Les cerveaux derrière les puces Apple et Qualcomm fondent Nuvacore

Les ex de la Pomme

 
Vous vous souvenez du choc des puces Apple M1 ? Les architectes derrière ce séisme tech, passés ensuite par Nuvia et Qualcomm, viennent de lancer Nuvacore. Ils veulent jeter les vieux plans de CPU à la poubelle pour construire un moteur taillé sur mesure pour l’IA.

Si vous suivez de près l’actualité des semi-conducteurs, trois noms doivent normalement faire clignoter vos radars : Gerard Williams III, John Bruno et Ram Srinivasan.

Ce ne sont pas des débutants. On parle ici de deux des trois cofondateurs de Nuvia, Gerard Williams III et John Bruno — et de Ram Srinivasan, architecte performance qui a travaillé à leurs côtés chez Apple puis Nuvia. Ensemble, ils ont contribué à la conception des puces Apple Silicon (famille A et M) avant que Nuvia ne soit rachetée par Qualcomm.

Le travail de cette équipe a ensuite été réorienté pour aboutir aux cœurs Oryon du Snapdragon X Elite, destiné aux PC portables, un changement de cap notable, puisque Nuvia visait à l’origine les serveurs.

Le troisième cofondateur historique de Nuvia, Manu Gulati, n’est pas de l’aventure cette fois.

Aujourd’hui, ce trio remet le couvert avec Nuvacore. Leur objectif ? Concevoir un CPU généraliste « from scratch », comprenez : à partir d’une feuille blanche, pour les centres de données et les systèmes d’IA. C’est un projet d’une ambition folle, soutenu par des poids lourds comme Sequoia Capital, et qui vise un marché où Intel et AMD règnent encore, mais commencent à montrer des signes de fatigue face aux exigences de l’IA.

Nuvacore : un énorme pedigree

Ces trois personnes sont des architectes CPU, des vrais. Ils ne vont pas simplement assembler des briques technologiques existantes, ils dessinent la microarchitecture, décident comment le cœur exécute chaque instruction et optimisent l’ensemble pour que chaque watt consommé se transforme en performance pure. C’est précisément ce savoir-faire qui a permis à Apple de ridiculiser la concurrence en termes de performance par watt.

Le slogan de Nuvacore, « Engineered for Altitude », résume bien leur philosophie. IIls ne veulent pas faire un processeur pour votre prochain PC portable, mais un cœur CPU généraliste taillé pour les centres de données et en particulier pour les charges de travail continues liées à l’IA.

Ils ciblent ce qu’ils appellent l’agentic computing, ces charges de travail massives et continues liées à l’IA. Là où un processeur classique gaspille de l’énergie à gérer des tâches dont personne n’a besoin dans un serveur, Nuvacore veut un design radical, ultra-efficace en surface et en consommation.

Le problème ? Pour l’instant, c’est le grand mystère. On sait qu’ils veulent faire un CPU réinventé, mais la recette exacte reste sous clé. Pas de nombre de cœurs, pas de fréquence, pas de finesse de gravure annoncée. Mais quand on sait qu’ils ont déjà prouvé leur valeur chez Apple et Qualcomm, on leur accorde volontiers le bénéfice du doute.

Surtout, Nuvacore ne dit pas quelle architecture de jeu d’instructions (ISA) utilisera son CPU. ARM, comme pour ses travaux précédents chez Apple et Nuvia ? RISC-V, l’option souveraine qui monte ? Ou autre chose ?

Pourquoi Intel et AMD devraient commencer à s’inquiéter

Intel et AMD itèrent depuis des décennies sur le socle x86, en empilant du cache (comme le 3D V-Cache d’AMD) ou en mélangeant des cœurs puissants et économes. C’est efficace, mais c’est une stratégie de compromis. Ils doivent contenter tout le monde, du joueur PC aux serveurs de cloud.

Nuvacore n’a pas ce boulet au pied. En repartant de zéro, ils peuvent optimiser leur puce pour les besoins actuels. Dans un centre de données, chaque millimètre carré de silicium et chaque joule comptent. Si Nuvacore arrive à produire un cœur capable de délivrer une puissance de calcul supérieure avec une densité plus élevée que les EPYC d’AMD ou les Xeon d’Intel. Nuvacore pourrait forcer les géants à revoir leurs plans, à condition de convaincre un écosystème serveur qui ne change pas de fournisseur CPU à la légère.

Et Nuvacore ne partira pas non plus d’un terrain vierge côté ARM : AWS fabrique déjà ses propres CPU Graviton pour ses centre de données, Ampere propose ses puces Altra aux clouds tiers, et Nvidia pousse son CPU Grace couplé à ses GPU. La place est loin d’être libre.

Mais cela reste crédible d’autant plus que les grands acteurs du cloud (AWS, Google, Microsoft) cherchent désespérément à réduire leur facture énergétique liée à l’IA. Nuvacore ne vend pas juste un processeur, ils vendent une réduction de coûts opérationnels. C’est là que réside leur véritable force de frappe.


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