Comment ce constructeur de toilettes japonaises est devenu un fournisseur indispensable des fabricants de mémoire RAM

Porcelaine et processeurs

 
Le fabricant japonais de toilettes Toto vient de bondir de 18 % en Bourse. Pas grâce à ses cuvettes chauffantes, mais à une obscure division céramique devenue indispensable à la fabrication des puces mémoire qui font tourner l’IA.
Source : Toto

Toto, marque culte des salles de bains japonaises depuis des décennies, est en train de devenir un nom qu’on murmure dans les fonds spécialisés sur les semi-conducteurs. Et personne n’avait vu venir le coup.

Le 1er mai, Toto a publié des résultats annuels record : 737,4 milliards de yens de chiffre d’affaires, soit environ 4 milliards d’euros, et un résultat d’exploitation de 53,8 milliards de yens, environ 292 millions d’euros. Rien d’extraordinaire pour un industriel de cette taille, sauf qu’une seule division tire toute la croissance.

Sa division céramique avancée, fondée en 1984, a vu ses ventes grimper de 34 % sur un an, à 67,4 milliards de yens, environ 366 millions d’euros. Mieux encore, elle pèse à elle seule 28,9 milliards de yens de résultat opérationnel, soit plus de la moitié des bénéfices du groupe. Une activité qui, il y a dix ans, restait une curiosité pour analystes en quête d’angles morts.

Des bidets aux puces mémoire

Concrètement, Toto fabrique des dispositifs de serrage électrostatiques, ou e-chucks. Ce sont des plateaux en céramique haute précision qui maintiennent les plaquettes de silicium pendant la gravure des puces, sans les abîmer.

Toto produit ces composants en série depuis 1988, en recyclant son savoir-faire sur les céramiques sanitaires. Ses chucks sont notamment utilisés par Lam Research pour la gravure cryogénique de la mémoire NAND 3D, le type de puces qui équipe les centres de données IA. Quand Nvidia vend une carte H200, quelqu’un a fabriqué la mémoire qui va avec. Et quelqu’un a fabriqué la céramique qui a tenu le wafer pendant la gravure. Ce quelqu’un, parfois, c’est Toto.

Face à la concurrence, notamment Shinko Electric Industries au Japon, Toto mise sur sa stabilité thermique à très basse température, indispensable pour les couches ultra-fines des mémoires modernes.

Le fonds activiste britannique Palliser Capital, entré au capital en février, parle d’un « moat » de cinq ans, autrement dit une avance technologique que les concurrents mettront cinq ans à combler, avant qu’ils ne rattrapent.

C’est une estimation de fonds activiste, pas une vérité gravée. La vraie nouveauté, c’est que la direction de Toto, longtemps gênée d’être réduite à ses toilettes, accepte enfin de mettre la céramique au centre du récit. Et d’investir massivement dedans.

Pour les investisseurs, une belle histoire qui pourrait se retourner vite

Pour un investisseur qui cherche une exposition « non-évidente » à l’IA sans payer le prix fort de Nvidia ou de SK Hynix, Toto coche beaucoup de cases.

L’entreprise est rentable, dispose d’environ 76 milliards de yens de trésorerie nette, et joue dans un goulet d’étranglement réel de l’industrie des puces.

Pour quiconque achète Toto en pensant à ses toilettes, en revanche, c’est une autre histoire : l’activité sanitaire historique stagne, plombée par un marché chinois en berne.

Ce que la marque ne dit pas trop fort, c’est que sa nouvelle locomotive dépend d’un seul cycle, celui des investissements en centres de données. Si les fabricants de mémoire ralentissent leurs commandes, parce qu’ils craignent un trop-plein de capacité, et c’est leur hantise, le carnet de commandes céramique de Toto peut se vider aussi vite qu’il s’est rempli.

Toto n’est pas seul dans cette galère japonaise : Kao fabrique des nettoyants pour wafers, Ajinomoto, oui, le géant du glutamate, produit les films isolants ABF qu’on retrouve sur quasiment toutes les cartes mères de PC.


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