Samsung vient tout juste de présenter son prototype de smartphone pliable, 7 ans après son premier concept public. Mais n’est-ce pas trop tard ? Est-ce vraiment la solution ? Sous cette forme, nous ne sommes pas convaincus.

En 2012, lors du CES, Samsung dévoilait « Youm », son premier écran flexible qui donnera quelques années plus tard naissance à la gamme « Edge » du constructeur, puis à l’Infinity Display incurvé sur les bords. Lors de cet événement, le constructeur donnait alors un aperçu (sexiste) de ce à quoi pourrait ressemble un appareil entièrement pliable, muni d’un écran central au format tablette et d’un écran plus petit au format smartphone.

Cette image, vous l’avez certainement vue et revue, elle sert à illustrer depuis lors un grand nombre d’articles sur les écrans flexibles ou le célèbre « Galaxy X » (devenu par la suite « Galaxy F »), premier smartphone flexible du constructeur coréen.

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Sept ans plus tard, à deux mois du CES 2019, Samsung a profité de sa Developer Conference pour dévoiler son premier prototype viable de smartphone pliable, nourrissant ainsi un peu plus les rêves des geeks de tous horizons qui en rêvent depuis ce fameux CES. Mais n’est-ce pas un peu trop tard ?

Deux écrans pour deux utilisations

Le « Samsung Galaxy F » dispose donc de deux écrans : l’un de 4,5 pouces pour une définition de 1960 x 840 pixels, et un second, pliable — grâce à la technologie Infinity Flex Display — de 7,3 pouces pour une définition de 1536 x 2152 pixels. Des ratios un peu exotiques donc, mais surtout très différents afin de répondre à des besoins bien précis.

Le premier a plutôt vocation à servir pour les tâches rapides, répondre à des SMS, lire une notification… tandis que le second s’adresse plutôt à la consommation multimédia. Samsung semble pourtant avoir oublié l’usage quotidien.

Je n’évoquerai pas volontairement ici le design du smartphone, puisque celui-ci était sous coque lors de la présentation et que l’on ne sait pas exactement à quoi il ressemble, mais le premier aperçu laisse deviner des bordures et une épaisseur conséquentes. Plus en tout cas que sur nos smartphones actuels, et c’est relativement censé au vu du changement de paradigme que cela apporte.

2019 n’est pas 2012

Mais replaçons un peu la première annonce, celle de 2012, dans son contexte. Samsung venait tout juste de présenter son premier Galaxy Note avec son « énorme » diagonale d’écran de 5,3 pouces et s’apprêtait à lancer son Galaxy S III, flagship de 4,8 pouces. Android Ice Cream Sandwich commençait à arriver sur le marché, et avec cette mise à jour unifiant sous un même système les tablettes et les smartphones, se développait le marché des tablettes. Chaque constructeur voulait la sienne, et c’était le cadeau de Noël parfait.

Fin 2011, les tablettes ressemblaient à cela

Maintenant, revenons à aujourd’hui, ou plutôt à demain, lorsque le « Galaxy F » arrivera sur le marché. Les smartphones sont de plus en plus grands et le marché des tablettes est en berne, ces dernières s’étant davantage tournées vers la mode du convertible pour grignoter des parts aux ordinateurs portables.

Dans ce marché, peut-on réellement penser qu’un terminal pliable offrant le meilleur de 2012 (un petit smartphone ET une tablette) a encore un intérêt ?

Trop petit, au mauvais format

On a beau entendre régulièrement que « ce serait bien d’avoir de plus petits smartphones », les constructeurs n’imposent pas des tendances les yeux fermés et analysent à la fois leurs chiffres de ventes et leurs études de marché. Cet agrandissement des écrans des smartphones est « demandé » par la majorité. La preuve : même Apple s’y est mis !

Alors à quoi bon retrouver un écran de 4,5 pouces en petite définition, surtout si le gabarit même du téléphone n’est pas aussi réduit ? Quant au grand écran, il pourrait se montrer intéressant pour du contenu multimédia, que l’on trouve généralement aux formats 16:9, 18:9, voire 21:9. Alors pourquoi adopter du 5:7 si ce n’est pour profiter de bandes noires monstrueuses à l’écran ?

Pour prendre mon utilisation propre, une grande partie de la consommation de mon smartphone tourne autour de la navigation web des réseaux sociaux et des applications de messageries. Dans les deux premiers cas, le confort que me procure mon grand écran de 6 pouces en Full HD m’est indispensable et je ne me vois pas retourner sur un écran de 4,5 pouces, perdant ainsi beaucoup d’informations affichées sur un seul écran. Et même pour les messageries, beaucoup d’images et de contenus multimédias sont aujourd’hui partagés, et je ne me vois plus utiliser un écran plus petit que 5,2 ou 5,5 pouces.

Oui, c’est un téléphone dans sa main – Crédit image : Zoolander (film)

À l’inverse, je me vois mal afficher mes pages web ou ma timeline Twitter, désormais pensées à la verticale pour nos smartphones, sur un écran au format 5:7.

Aucun des deux écrans ne correspond donc à mon usage, et je ne pense pas être particulièrement différent des usages habituels de la population à ce que je peux constater en jetant un œil curieux par-dessus l’épaule de mes concitoyens dans le métro.

5 ans trop tard

Ce prototype est donc époustouflant d’un point de vue technique, et il en sortira certainement quelque chose d’appréciable (comme l’écran incurvé du Galaxy Note Edge que l’on trouvait inutile à l’époque et que l’on apprécie aujourd’hui sur le Galaxy S9), mais cela semble aujourd’hui plus un « proof of concept » qu’un véritable smartphone pensé pour le quotidien.

En 2012, on rêvait devant les vidéos du CES. En 2014, alors que le Galaxy S5 — avec son écran de 5,1 pouces — était annoncé et que les tablettes étaient encore en vogue, cet hybride aurait certainement rencontré un grand succès. Mais à la veille de 2019, il est difficile de voir un réel intérêt à cet appareil.

Le logiciel avant tout

À voir si l’optimisation logicielle permettra de créer un nouvel usage et de nouvelles tendances. Après tout, Google a travaillé dessus également.

Mais ne suffisait-il pas déjà d’optimiser le logiciel actuel ? Samsung vient de le comprendre avec Samsung One UI, il est possible de faire un smartphone avec un grand écran qui peut être utilisable à une main. En commençant par améliorer l’UX du système pour concentrer l’essentiel des interactions sur une zone accessible facilement, et en réduisant encore un peu plus les bordures, on pourrait conserver le même format qu’actuellement, agrandir la zone d’affichage jusqu’à peut-être atteindre les 7,3 pouces, et faciliter l’expérience utilisateur.

Toujours est-il que le moi de 2012 qui loge encore quelque part dans un coin de ma tête crie encore d’excitation depuis hier à l’idée d’impressionner des gens dans un bar grâce à mon téléphone pliable, rabaissant dans un même temps le caquet à ces flambeurs mettant en avant leurs oreillettes Bluetooth et leurs tablettes à LED.

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