La société d’analyse indépendante Canalys a publié un rapport aux enseignements multiples : le marché des smartphones en Chine poursuit sa dégringolade, mais Huawei continue son inarrêtable ascension.

« L’important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Cette réplique devenue culte du film La Haine, réalisé par Mathieu Kassovitz en 1995, reflète en quelque sorte l’état actuel du marché des smartphones en Chine. Une chute qui dure maintenant depuis deux ans selon les estimations des cabinets d’expertise. Mais pour certaines entreprises du pays, comme Huawei, l’atterrissage se fait tout en douceur. Mieux, il s’avère parfaitement réussi.

En 2018, le marché des smartphones en Chine baisse lourdement

Le dernier rapport de la société d’analyse indépendante Canalys dresse un bilan 2018 pour le moins morose en Chine : les ventes d’appareils mobiles ont en effet baissé de 14 %, correspondant ainsi à 396 millions de téléphones commercialisés, contre 459 millions en 2017. Ce constat a logiquement impacté nombre de sociétés implantées dans le pays, quand d’autres parviennent à tirer leur épingle du jeu avec maîtrise.

C’est notamment le cas de Huawei. Celle qui joue à domicile poursuit son ascension dans son pays natal, et ce malgré une baisse globale des ventes. Ses parts du marché ont grimpé de 20 à 27 %, lorsque ses chiffres de ventes ont augmenté de 90 à 105 millions en l’espace d’un an. Une forme olympique qui s’explique par l’introduction de smartphones haut de gammes de qualité que sont les P20 et P20 Pro en début d’année, et les Mate 20 et Mate 20 Pro en fin d’année.

En plus d’avoir séduit le peuple chinois, ces terminaux ont clairement fait l’unanimité dans le monde entier. Sous le feu des critiques internationales, la faute à des soupçons d’espionnage pour le compte de son gouvernement, Huawei n’en reste pas moins leader du marché chinois. Derrière lui, un certain Oppo le talonne avec 20 % de parts de marchés, contre 18 % l’an passé, malgré une baisse de ses ventes.

Apple, la dégringolade

Mais l’autre grand gagnant de l’année 2018 se nomme Vivo : ses PDM atteignent les 20 %, soit 4 % de plus que l’année dernière. Mais surtout, le nombre d’exemplaires introduits sur le marché a augmenté de 9 %. « Vivo a désormais un catalogue de produits organisé, avec des séries Y et Z diversifiées, et un modèle Nex expérimental. La compagnie a également tiré partie d’une stratégie plus efficace portée sur l’amélioration de ses canaux de ventes », nous éclaire Yiting Guan, analyste-chercheur de Canalys.

Si Xiaomi a gagné un point en termes de parts de marché (12 %), ses ventes ont décliné de 9 %. C’est encore pire pour Apple, qui, malgré le même pourcentage de PDM, a vu son nombre d’iPhone commercialisés décroître de 13 %. Un camouflet justifié par la montée en puissance d’un patriotisme industriel observé ces derniers temps en Chine, la population privilégiant davantage les produits d’entreprises chinoises que de sociétés étrangères.

Une consolidation du marché

Cette baisse globale (-14%) entre l’année 2017 et 2018 suit la tendance du moment : entre 2016 et 2017, les estimations tablaient sur une chute de 4 % du marché chinois. Plusieurs éléments de réponse peuvent aujourd’hui apporter des explications : le secteur se consolide avec une concurrence toujours plus féroce, obligeant les constructeurs à confectionner des produits à la fois performants et accessibles financièrement parlant.

Par ailleurs, l’importante part de fabricants nationaux a tendance à multiplier le nombre d’appareils mobiles de manière croissante. Ajoutez à cela une hausse des smartphones moyen et haut de gamme, et vous obtenez un renouvellement du parc de téléphones bien plus long que d’habitude. A l’image du marché international, où les ventes de smartphones se sont essoufflées tout au long de l’année 2018… sans que l’on sache encore comment sera l’atterrissage.