ReactOS, « Windows open source », franchit une étape attendue depuis très longtemps

Trente ans, enfin NTFS

 
Après trente ans de développement, ReactOS, le célèbre « Windows open source », franchit un cap symbolique. Le système d’exploitation peut désormais s’installer sur une partition NTFS, abandonnant enfin les lourdes limites de l’antique format FAT32.

Ne l’appelez surtout pas Linux. ReactOS est un projet à part qui s’efforce de recréer l’architecture de Windows en repartant de zéro, sans emprunter une seule ligne de code à Microsoft. À la mi-octobre 2026, ses développeurs ont partagé une avancée majeure sur leur compte X officiel : le système est enfin capable de tourner directement sur le format de disque de Windows.

Concrètement, le nouveau pilote NTFS du projet (le composant logiciel qui gère la lecture et l’écriture sur le disque) sait désormais créer, formater et exploiter ces partitions tout en restant compatible avec l’écosystème de Microsoft. Il était temps, puisque le NTFS s’est imposé comme le standard de Windows dès la sortie de Windows XP en 2001.

Pour mesurer l’importance de ce changement, il faut rappeler que ReactOS exigeait jusqu’ici une partition FAT32. Or, dans les faits, ce système de fichiers hérité de l’époque de Windows 95 bride sévèrement la taille maximale des partitions sur les disques modernes.

Plus gênant encore au quotidien, le FAT32 refuse d’enregistrer tout fichier unique dépassant 4 Go, ce qui suffit à bloquer le téléchargement d’un film en haute définition ou d’une simple image disque (ISO). Pour un système qui ambitionne de remplacer Windows, rester coincé sur une technologie aussi datée constituait un sérieux handicap.

Trente ans pour en arriver là ?

Sur le papier, le délai a de quoi faire sourire. Le 22 janvier 2026, ReactOS a célébré les trente ans (oui, trente…) de sa toute première ligne de code. Né sur les cendres de FreeWin95, une tentative avortée de cloner Windows 95, le système demeure aujourd’hui au stade de version alpha, où la stabilité n’est jamais garantie. D’ailleurs, sa dernière mouture officielle (ReactOS 0.4.16), publiée le 29 août 2026 après un an et demi d’efforts, ne mentionnait même pas encore cette compatibilité NTFS.

Ce support s’est en réalité construit brique par brique, au rythme d’une équipe composée essentiellement de bénévoles. Si ReactOS savait déjà lire les partitions NTFS depuis 2016 sans pouvoir y écrire, son chargeur de démarrage (FreeLoader) a attendu 2022 pour être capable de lancer le système depuis ce format. Il ne manquait plus qu’un pilote d’écriture suffisamment fiable pour y installer l’OS complet, un chantier de longue haleine qui aura finalement mobilisé près d’une décennie.

Un pilote NTFS encore très incomplet

Malgré cet enthousiasme, l’équipe de ReactOS préfère jouer la carte de la transparence quant aux limites actuelles de son outil. Trois mécanismes essentiels du format NTFS manquent encore à l’appel :

  • Le cache : il conserve en mémoire vive les données consultées récemment pour éviter de solliciter le disque en permanence. Sans lui, les performances générales restent nettement en retrait.
  • La journalisation : elle consigne chaque opération en cours afin de restaurer l’intégrité des fichiers après une coupure de courant ou un plantage brutal.
  • Les fonctions de sécurité : elles gèrent les droits d’accès pour définir quel utilisateur peut consulter ou modifier tel ou tel fichier.

Les développeurs préviennent également que de nombreux bugs restent probablement cachés dans le code. En clair, il est vivement déconseillé de confier des données personnelles ou critiques à ce pilote pour le moment.

En route vers l’architecture moderne de Windows

En parallèle de ce chantier sur le stockage, ReactOS poursuit sa mue pour se rapprocher des versions modernes de l’OS de Microsoft. Longtemps calqué sur l’architecture de Windows Server 2003 (le cousin technique de Windows XP), le système bascule progressivement vers le noyau NT 6, inauguré avec Windows Vista et toujours utilisé comme fondation par Windows 10 et 11. Pour l’utilisateur, le changement le plus visible concerne l’arborescence des fichiers personnels, qui délaissent enfin l’ancien répertoire « Documents and Settings » au profit du dossier « Users », comme Microsoft l’avait instauré en 2007.

Si l’exploit technique force le respect, ReactOS reste donc une curiosité réservée aux passionnés et aux machines virtuelles. Aujourd’hui, pour se passer véritablement de Windows au quotidien sur son PC, la solution la plus fiable reste encore d’installer une distribution Linux.

Pour aller plus loin
Comment installer Linux sur un PC Windows 10 ? Le guide complet


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