
Une batterie de smartphone commence à sérieusement fatiguer au bout de 300 à 500 cycles de charge complète, soit un à deux ans d’usage quotidien avant de tomber sous 80 % de sa capacité d’origine. Des chercheurs de l’université Flinders, en Australie, disent avoir mis au point un prototype qui en encaisse 60 000. À raison d’une recharge par jour, ça nous mène à plus de 160 ans !
Les annonces de batterie révolutionnaire sont un marronnier de la tech. Celle-ci a le mérite d’être publiée dans une vraie revue scientifique, Angewandte Chemie, et de reposer sur une chimie plutôt maligne.
La bête est une batterie zinc-iode aqueuse, autrement dit à électrolyte à base d’eau. C’est là son gros avantage sur le lithium : pas de solvant inflammable à l’intérieur, donc elle ne peut pas prendre feu ni exploser. Le talon d’Achille de cette chimie, c’est l’« effet navette » : des composés d’iode traversent la membrane et rongent les performances au fil des charges. L’équipe l’a bouclé dans une cage moléculaire de cyclodextrine, un sucre dérivé de l’amidon qu’on croise déjà dans l’alimentaire et les cosmétiques.
Côté mesures, deux régimes. Soit 150 mAh/g sur plus de 60 000 cycles avec une charge en trois minutes, soit 200 mAh/g sur 8 000 cycles en charge de sept minutes, le tout entre 1,3 et 1,4 volt. La dégradation annoncée tombe à 0,0001 à 0,0003 % par cycle, une paille.

Pas pour votre smartphone
Mais avant de rêver à un téléphone increvable, lisons les petites lignes. On parle de cellules format pièce de monnaie, un prototype de laboratoire encore loin d’un pack prêt pour l’usine.
Pour un smartphone, il faudrait la fabriquer en grand format, la rendre très fine, étanche et capable de fournir beaucoup de puissance. Sa tension plus faible imposerait aussi plusieurs cellules ou un convertisseur. En l’agrandissant, ses performances pourraient baisser : capacité, recharge, longévité ou densité réelle.
Surtout, la cible n’est pas le mobile : l’équipe vise le stockage stationnaire, ces grosses batteries qui épaulent le réseau électrique ou une installation solaire domestique. « Les batteries zinc-iode aqueuses rechargeables se profilent comme une alternative viable au lithium-ion pour le stockage à grande échelle », résume Zhongfan Jia, professeur de chimie à l’université Flinders.
L’atout maître, c’est le zinc : abondant, bon marché alors que le lithium fait grimper les prix. Si la technologie passe l’épreuve de l’industrialisation, elle intéressera d’abord les opérateurs de réseau et le solaire résidentiel. Pour votre prochain smartphone, en revanche, on repassera.
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