
Je l’avoue d’emblée, j’ai un faible pour les monospaces, et pour des raisons très pratiques. Pour transporter une famille, ses bagages et son bazar, on n’a jamais fait mieux qu’une boîte bien dessinée, avec un plancher plat et des sièges qu’on déplace à sa guise. Le SUV a tout balayé en vingt ans, l’Espace lui-même s’y est converti en 2023, et j’avais fini par me résigner. Puis je suis tombé sur l’E-Space Concept, dévoilé par Renault le 12 octobre au Mondial de l’Auto de Paris.
Une silhouette qu’on reconnaît à vingt mètres
En arrivant sur le stand, on comprend tout de suite ce qu’on regarde. Le capot court se prolonge dans le pare-brise, d’un seul trait, comme sur le premier Espace de 1984 et son fameux « profil TGV ». La poupe est presque verticale, surmontée d’un becquet qui m’a rappelé les Espace 2 et 3. Autour de moi, des visiteurs de tous âges faisaient le même rapprochement à voix haute, y compris les plus jeunes comme moi, qui n’ont connu l’Espace que sur la banquette arrière de leurs parents.

Vient ensuite le gabarit. Avec 4,70 mètres de long, l’E-Space est à peine plus court que l’Espace actuel (4,72 mètres), mais il est bien plus large (2,02 mètres, soit 18 centimètres de plus) et à peine plus haut (1,67 mètre). En vrai, il paraît trapu, posé, très large. Les roues de 23 pouces repoussées aux quatre coins y sont pour beaucoup. Soyons honnêtes, on ne les reverra sans doute pas sur un modèle de série.
J’ai aussi aimé que Renault ne cède pas au gigantisme : ni calandre béante ni passages de roue gonflés, mais une ceinture de caisse basse et une garde au sol contenue. Le dessin est lisse et calme, presque minimaliste. Le losange semble flotter au centre d’un grand « U » lumineux, et le bas de caisse noir, qui signale l’emplacement de la batterie, allège tout le profil. Les poignées de porte ont disparu, des caméras remplacent les rétroviseurs. C’est un concept, donc tout est permis, mais l’ensemble reste étonnamment lisible.
Une bulle de verre qu’on lit de l’extérieur
Je n’ai pas pu monter à bord. Mais c’est peut-être le seul concept du salon dont on comprend l’intérieur sans y entrer : le vitrage descend sous la ligne de ceinture, le toit est entièrement en verre, et l’œil plonge naturellement dans l’habitacle.
Renault dit s’être inspiré de l’architecture du Bauhaus, et cite la Farnsworth House de Ludwig Mies van der Rohe. On le croit volontiers en voyant cette cabine de verre sur laquelle les panneaux de carrosserie semblent simplement accrochés. On y accède par de doubles portes à ouverture antagoniste, sans montant central.

À travers les vitres, on voit six sièges individuels identiques, sur trois rangées et sur un plancher totalement plat. Leurs coques laquées font davantage penser à des fauteuils de designer qu’à des baquets, et Renault revendique d’ailleurs l’influence de Pierre Paulin. Ceux du deuxième rang pivotent à 180 degrés pour faire face au troisième, en « carré TGV ». Tournés vers la route, ils profitent de tablettes « aviation » avec un écran de 12,3 pouces fixé au dos des sièges avant.
En configuration quatre places, ils se replient même pour former une table. Une console télécommandée coulisse sur toute la longueur de l’habitacle, avec un mini-frigo, un purificateur d’air, des manettes de jeu et… un Puissance 4. C’est du pur salon de l’auto, évidemment. Mais c’est surtout la modularité qui a fait l’Espace, et c’est la partie du concept qui m’a le plus parlé.
Les familles ne partent pas tout à fait de zéro en électrique : le Volkswagen ID. Buzz et le Kia PV5 misent déjà sur un grand habitacle modulable, tout comme le Kangoo E-Tech chez Renault. Ce sont toutefois des vans et des ludospaces dérivés d’utilitaires, plus hauts et plus carrés, alors que l’E-Space reprend la silhouette basse et vitrée du monospace d’origine.

Dans l’E-Space, le reste de l’habitacle est plus spectaculaire, avec un camaïeu de rouges, une moquette corail de trois centimètres d’épaisseur et une marqueterie en paille au lieu du bois. On y voit aussi un petit volant steer-by-wire, sans liaison mécanique avec les roues.
Je reste plus sceptique sur un point que l’on devine de l’extérieur : en plein mois d’août, une telle surface vitrée risque de transformer le salon en serre. Il faudra de très bons vitrages et une climatisation à la hauteur pour en faire une voiture de série.
Ce qui arrivera vraiment
Renault ne confirme l’arrivée en série que d’un seul élément, l’écran OpenR Panorama, une dalle incurvée de 1,13 mètre de large sur 11 centimètres de haut qui court d’un montant de pare-brise à l’autre. Ce choix me plaît : l’écran n’est pas tactile, et les commandes passent par deux écrans tactiles souples qui pivotent autour du support du volant. Renault le destine à sa gamme supérieure, et les prochains Rafale et Scénic seront les premiers à en profiter.
Pour le reste, Renault ne donne ni puissance, ni capacité de batterie, ni autonomie, ni plateforme, et encore moins de prix. La marque précise même que l’E-Space ne préfigure pas directement un modèle de série et ne remplace pas l’Espace actuel.
‘est frustrant, mais pas désespérant : Renault a déjà montré en mars le R-Space Lab, un autre concept de monospace, plus compact (4,50 mètres, cinq places). Sa future plateforme électrique RGEV Medium 2.0, attendue en 2028, est par ailleurs prévue pour des modèles allant du Captur à l’Espace.
Renault ne confirme rien pour autant, et le calendrier tempère un peu l’enthousiasme : selon le Journal de l’Automobile, l’Espace actuel restera produit dans l’usine espagnole de Palencia jusqu’en 2032. Si le monospace revient chez Renault d’ici la fin de la décennie, il portera donc plus probablement un autre nom que celui d’Espace.
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