Comment Meta et le RGPD ont permis à Mediapart d’enquêter sur Jordan Bardella

 
Quelques jours après la publication d’une enquête mettant en cause le passé de Jordan Bardella, le site Mediapart révèle les dessous de son enquête. Le média en ligne révèle notamment comment le RGPD et Meta ont été sollicités dans l’enquête.

Voici une utilisation du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) qui sort de l’ordinaire.

Ce jeudi 1er octobre, le site Mediapart révèle les dessous de son enquête publié plus tôt cette semaine, mettant en cause Jordan Bardella pour des propos antisémites qu’il aurait tenu dans sa jeunesse.

Le média révèle notamment avoir utilisé le RGPD pour mettre la main sur une copie exacte des conversations de Jordan Bardella.

Une archive produite par Meta

En effet, grâce au droit européen, les utilisateurs de plateformes ont le droit à une récupération de leurs données personnelles. En l’occurrence ici, d’une archive de conversations de Facebook Messenger.

Ce serait en effet la plateforme utilisée par Jordan Bardella entre 2013 et 2015 pour échanger avec ses proches. L’un d’eux aurait demandé une archive à Meta de ses conversations, et aurait transmis cette archive aux journalistes de Mediapart.

Le dossier généré par Meta // Source : Mediapart

L’utilisation du RGPD rend l’enquête particulièrement intéressante pour son travail d’authentification. Ici, c’est Meta qui fournit l’archive, à travers une plateforme automatisée, objective, tierce, que l’on ne peut pas suspecter de création d’un faux. Les journalistes ont tout de même fait certifier l’extraction de données par huissier.

Un dossier a ainsi été généré par la plateforme états-unienne, contenant toutes les conversations de la source, y compris celle avec Jordan Bardella. Cette procédure nous permet d’affirmer aujourd’hui avec certitude que les échanges écrits n’ont pas été altérés ou modifiés depuis 2013.

Pour qu’aucun doute ne soit permis, nous avons décidé de faire également certifier cette extraction de données par huissier, mardi 29 septembre.

Quid du chiffrement de bout en bout ?

Cette méthode est intéressante également car elle résiste à l’usage des plateformes de conversations chiffrées de bout en bout. Rappelons qu’ici, les conversations dont on parle dans le cas de Jordan Bardella datent d’une époque où Facebook Messenger ne procédait pas à un chiffrement de bout en bout.

Cependant, même si Meta avait activé ce chiffrement à l’époque, l’archive aurait tout de même pu être extraite. Le chiffrement permet de priver celles et ceux qui ne possèdent pas la clé de lire le contenu de la conversation, en principe la plateforme hébergeur comme Meta, Signal ou Apple. Mais l’interlocuteur, ici la source qui a fait la demande pour Mediapart, aurait bien possédé cette clé pour lire la conversation. C’est cette clé qui aurait été alors utilisée par Meta pour fournir une archive lisible.

Prouver le destinataire de la conversation

Bien sûr, encore faut-il prouver que la conversation présente dans l’archive concerne bel et bien Jordan Bardella. Mediapart explique avoir recoupé des éléments de conversations avec des faits d’actualité publics de Jordan Bardella permettant de vérifier l’identité de l’interlocuteur.

Le média indique par ailleurs avoir travaillé avec dix-huit personnes, dix-huit sources à son dossier : « comme dans tout travail journalistique, certaines ont pu nous donner des pistes, des idées de contacts, d’autres ont pu confirmer des intuitions, infirmer des hypothèses, recouper des informations ».

Lors de la publication de l’enquête lundi 28 septembre, Jordan Bardella a contesté formellement les accusations de Mediapart, indiquant n’avoir jamais tenu des propos racistes ou antisémites de ce type « en public comme en privé, par oral ou par écrit ».


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