Ray-Ban Meta : Instagram laisse tourner les vidéos de femmes filmées à leur insu malgré les sanctions promises

La modération fantôme

 
Meta a juré de bannir les comptes qui filment des femmes à leur insu avec ses Ray-Ban connectées pour les « draguer ». Un mois et demi plus tard, ces vidéos tournent toujours librement sur Instagram.
Ray-Ban Stories // Source : FRANDROID – Anthony WONNER

« Nous ne voulons pas que des personnes filment d’autres personnes en cachette, les harcèlent, puis publient ces vidéos sur notre plateforme », déclarait fin juillet Adam Mosseri, patron d’Instagram. Meta a alors banni deux comptes de « coachs en séduction », bloqué des hashtags comme « rizz » et supprimé, selon lui, des milliers de contenus. Un mois et demi plus tard, ces vidéos circulent toujours.

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Meta a surtout fabriqué son propre problème. Les Ray-Ban Meta ressemblent à des lunettes de soleil ordinaires : un bouton lance la caméra, une petite LED s’allume. Le groupe en a écoulé plus de sept millions en 2025, trois fois plus que l’année précédente. Autant de caméras discrètes lâchées dans la rue, sur un modèle qu’on a longuement testé et qu’un pompier a même poussé dans ses retranchements face au méga-feu de Gironde. Sa modération patine d’ailleurs sur d’autres fronts : en plus, selon The Decoder, Instagram reconnaît que ses utilisateurs distinguent mal les profils générés par IA des vrais.

La LED censée prévenir ne prévient personne

La diode est censée signaler l’enregistrement. Elle passe pourtant inaperçue, même allumée, surtout dehors en plein jour.

Meta a bien ajouté un garde-fou : la caméra se coupe si le voyant semble trafiqué. Sauf que des tutoriels circulent pour masquer la diode, et des techniciens la retirent carrément contre paiement. Le groupe a déjà dû corriger une faille inquiétante sur ces lunettes. Le phénomène déborde de la simple drague. The Verge documente que ces utilisateurs ont ajouté l’extorsion à leur répertoire. Au Royaume-Uni, la BBC a révélé des hommes qui filment des femmes de nuit, diffusent leurs données et les laissent se faire harceler.

Filmer un inconnu dans la rue, est-ce même interdit ?

Alors, pas si clairement. L’article 226-1 du Code pénal français vise la captation d’image dans un lieu privé, et la rue passe entre les mailles. Mais au titre du droit à l’image et du RGPD, filmer une personne isolée sans son accord reste très contestable, quel que soit le lieu : l’image et la voix sont des données personnelles. Encore faut-il porter plainte, et savoir qui accuser.

Une expérience est souvent citée, en octobre 2024, deux étudiants de Harvard avaient trafiqué des Ray-Ban Meta pour identifier des passants par reconnaissance faciale, comme l’a raconté le New York Times, repris par Numerama. Depuis, l’État de New York a encadré l’usage de ces lunettes et une pétition « Stop Smart Glasses » réclame leur interdiction pure et simple.

Vous l’aurez compris, le vrai sujet dépasse Meta. Plus une caméra devient petite et naturelle à porter, plus elle se fait discrète, et donc intrusive. Les prochaines lunettes de Meta, baptisées Orion, et celles qu’Apple prépare suivront la même pente. Sans cadre européen clair, une femme filmée dans la rue doit aujourd’hui signaler elle-même la vidéo et saisir le régulateur pour espérer la faire disparaître.


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