’entends pas là, une expérience à la Samsung. TouchWiz ne sera certainement pas la meilleure surcouche, mais apportera quelques détails qui agrémenteront la tablette de certains éléments.

Par conséquent s’inquiéter des ventes est secondaire. Il fait certes la joie des concurrents, mais cela est vraiment injustifié.

Il y a des rumeurs comme quoi la LG Optimus Pad serait une « tablette Nexus ». Cette information est assez difficile à croire, dans le sens où elle va très rapidement être mise en vente dans plusieurs pays. En revanche, un schéma similaire du Samsung Galaxy S/Nexus S pourrait se produire. Le matériel pourrait être proche, mais Google y rajouterait sa touche.

En attendant, la Xoom est la seule ardoise pour développeurs et va perdurer de ce côté là. Android 3.0.2 / 3.1 ? devrait arriver très rapidement. Or, en ne proposant pas de surcouche, il est probable que la Xoom soit la première servie en matière de mise à jour.

  • Une ouverture inhabituelle… ou presque

Motorola est connu pour verrouiller ses bootloaders. Avec la Xoom, c’est tout le contraire : on peut déjà overclocker, rooter et débloquer le chargeur de démarrage.

Seulement, Google n’a pas fourni le code source de Honeycomb. Par conséquent, aucune avancée significative ne peut être faite. Il ne pourra pas y avoir de ROMs personnalisées attrayantes. C’est un peu l’inverse de la concurrence : ils possèdent des ROMs limitées avec un bootloader verrouillé.

  • L’avenir

Google ne peut pas continuer en ayant un tel fonctionnement. Honeycomb est encore bancal et Gingerbread semble être une version finale d’Android 2. Si le géant de la recherche veut affirmer sa position sur le marché, Ice Cream (Sandwich) devra très rapidement être proposé. Il permettra de réunir les deux univers : tablettes et smartphones, mais surtout d’éviter aux développeurs de se casser la tête à faire des projets différents, avec des SDK différents.

Il se pourrait que la Google I/O soit le lieu de l’annonce. Il y a un an FroYo avait été présenté à cet événement. De plus, Google nous avait indiqué au MWC vouloir conserver son rythme « d’au moins » deux versions d’Android par an.

Nous verrons ce que le futur nous réservera, mais la Motorola Xoom ne sera jamais une iPad killeuse. Elle restera un élément majeur dans l’histoire d’Android, avec son lot de petites erreurs faites ici-ou-là.