
En 2013, Sony avait tenté le coup avec le QX100, un cylindre à capteur 1 pouce qu’on pinçait au dos de son smartphone. L’accessoire avait sa propre batterie, sa propre carte SD, et il discutait avec le téléphone en Wi-Fi avec la réactivité d’une visio dans un tunnel. Personne n’en a voulu. Treize ans plus tard, Huawei ressort l’idée en ne gardant dans le module que l’optique et le capteur, le reste étant confié au téléphone. Yu Chengdong, président de la branche grand public de Huawei, a passé une bonne partie de la conférence du 1er octobre là-dessus, bien plus que sur le processeur.
Côté tarifs, les fuites chinoises avaient vu juste. Le Mate 90 Pro Max édition Collector coûte 10 999 yuans (environ 1 450 euros) avec 16 Go de mémoire vive et 512 Go de stockage, et 12 999 yuans (environ 1 710 euros) en 1 To. C’est la seule version, avec le Mate 90 RS Ultimate Design, à recevoir la bague de fixation du Ruiying Z10, le module photo à capteur 1 pouce dont nous parlions avant la conférence. Le Z10 seul est vendu 5 999 yuans (environ 790 euros), et le pack Collector 1 To avec Z10 et accessoires monte à 19 499 yuans (environ 2 560 euros).

Le Pro Max classique démarre à 9 499 yuans (environ 1 250 euros) en 12 Go/512 Go, et grimpe à 9 999 yuans (environ 1 315 euros) en 16 Go. Le Mate 80 Pro Max était sorti à 7 999 yuans en novembre 2025. En Chine aussi, la flambée des prix de la mémoire et du stockage finit sur la facture. Huawei a également montré un kit SmallRig avec téléconvertisseur à 1 799 yuans (environ 240 euros) et un DJI Osmo Pocket 4 co-brandé à 2 999 yuans (environ 395 euros), qui envoie ses rushs 4K dans la galerie du téléphone en arrière-plan.
Ruiying Z10 : un vrai appareil photo vissé au dos
Le Z10 n’est pas un téléconvertisseur comme ceux que vivo ou Oppo vendent pour leurs flagships, où un bloc de verre supplémentaire vient devant le petit capteur du téléphone. Huawei a mis un capteur 1 pouce empilé de 50 mégapixels, à matrice RYYB, derrière un zoom motorisé 24-240 mm en équivalent plein format, qui ouvre à f/2 au grand-angle et f/4,5 à 240 mm.

On y trouve 19 lentilles en 6 groupes, une bague de commande, un filetage 77 mm pour les filtres, un autofocus laser et un gyroscope. Il filme en 4K à 60 images par seconde et le zoom reste motorisé pendant l’enregistrement. Pas de 24 ni de 25 images par seconde sur la fiche technique, et la stabilisation optique n’y apparaît pas non plus.

Le module n’a ni batterie ni stockage : il tire son énergie et son traitement d’image du téléphone, auquel il se verrouille d’un clic. Il pèse 346 grammes, soit 581 grammes une fois monté sur le Collector, qui en fait 235. Pour situer, un Sony RX100 VII, compact à capteur 1 pouce et zoom 24-200 mm, pèse 302 grammes avec sa batterie. Huawei vend à part un grip et un collier de pied. Il existe en plus deux versions du Z10, une pour le Collector et une pour le RS, qui ne sont pas interchangeables, et le Pro Max classique n’est pas compatible du tout.

Sans le module, le Mate 90 Pro Max est déjà bien équipé. Le capteur principal de 50 mégapixels (1/1,28 pouce, RYYB) garde l’ouverture variable en continu de f/1,4 à f/4, stabilisée. Le téléobjectif périscopique passe à 200 mégapixels sur un capteur de 1/1,28 pouce lui aussi, à 89 mm et f/2,6, ce que Huawei arrondit en « zoom optique 4x ». L’ultra grand-angle de 40 mégapixels ouvre à f/2,2, et un quatrième capteur « Red Maple » de troisième génération ne sert qu’à la colorimétrie. Le « zoom 100x » est numérique. Huawei revendique 18 IL de dynamique sur le capteur principal, un chiffre mesuré dans ses propres labos, en note de bas de page, sans préciser s’il vaut en vidéo.
Huawei n’est pas le seul à miser sur la photo cet automne. Honor a conçu son Magic 9 Pro Max avec Arri pour la vidéo, et le Xiaomi 18 Pro Max vient de sortir. Pour le reste de la fiche, les fuites étaient justes : écran OLED double couche de 6,9 pouces (LTPO 1-120 Hz, 12 000 nits en pic selon Huawei) sous verre Kunlun, certification IP68 et IP69 (poussière, immersion et jets d’eau chauds sous pression), batterie de 6 800 mAh rechargée en 100 W avec fil et en 50 W sans fil. Le téléphone pèse 234 grammes et gère les messages par satellite Beidou, réservés à la Chine continentale.
Kirin 9050 Pro, HarmonyOS 7 et zéro date pour l’Europe
Huawei a déjà sorti la puce Kirin 9050 Pro début septembre, dans le Mate XT2, son smartphone pliable en trois. Dans la gamme Mate 90, elle est réservée au Pro Max 16 Go, au Collector et au RS Ultimate Design. Le Pro Max 12 Go se contente d’un Kirin 9050 sans suffixe, et le Mate 90 Pro vendu à partir de 6 999 yuans d’un Kirin 9035. Huawei appelle son architecture « logic folding » (pliage logique) : plutôt que de rapetisser les transistors, elle empile deux couches de circuits reliées à la verticale. Faute d’accès aux machines de lithographie EUV, sanctions américaines obligent, la puce est fabriquée par le fondeur chinois SMIC avec un procédé équivalent à du 7 nm.
Huawei annonce 238 millions de transistors par millimètre carré, une densité en hausse de 28 %, et 5 millions de connexions entre les deux couches avec un débit de 125 téraoctets par seconde. Pourtant, au lancement du Mate XT2, Huawei parlait d’une densité en hausse de 55 % par rapport au Kirin 9030 Pro. Le 1er octobre, la même puce ne gagne plus que 28 %, sans que Huawei précise par rapport à quoi, et aucun démontage indépendant n’a encore confirmé ces chiffres. Les 31 % mis en avant par Yu Chengdong concernent tout le téléphone par rapport à la génération précédente, logiciel et cloud compris. Pour la puce seule, Huawei annonce 23 % de mieux en multicœur et 40 % côté graphique.
Le Mate 90 Pro Max tourne sous HarmonyOS 7, le système maison de Huawei, sans Play Store ni applications Google. HarmonyOS 7 sait en revanche se connecter à un iPhone pour transférer des appels, des fichiers et des notifications (ironique, vu le contexte).

Huawei n’a donné ni prix ni date pour une sortie hors de Chine, ni pour le téléphone ni pour le Z10. L’an dernier, le Mate 80 Pro Max n’est jamais sorti officiellement en Europe. Seul le Mate 80 Pro a eu droit à un lancement mondial, au MWC. Soyons honnêtes, un module à 790 euros qui ne fonctionne qu’avec deux téléphones vendus dans un seul pays, c’est une belle démonstration technique avant d’être un produit. Pour savoir quels modèles Huawei sont vraiment vendus en France, consultez notre guide des smartphones Huawei.
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