Avec le lancement de ses deux nouvelles Freebox Delta et Freebox One, Free démontre qu’il est devenu un opérateur comme les autres, et n’est plus le trublion qu’il fut un jour.

C’est l’événement Tech de cette fin d’année en France, Free a enfin lancé ses nouvelles Freebox, si attendu depuis que l’opérateur avait marqué les esprits en 2011 avec sa Freebox Révolution. Xavier Niel a donc lancé sur scène la présentation des Freebox Delta et Freebox One. Une conférence qui, au fur et à mesure, collait de moins en moins à l’esprit Free, et de plus en plus à une présentation qu’aurait pu faire Orange, Bouygues Telecom ou SFR.

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Ce qui faisait de Free un trublion

Xavier Niel aime le rappeler, et n’a pas hésité à le faire lors de sa #FreeKeynote, Free a inventé le forfait Triple Play qui réunit l’accès à Internet, les appels illimités vers les fixe, et l’accès aux chaînes de télévision par Internet, le tout avec une boite unique, la box.

 

Si à partir de 2006, la Freebox a été divisée en deux, avec un boitier Internet d’un côté, et un boitier TV de l’autre, le tarif lui est est resté pendant plus longtemps indéboulonnable : 29,99 euros par mois. Pour maintenir ce tarif, Free ne faisait peu ou prou pas de publicités : quelques discrets spots à la TV, et beaucoup de bouche à oreille. Le tarif était tellement indéboulonnable que Free se refusait aussi à faire ce que proposait la concurrence : des promotions en série, à chaque événement, à chaque fête de l’année. La simplicité de l’offre faisait aussi la force de Free. Là où la concurrence multipliait les forfaits, Free n’avait qu’une offre : la Freebox.

Rodolphe : le visage geek de Free

Free c’était aussi l’élaboration de fonctionnalités que l’on ne connaissait pas chez la concurrence, et qui s’adressait à un public bien particulier, plus technophile. On se souvient ainsi de TV Perso, qui permettait dès 2007 à tout abonné Freebox HD de partager des vidéos sur Internet, venant d’un autre appareil comme une console de jeu. Le partage en direct était également intégré. Free offrait ainsi un équivalent de Twitch ou YouTube, plusieurs années avant. On pourrait également mentionner le multiposte, permettant l’accès aux chaines TV depuis un ordinateur grâce à VLC, ou au contraire FreePlayer, qui permettait de lire sur la Freebox, du contenu stocké sur son PC.

L’offre terminal + forfait, c’est couscous-boulettes

En 2011 puis 2012, Free lance coup sur coup la Freebox Révolution et son opérateur mobile avec Free Mobile. La Freebox Révolution met fin au prix unique à 30 euros, puisque pour en bénéficier, l’opérateur en demande près de 40 euros par mois (37 euros au lancement). C’est aussi avec cette Freebox que l’opérateur va se mettre à multiplier les « bons plans » et autres « offres promotionnelles ».

Lors du lancement de Free Mobile, Xavier Niel est très remonté contre ses concurrents, et déclare : « Aujourd’hui, l’offre terminal + forfait, c’est couscous-boulettes. C’est-à-dire, je prends le couscous, je mets les boulettes, je mélange tout ça et on sait plus ce que je paye. ». Il rappelle également en parlant de l’ADN de Free : « notre secret est assez simple, c’est : d’avoir à la fois la meilleure offre, l’offre la plus complète, et dans le même temps de pratiquer un prix inférieur au prix moyen ou standard du marché ».

 

Xavier Niel, fondateur d’Iliad (Free)

Avec la Freebox Delta, Xavier Niel applique très exactement ce qu’il déclarait hier ne pas aimer chez la concurrence. La Freebox Delta c’est d’abord une offre « terminal + forfait » puisque l’opérateur a décidé que le Player Free | Devialet n’était pas inclus dans son offre. Il faudra donc payer 480 euros en une ou plusieurs fois. C’est aussi une offre qui mélange tout : un pack sécurité, des abonnements TV (Netflix et Canal) et un bouquet presse, pour qu’au final, le client ne comprenne plus exactement ce qu’il paye dans son forfait.

Si l’on peut facilement estimer que l’offre Freebox Delta est bien l’offre la plus complète du marché, comme le veulent l’ADN et le secret de fabrication de Free d’après Xavier Niel, ce forfait n’est certainement pas vendu à un prix inférieur au prix moyen du marché. L’offre atteint en effet un tarif très élevé de 49,99 euros par mois, sans compter les frais d’ouverture ou de résiliation, et sans compter le prix du boitier TV.

Là où Free se concentrait avant sur des services internes comme Freebox Replay, TV Perso, ou sa boutique d’application, l’opérateur intègre désormais des offres d’autres entreprises : Canal+, Netflix, LeKiosk, Amazon Alexa, ou encore la compatibilité avec Spotify, Somfy et Philips Hue. Impossible donc de profiter de la Freebox Delta sans abonnement à ces autres services. Une dernière indication que les temps changent, comme les méthodes de l’opérateur.

Enfin, la nouvelle offre de Free c’est aussi des détails qui se cachent dans les petites lignes. L’opérateur met en avant une xDSL + 4G, dont la 4G pourra être en fait limité à 250 Go par mois. On peut lire que la Freebox Delta est compatible 10 Gbit/s, mais Free s’empresse de préciser que le débit ne sera au maximum que de 8 Gbit/s.

Que reste-t-il du trublion aujourd’hui ?

Derrière ces contradictions, reste-t-il encore une part chez Free de ce que l’opérateur représentait autrefois ? Un peu. On peut souligner le style de la présentation de Xavier Niel, toujours tourné vers l’humour, avec une touche d’autodérision dès le démarrage de l’événement.

On peut également constater à quel point Free parvient encore à se distinguer sur la conception de ses produits. La où la concurrence pioche parfois avec facilité dans les catalogues de constructeurs comme Technicolor ou Huawei, Free continue de concevoir entièrement en interne ses produits, tant sur le logiciel que sur le matériel. C’est ce qui donne aux Freebox One et Freebox Delta ce design unique, reconnaissable entre 1000 box.

Free continue donc d’être un opérateur à part, mais n’est plus le trublion qu’il était autrefois. Il devient finalement un constructeur haut de gamme qui apporte un agglomérat de services à des clients aisés.