
Certaines coïncidences ont tout l’air d’un scoop. Un antivirus russe tombe en panne aux quatre coins du monde le dimanche où un troisième datacenter du « Google russe » s’arrête sous les drones. Sur le forum officiel de Kaspersky, une utilisatrice a fait l’addition avant tout le monde, en précisant qu’elle espérait se tromper. On a eu exactement la même idée. Avant de l’écrire, on a préféré aller vérifier où tournent les serveurs de l’éditeur.
Depuis le 11 octobre, Kaspersky reconnaît des « problèmes techniques » sur ses services grand public. L’espace client My Kaspersky est difficilement accessible, le VPN, Safe Kids et le gestionnaire de mots de passe tournent avec des fonctions en moins, et les licences achetées depuis le 10 octobre ne s’activent pas.
Et ne vous inquiétez pas. L’antivirus, lui, continue de protéger les machines et ses bases de signatures se mettent à jour.
Côté russe, l’Ukraine a frappé le datacenter de Sasovo dans la nuit du 7 au 8 octobre, celui de Kaluga le 9, puis celui de Vladimir le 11, vers 3 heures du matin heure de Paris. Sur les cinq grands datacenters de Yandex, deux sont à l’arrêt complet et un troisième a perdu plusieurs modules. Sa plateforme cloud, qui compte environ 64 000 clients, tourne depuis en mode d’urgence et recommande à ses clients de se replier chez des concurrents.


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Ce que disent les serveurs
Sur le papier, la piste Yandex tient la route. Les services en rade sont tous ceux qui dépendent d’un serveur central (compte, licences, synchronisation), alors que le logiciel installé sur le PC fait son travail sans broncher.
Les deux groupes se connaissent bien, puisque Kaspersky vend depuis le 5 octobre son outil Container Security sur la boutique de Yandex Cloud. Vendre chez quelqu’un n’oblige pourtant pas à s’y loger, et le DNS N’a pas les mêmes données.
En simulant des internautes en France et à Moscou, on retombe sur les propres réseaux de Kaspersky pour My Kaspersky, l’activation des licences et Safe Kids, en Suisse chez Kaspersky Lab Switzerland ou en Russie chez AO Kaspersky Lab. Depuis les États-Unis, la requête file même vers Huawei Cloud au Mexique, mais aucune adresse n’appartient aux réseaux de Yandex.
Ce qu’on ignore encore
Kaspersky demande de ne pas se déconnecter de son compte et de ne pas réinstaller l’application, pour que la protection déjà activée continue de fonctionner. Les mots de passe restent stockés en local et l’éditeur promet de prolonger automatiquement licences et abonnements.
Notre vérification a aussi ses limites : le DNS montre la porte d’entrée, il ne montre pas les bases de données qui tournent derrière, et elle date du 13 octobre, donc d’après une éventuelle bascule d’urgence.
Kaspersky n’apparaît pas pour autant dans les listes d’entreprises touchées par la panne de Yandex. Surtout, l’éditeur ne donne ni cause ni calendrier, et ses clients commencent à le lui faire savoir sur X.
À ce stade, la piste Yandex repose sur une coïncidence de calendrier et sur rien d’autre. Le problème de Kaspersky est surtout ailleurs : un éditeur de sécurité qui laisse ses clients trois jours sans explication, la semaine où tout le monde se demande où dorment ses serveurs, alimente lui-même le soupçon.
Après huit ans passés à répéter qu’il avait déménagé ses données en Suisse, une phrase sur l’origine de la panne ne devrait pas être si difficile à écrire.
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