
Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a publié le 12 septembre un essai baptisé « We Must Pace the Frontier » pour demander à toute l’industrie de ralentir sur l’IA. Sauf qu’il a glissé une autre demande dans le même texte : que Washington cesse de vendre à la Chine ses puces et ses machines de fabrication de semi-conducteurs les plus puissantes. C’est cette partie-là qui a, sans surprise, fait tiquer Pékin.
La réplique est tombée ce lundi 14 septembre. Le ministère chinois du Commerce a qualifié l’essai de preuve supplémentaire que les États-Unis cherchent l’« hégémonie technologique sur l’IA », dans des propos relayés par le Global Times, un journal proche du pouvoir. Comme le note The Next Web, Pékin a traité le billet d’un patron d’une entreprise privée comme s’il s’agissait de la politique officielle de la Maison-Blanche. Cela montre le poids pris par le secteur de l’IA.


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Une Guerre froide de l’IA
Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi lui aussi ce lundi. Interrogé sur l’essai lors d’un point presse, son porte-parole Guo Jiakun a appelé toutes les parties à travailler ensemble sur l’IA et prévenu que « l’alarmisme, la confrontation et la concurrence acharnée ne feront que perturber le processus de gouvernance mondiale de l’IA, ce qui ne sert les intérêts de personne ».
Dans son essai, Amodei propose trois étapes : des évaluateurs indépendants avec un accès poussé aux laboratoires, des règles de sécurité communes entre les laboratoires des pays démocratiques, puis, un jour, une coordination avec les régimes autoritaires. En attendant ce « un jour », il réclame de couper la Chine des puces et des modèles les plus avancés. En Chine, toujours dans le Global Times, Xiang Ligang, un observateur des politiques technologiques, a jugé la proposition déplacée, sans fondement et hostile.
Dans un autre éditorial du Global Times intitulé « L’IA chinoise dans le collimateur : la « droite technologique » américaine ressort un scénario de Guerre froide », ce plan d’Anthropic a été qualifié de « Guerre froide silencieuse de l’IA ». Le discours de Dario Amodei y est aussi jugé hypocrite et court-termiste.
Pourquoi Pékin s’en prend à un patron privé
Difficile d’ignorer le contexte politique. Les présidents étasunien et chinois, Donald Trump et Xi Jinping, doivent se retrouver le 24 septembre à Washington, et l’IA figure officiellement au programme de ce sommet. Les deux pays tournent autour du dossier des puces depuis des semaines : le 8 septembre, les agences de renseignement américaines ont pointé six entreprises chinoises du doigt en les soupçonnant de faire de la « distillation » à l’échelle industrielle. Cette méthode consiste à entraîner un modèle en copiant les réponses d’un autre. Pékin a balayé l’accusation dès le lendemain. Bref, cela ressemble en effet à un contexte de Guerre froide d’un nouveau genre.
Donald Trump, lui, ne veut pas entendre parler de ralentissement. Le président américain a balayé dimanche l’idée d’une intervention pour freiner l’IA, répétant que les États-Unis devançaient la Chine et que « celui qui gagne l’IA, gagne ». La demande d’Amodei se heurte donc d’abord à son propre camp.
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Les chercheurs cités par le Global Times avancent aussi un argument plus terre à terre. Anthropic est en concurrence directe avec les modèles chinois en open source. Freiner la course arrangerait aussi les affaires d’Amodei.
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