Blocages des lycées : un maire veut couper les réseaux sociaux aux mineurs « en cas d’émeutes »

Déconnexion d'office ?

 
Après un incendie au lycée de l’Empéri, samedi 3 octobre, le maire de Salon-de-Provence, Nicolas Isnard, demande qu’on puisse couper les réseaux sociaux aux mineurs en cas d’émeutes. Il a saisi les ministres de la Justice et de l’Intérieur.

Nicolas Isnard, maire Les Républicains de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), veut pouvoir priver les mineurs de réseaux sociaux quand des émeutes éclatent. Il l’a annoncé sur Facebook le samedi 3 octobre, quelques heures après un incendie au lycée de l’Empéri, dans sa ville. Si l’idée passait, des adolescents perdraient l’accès à TikTok ou à Snapchat le temps des troubles, qu’ils y participent ou non.

Aucune loi ne prévoit aujourd’hui un blocage réservé aux mineurs. L’élu, qui préside aussi la Métropole Aix-Marseille-Provence, a donc saisi le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur. Il demande aux parlementaires de sa région de préparer un texte.

Face à une situation qui se dégrade, je propose le blocage temporaire des réseaux sociaux pour les mineurs en cas d’émeutes. Une mesure exceptionnelle, limitée dans le temps et strictement liée à des circonstances de troubles graves à l’ordre public.

Nicolas Isnard

Un lycée dégradé par un incendie

Le feu est parti d’une poubelle vers 7 heures du matin, puis a gagné un bureau et le hall d’accueil, dont les vitres ont éclaté. Selon BFMTV, cinq personnes logées sur place ont été évacuées sans blessure. Plus d’une vingtaine de pompiers sont intervenus.

Les enquêteurs cherchent un lien avec la mobilisation lycéenne, qui donne lieu depuis plusieurs jours à des blocus et à des débordements dans tout le pays.

Nicolas Isnard parle de « violence » et d’« émeute ». Il accuse les réseaux sociaux d’avoir servi à « la propagation et l’organisation » de ces violences, et évoque un « effet réseaux sociaux ». D’après lui, la mesure serait « exceptionnelle, limitée dans le temps et strictement liée à des circonstances de troubles graves à l’ordre public ».

La France a déjà coupé TikTok, et c’était illégal

Emmanuel Macron avait déjà lancé l’idée pendant les émeutes de l’été 2023, qui avaient suivi la mort de Nahel, tué par un policier à Nanterre. Devant des maires, il avait évoqué la possibilité de réguler, voire de couper, les réseaux sociaux quand « les choses s’emballent ».

Le gouvernement était passé aux actes en mai 2024. Gabriel Attal, alors Premier ministre, a fait bloquer TikTok pendant deux semaines en Nouvelle-Calédonie, en pleine vague d’émeutes.

Le Conseil d’État a jugé ce blocage illégal le 1er avril 2025, parce qu’il portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. En revanche, il a reconnu au Premier ministre le pouvoir de couper provisoirement un réseau social face à des circonstances exceptionnelles. La Quadrature du Net, l’association de défense des libertés en ligne qui avait attaqué la mesure, y a vu le « mode d’emploi de la “bonne censure” ».

Ce blocage visait tout le monde, adultes compris. Pour couper l’accès aux seuls mineurs, chaque plateforme devrait savoir qui est mineur. Ce problème est déjà au cœur du projet français pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, qui repose sur la vérification de l’âge des utilisateurs.

En Inde et en Iran, couper est devenu une habitude

Couper l’accès aux réseaux sociaux pour tout ou partie de la population, cela pose évidemment des questions au regard de la liberté d’expression et de la démocratie. Les réseaux sociaux ont été massivement utilisé par les lycéens pour partager leurs revendications au cours des derniers jours, mais aussi pour documenter le déroulement des blocus.

C’est une stratégie employée notamment dans des pays autoritaires comme le rappel le rapport annuel publié en 2026 par Access Now, une ONG qui recense les coupures d’internet dans le monde. Elle a notamment compté 65 coupures ou blocages de plateformes en Inde en 2025, 20 cas au Pakistan et 11 cas en Iran.

Une coupure, même courte, touche bien plus de monde que les personnes visées. Aux Philippines, un bref blocage de Discord a paralysé le pays.

Les ministères de l’Intérieur et de la Justice n’ont pas encore répondu publiquement à Nicolas Isnard. Le lycée de l’Empéri, qui accueille 1 400 élèves, devrait rester fermé plusieurs jours, le temps de l’enquête et du remplacement des vitres.


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