
Depuis la présentation par Mediapart des coulisses de son enquête sur Jordan Bardella, on redécouvre le droit d’accès à ses données prévu par le RGPD (règlement général sur la protection des données) dans l’Union européenne.
Il est en effet possible de demander l’intégralité de son historique de conversation sur Facebook Messenger à Meta. C’est ce qu’a utilisé la source de Mediapart pour exporter ses conversations avec un compte intitulé « Jordan Bardella » ayant tenu des propos antisémites entre 2013 et 2015. Le média d’investigation a par la suite associé ce compte Facebook à Jordan Bardella, en recoupant ces conversations avec des événements de la vie du président du Rassemblement national. L’intéressé conteste formellement les révélations de Mediapart.
Plusieurs hypothèses s’opposent
Ce lundi 5 octobre, Pascal Praud a suggéré sur CNews que Jordan Bardella fasse à son tour valoir ses droits au titre du RGPD en demandant une archive de ses conversations sur Facebook Messenger. Selon lui, Jordan Bardella pourrait ainsi prouver très simplement son innocence.
Pourquoi il n’extrait pas lui-même toutes les conversations ? Si tu fais sortir toutes les conversations […], t’arrives et tu dis bah voilà ! C’est facile à prouver !
Alors, est-ce que Jordan Bardella peut vraiment faire cette démarche ?
Première hypothèse, le compte a été supprimé depuis. La conversation récupérée par la source de Mediapart ne prouve pas le contraire. Quand un compte Facebook est supprimé, les messages qu’il a envoyés restent dans la boîte de réception de ses correspondants, et donc dans leur archive. Son titulaire, lui, ne peut plus télécharger ses données 90 jours après la suppression du compte.
Deuxième hypothèse, le compte est seulement inactif ou suspendu. Son titulaire doit alors réussir à s’y reconnecter pour demander l’archive à Meta.
Encore faudrait-il que ce compte soit bien celui de Jordan Bardella, ce qu’il conteste.
Selon Mediapart, Jordan Bardella a créé dès 2013 un second compte Facebook, tourné vers sa communication politique, en parallèle de celui où il aurait tenu ces propos. S’il demande l’archive de ce compte à Meta, elle ne contiendra pas les conversations du premier. Sur le plateau de CNews, le député RN Philippe Ballard admet lui-même, à propos des comptes Facebook de Jordan Bardella : « je crois même qu’il en a eu plusieurs. »
Une archive insuffisante
Jordan Bardella pourrait donc demander l’archive d’un compte qu’il utilisait à l’époque et n’y trouver aucune des conversations en cause. Cela ne prouverait pas son innocence, puisqu’il pourrait avoir tenu ces propos depuis un autre compte.
C’est pour ces raisons que si Jordan Bardella pourrait bien demander à Meta une archive de ses activités, cela ne pourrait pas suffire à totalement démontrer son innocence.
Le Rassemblement national défend de toute façon la thèse d’un faux compte. Dans cette hypothèse, Jordan Bardella ne peut pas demander l’archive d’un compte qui n’est pas le sien.
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