
Éternel challenger de Nintendo et PlayStation, la vie de Xbox depuis ses débuts en 2001 n’est clairement pas de tout repos. Ces dernières années plus que jamais, la vie du constructeur américain a été bouleversée à plusieurs reprises, au gré des changements majeurs de stratégie.
Dernier chamboulement en date : le départ express de Phil Spencer, patron charismatique de la marque arrivé au poste après le départ ratée de la Xbox One, et de son adjointe successeuse Sarah Bond.
Un départ attendu
Dans l’industrie, personne n’est vraiment surpris du départ de Phil Spencer. Après 38 ans au sein de Microsoft, dont plus de 10 ans à la tête de Xbox, le passage de flambeau de la part de Spencer était attendu.
Ces dernières années, on le voyait de moins en moins lors des événements Xbox, au profit de Sarah Bond. Le rachat du géant Activision Blizzard par Microsoft a propulsé Phil Spencer à la tête d’un empire Xbox-Minecraft-Bethesda-Activision valorisé à plus de 100 milliards de dollars. Sarah Bond avait, elle, remplacé Phil Spencer à la tête des activités Xbox dans cet organigramme géant. Le duo était en fait un trio : Matt Booty, à la tête des studios de jeux vidéo, complétait la bande. C’est le seul à rester chez Microsoft, pour le moment, à la suite de cette réorganisation.

Sarah Bond était de plus en plus mise en avant et pressentie comme l’héritière tout à fait logique de Phil Spencer. Elle incarnait à la fois la continuité de sa stratégie, avait un nom connu dans l’industrie après des années à signer des contrats éditoriaux avec les développeurs. Femme noire, elle incarnait aussi l’identité inclusive que poussait Xbox depuis plusieurs années. Un argument qui fait sans doute moins mouche aujourd’hui dans l’Amérique de Donald Trump, embrassé par la direction de Microsoft.
Mais un départ précipité
Si le départ de Phil Spencer était attendu, il a pourtant bien créé la surprise. Et pour cause, l’annonce un vendredi soir pour un départ effectif le lundi dénote une précipitation. D’après le journaliste Tom Warren de The Verge, circulez, il n’y a rien à voir.
La décision de Spencer a donné lieu à plusieurs mois de planification minutieuse pour lui trouver un successeur. Elle a été annoncée au monde entier vendredi, mais elle devait initialement être dévoilée aujourd’hui. Microsoft a été contraint d’annoncer la nouvelle plus tôt que prévu, car des fuites avaient commencé à circuler et IGN prévoyait de publier un article à ce sujet, selon des sources proches du dossier.
On peut tout de même s’étonner d’imaginer l’annonce du départ d’un cadre aussi important que Phil Spencer avec effet immédiat.
À titre de comparaison : les départs de Reggie Fils-Aimé puis de Doug Bowser comme présidents de Nintendo of America, ont respectivement été annoncés 2 et 3 mois avant leurs départs effectifs respectifs. Chez PlayStation, le départ de Jim Ryan a été annoncé 6 mois avant qu’il quitte vraiment Sony.
Autre signe d’un changement radical de stratégie de la part de Microsoft, les circonstances mystérieuses du départ de Sarah Bond. La dauphine de Phil Spencer n’a eu le droit à aucun mot de remerciement dans les mémos envoyés aux salariés par Satya Nadella, Matt Booty et Asha Sharma, la nouvelle dirigeante de Microsoft Gaming. Seul Phil Spencer lui a adressé des remerciements.

Vendredi, au moment de l’annonce, la page LinkedIn de Sarah Bond demandait aux développeurs des retours sur les fonctions d’accessibilité de Xbox, alors que la presse spécialisée titrait déjà sur son départ. La publication de sa lettre de départ n’aura lieu qu’une journée plus tard, au milieu du week-end.
L’échec des Xbox Series
Tout cela survient alors que la génération Xbox Series approche lentement, mais sûrement de sa fin. Elle a été pour Microsoft un échec. Les consoles de Microsoft se sont vendues à quelques dizaines de millions d’exemplaires, au moment où PlayStation et Nintendo écoulaient 200 millions de PS5 et de Nintendo Switch en cumulé. La stratégie était pourtant intéressante : miser sur une console accessible, la Xbox Series S, et une console puissante, la Xbox Series X, alimenté par un abonnement de choc, le Xbox Game Pass et une énorme galaxie de studios.

En parallèle de cette génération de consoles, il y a bien évidemment eu l’explosion de l’IA. Elle a fait décoller tout le secteur de la tech, et Microsoft qui était partenaire historique d’OpenAI et ChatGPT, en a été l’un des premiers champions.
L’organisation de Microsoft a été également bouleversée. « Tout a changé » en quelques années, comme Frandroid le révélait en juillet 2025. Nous notions alors à quel point le CEO Satya Nadella était de plus en plus absent, au profit de la CFO Amy Hood. Les décisions financières semblaient dicter la stratégie de Microsoft.
Xbox en 2024-2025 : nouvelle ère ou intérim ?
De quoi expliquer le tournant plus récent de Xbox. En 2024 puis en 2025, Microsoft enchaîne les changements stratégiques pour Xbox. Pour la première fois depuis longtemps, la firme décide de fermer des studios, puis de trancher net dans les effectifs. Plusieurs jeux très attendus comme Perfect Dark ou Everwild sont annulés.
Dans le même temps, Microsoft rompt entièrement avec la stratégie historique sur console de jeu : les exclusivités. Les jeux phares de Xbox sortent tour à tour sur la PlayStation de Sony, réduisant encore l’intérêt des consoles Xbox. Le résultat est sans appel avec une baisse de 20 à 40% des ventes de consoles selon les trimestres, mais un revenu en augmentation sur la vente de jeux.
En 2026, Microsoft fête les 25 ans d’existence de Xbox. Pour l’occasion, la firme prépare le lancement de Forza Horizon 6, Fable, Halo: Campaign Evolved et Gears of War: E-Day.
Elle prépare aussi et surtout une nouvelle génération de Xbox sous le visage de Sarah Bond. La nouvelle console prévue pour 2027 doit représenter un saut technologique pour la marque, mais aussi un énième changement de philosophie. Inspirée des Steam Deck et ROG Ally, elle tournerait sous Windows et intégrerait des boutiques alternatives comme Epic Game Store ou Steam.
Les débuts d’Asha Sharma
On arrive au début de l’année 2026 avec l’arrivée d’Asha Sharma à la tête de Microsoft Gaming. Elle commence sa carrière chez Microsoft en 2024, il y a seulement 2 ans, comme présidente de l’activité « Core AI ». Elle est passée auparavant par d’autres entreprises de la tech comme Meta, Instacart ou encore Coupang, mais n’a jamais eu de postes dans l’industrie du jeu vidéo.

Elle n’est pas non plus une amatrice de jeu vidéo. Son compte Xbox n’est pas très actif, et de son propre aveu, « je ne suis pas Phil Spencer ». Le précédent occupant du poste s’était forgé une importante réputation de gamer au fil des années en partageant ses impressions, ses succès ou en félicitant les meilleurs jeux, même quand ils étaient exclusifs aux autres consoles. Il ne s’agit pourtant absolument pas d’un critère pour juger de la pertinence d’un cadre dirigeant. Le patron de Disney doit-il être un cinéphile ? Personne ne se demande si les patrons de Nintendo ou de PlayStation sont des gamers.
À la suite de son arrivée à la tête de Xbox, vendredi 20 février 2026, Asha Sharma s’est lancée dans une véritable opération séduction auprès des joueurs, en promettant de ne pas transformer Xbox en usine à slop.
À mesure que la monétisation et l’IA évoluent et influencent cet avenir, nous ne rechercherons pas l’efficacité à court terme et n’inonderons pas notre écosystème d’IA sans âme. Les jeux sont et resteront toujours des œuvres d’art, conçues par des humains et créées à l’aide des technologies les plus innovantes que nous proposons.
Sur X, elle a également multiplié les posts sur X (anciennement Twitter) tout le week-end. Elle a notamment suggéré un retour de l’interface iconique de la Xbox 360, l’arrivée de « SUPER jeux » et le retour de Xbox, une écoute de la communauté, et même un éventuel retour des exclusivités consoles. Elle nous fait aussi lever quelques sourcils quand elle échange des blagues avec Smash JT, l’un des champions du gamergate, ce mouvement identitaire d’extrême droite né dans le jeu vidéo. Le même week-end où SmashJT se demande si « les femmes sont-elles en train de tuer le jeu vidéo ? ».
Un retour aux sources ?
Microsoft est désormais à la croisée des chemins pour décider du destin de Xbox.
Pour les plus optimistes, il y a la promesse d’un retour aux sources impulsé par Asha Sharma. Elle serait là avec l’ambition de redonner ses lettres de noblesse à Xbox en produisant une console avec d’excellents jeux exclusifs.
Quelque chose que Microsoft n’a pas vraiment réussi à livrer sous la direction de Phil Spencer et Matt Booty. Précisons que ce dernier est le seul du trio à garder son poste dans cette affaire. Il gère toujours la production des jeux vidéo au sein de tous les studios Microsoft.
D’après The Verge, la stratégie de fin des exclusivités et du « Tout est une Xbox » aurait été menée par Sarah Bond sous la direction de Phil Spencer. On a tout de même du mal à croire que cela n’ait pas été impulsé par la CFO Amy Hood et le CEO Satya Nadella après le rachat d’Activision et les résultats de Call of Duty, jeu multiplateforme par excellence.
Ou l’autoroute vers l’IA slop ?
L’autre hypothèse, pour les plus pessimistes, serait que l’arrivée de Asha Sharma acte la fin de l’autonomie pour la stratégie de Xbox et une reprise de contrôle par la direction financière de Microsoft. On aurait alors une continuité de la stratégie de 2024-2025 avec toujours moins d’exclusivités, moins d’investissements dans les consoles et surtout moins de studios. Le passage de Xbox à un statut d’éditeurs tiers, comme Sega vingt ans auparavant.
Difficile d’imaginer dans ce scénario un avenir radieux pour les petits studios que sont Obsidian, InXile, Double Fine, Compulsion Games, Arkane Lyon, Ninja Theory ou Rare, face aux résultats colossaux de Call of Duty, Elder Scrolls, Forza, Minecraft ou World of Warcraft. Pour un exécutif de haut rang d’un géant de la tech, les petits studios ne seront qu’une ligne à rayer dans un tableau Excel.

Quant à la promesse de ne pas transformer Xbox en usine à IA slop, difficile d’y prêter beaucoup de crédits quand Microsoft commence déjà à sacrifier certains aspects de ses jeux vidéo, comme le doublage en VF, sur l’autel de l’IA. Satya Nadella promettait encore en 2025 que 30% du code produit par Microsoft est généré par IA. Comment imaginer qu’il ne rêve pas d’un futur Elder Scrolls où tous les PNJ seront animés par une version de Microsoft Copilot.
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