Elon Musk veut faire tomber Sam Altman, mais c’est lui qui trébuche à la barre

 
Elon Musk voulait faire tomber Sam Altman. Il a passé deux jours à la barre d’un tribunal californien à expliquer pourquoi ses propres tweets ne devaient pas être pris au sérieux.
Crédits : whitehouse.gov

Elon Musk est en train devoir défendre, sous serment, chaque message posté sur les réseaux sociaux ces dix dernières années. On parle, ici, d’affirmations à plusieurs milliards de dollars. Mercredi, à Oakland, l’avocat d’OpenAI lui a fait l’inventaire. Et ça pique.

Pour aller plus loin
Procès OpenAI : Elon Musk réclame 150 milliards et la tête de Sam Altman

Elon Musk poursuit OpenAI, Sam Altman et Greg Brockman depuis 2024. Sa thèse : il aurait été « trompé » en co-fondant en 2015 une organisation à but non lucratif que ses ex-associés auraient ensuite vidée de sa substance pour la transformer en machine à cash. Autant dire que le verdict, attendu après quatre semaines de procès devant neuf jurés, ne va pas juste froisser des egos.

Quand un post X vaut témoignage

Le moment le plus gênant de la journée tient en une phrase. Elon Musk a juré au tribunal que Tesla ne travaillait « pas sur l’IA générale (IAG) pour le moment ». Petit rappel utile : l’IA générale, ou AGI en anglais, désigne un système capable d’accomplir n’importe quelle tâche intellectuelle qu’un humain peut faire.

Problème : quelques semaines plus tôt, il avait publié sur X que « Tesla sera l’une des entreprises à créer une IA générale (IAG) ». L’avocat William Savitt a sorti la capture, et Elon Musk a dû choisir entre démentir le tribunal ou démentir son propre fil X. Les actionnaires de Tesla apprécieront.

Dans la même veine, il a affirmé avoir investi 100 millions de dollars dans OpenAI, alors que le virement réel s’élève à 38 millions. Sa défense : sa réputation et son carnet d’adresses valent bien la différence. Bref, l’écart entre la communication Elon Musk et la comptabilité Musk fait à peu près 62 millions de dollars.

Le reste du contre-interrogatoire enfonce le clou. William Savitt a documenté qu’en 2017, Elon Musk avait lui-même proposé de transformer OpenAI en société à but lucratif, dont il aurait détenu la majorité des parts, voire de l’absorber dans Tesla. Refus des autres cofondateurs. Départ d’Elon Musk en 2018. E-mails à l’appui montrant qu’il a ensuite tenté de débaucher des chercheurs d’OpenAI pour Tesla et Neuralink, dont Andrej Karpathy, parti diriger l’Autopilot.

Autrement dit : la conversion était une bonne idée tant qu’il la pilotait. Elle est devenue une trahison de l’humanité une fois passée entre d’autres mains.

Reste l’argument noble : la sécurité. Elon Musk plaide qu’OpenAI commercialisé est un danger public. William Savitt lui a fait admettre que toutes les entreprises d’IA, xAI compris, courent le même risque.

Ses avocats ont tenté d’évoquer la fusillade de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, où une jeune femme a tué huit personnes en février après des conversations prolongées avec ChatGPT. Sept familles attaquent désormais OpenAI au civil. La juge Yvonne Gonzalez Rogers a coupé court : les scandales individuels n’entrent pas dans le cadre, mais la comparaison des protocoles de sécurité xAI vs OpenAI, oui. Cadeau empoisonné pour Elon Musk, dont Grok n’est pas franchement un modèle de prudence.

Le procès se joue sur un point technique : le plafonnement des profits des investisseurs d’OpenAI, supprimé au fil des refinancements de Microsoft. C’est ce que la juge et le jury devront trancher.

Pour le grand public, l’enjeu est ailleurs. On assiste en direct à la mise en pièces du récit officiel d’un patron qui a passé dix ans à façonner sa propre légende sur Twitter, puis X, et qui découvre qu’un tweet, sous serment, est une déclaration. À ce rythme, Elon Musk ferait peut-être bien de désactiver son compte X pour le week-end.


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