Après avoir appris que des employés de SFR risquaient d’être licenciés pour avoir aidé des clients à résilier leurs contrats, nous avons pu discuter avec un vendeur travaillant pour l’opérateur qui se trouve dans cette situation. Son témoignage permet d’avoir un éclairage plus complet sur cette situation.

Un peu blasé, presque résigné. C’est en ces termes que je décrirais le ton de mon interlocuteur : un vendeur SFR qui risque d’être licencié pour des raisons un peu confuses. Cet homme, nous allons l’appeler Isidore, un prénom de substitution bien choisi qui lui permettra de garder l’anonymat.

Mais avant de vous faire part de son témoignage soulevant plusieurs interrogations sur les méthodes managériales de SFR, faisons une petite piqûre de rappel. Il y a un peu plus de deux semaines, le site Les Jours publiait une enquête dévoilant que plusieurs vendeurs travaillant dans des boutiques de l’opérateur au carré rouge risquaient d’être licenciés, car ils avaient aidé des clients à résilier leurs contrats.

On apprenait dans Les Jours que SFR avait envoyé de faux clients pour « piéger » ces vendeurs qui aidaient trop les consommateurs. Le caractère très discutable des méthodes nous avait convaincus de relayer l’information. Or, après la publication de l’article, j’ai été contacté par Isidore me signalant qu’il se trouvait dans une situation similaire à celles décrites par le média à l’origine des révélations. Voici son histoire.

Je pensais que c’était une blague

Isidore raconte ainsi qu’un matin, en se rendant au travail, il est accueilli par un supérieur. « Il me tend un document en disant que c’est ma lettre de licenciement. Au début, je pensais que c’était une blague et que ce n’était qu’un papier administratif classique à signer », explique-t-il. Mais non, il s’agissait d’une convocation à un entretien préalable au licenciement.

Le vendeur affirme qu’on ne lui a rien expliqué au début. « J’ai été mis à pied, mais je ne savais même pas ce qui m’était reproché »Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’il apprend, par le biais de certains de ses contacts, qu’il a été mis à l’épreuve par un faux client trois mois plus tôt.

Rapport expéditif

Vient ensuite le jour de l’entretien fatidique. Lors de la rencontre, on lui montre un rapport écrit par le faux client expliquant que Isidore l’a renvoyé vers la concurrence ou lui a donné le numéro du service de résiliation. « Le rapport faisait trois lignes. Pour licencier quelqu’un. Aucune photo, aucune preuve détaillée… », déplore Isidore.

C’est ici que la confusion pointe le bout de son nez. En effet, Isidore affirme avec aplomb qu’il est le meilleur vendeur de son magasin. « Je cherche donc forcément à gratter un maximum de ventes. Ce qui est écrit dans ce rapport, ce n’est pas du tout le genre de discours que je tiens ». Autrement dit, alors que les méthodes employées par SFR étaient déjà discutables, les accusations à l’encontre d’Isidore seraient carrément infondées.

Des règles que personne ne connaît

Isidore estime qu’il s’agissait là d’un prétexte pour aller fouiller dans son dossier à la recherche de la moindre erreur. Par exemple, mon interlocuteur explique qu’il lui est arrivé de faire quelques gestes commerciaux pour des clients, car c’est autorisé.

« Mes supérieurs m’ont dit que les gestes commerciaux ne devaient pas dépasser 50 % du prix initial de l’accessoire vendu. Sauf que cette règle n’est mentionnée dans aucun document. Tous les reproches portent sur des procédures que personne ne connaît ». Par ailleurs, Isidore regrette que l’on ne prenne pas en considération que lorsqu’il fait par exemple 10 gestes commerciaux, il ramène 15 nouveaux clients.

Il y a une vraie peur maintenant dans les magasins

Le vendeur mis à pied pense que SFR utilise cette méthode pour effrayer les employés pour être sûr qu’ils respectent la moindre règle à la lettre. Et s’il comprend l’objectif, il regrette les méthodes employées. La fin ne justifie pas forcément les moyens.

« Il y a une vraie peur maintenant dans les magasins », témoigne Isidore. Et ses déclarations soulèvent plusieurs interrogations sur la politique interne de SFR. Car, en résumé, on aurait ici affaire à une entreprise qui s’appuie sur un rapport peu détaillé pour se séparer d’un vendeur certain d’être efficace.

Dans l’attente

Au moment où nous écrivons ces lignes, Isidore est toujours dans l’attente. « Juste après l’entretien, il m’ont dit que la décision finale me serait communiquée entre un jour et un mois ». Isidore a plusieurs fois tenté de relancer ses supérieurs pour obtenir une réponse avant la fin légale du délai (qui aura lieu dans une dizaine de jours après la publication de ce papier), mais il reste sans réponse jusqu’à maintenant.

Pour l’instant, le vendeur ne touche pas son salaire et se trouve dans une position délicate. « Je peux chercher du travail ailleurs, mais si je m’engage pour un CDD et que j’apprends que je peux retrouver mon CDI au sein de SFR, j’aurais l’air bête en face de la personne auprès de qui je me suis engagé ».

Et quand je lui demande s’il pense qu’il va être licencié, il me répond : « aucune idée ». Comme d’autres, il doit attendre, un peu blasé, presque résigné.

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