
Pour la première fois de son histoire, le géant américain des puces mobiles Qualcomm a lancé deux puces qui propulseront les smartphones haut de gamme de l’année 2027. Au Snapdragon 8 Elite Gen 5 de l’an dernier succèdent donc le Snapdragon 8 Elite Gen 6 que nous pouvons appeler « classique » et le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6.
Une version Extreme qui représente donc la crème de la crème de l’entreprise de San Diego et qui permet aux constructeurs de la galaxie Android, comme Xiaomi avec ses 18 Pro et 18 Pro Max, de créer des effets de gamme dans le très haut de gamme.
Xiaomi a présenté ces deux modèles en Chine dans la foulée de l’annonce. Le 18 Pro embarque le Snapdragon 8 Elite Gen 6 classique, le 18 Pro Max la version Extreme. Ils coûtent respectivement 5 999 yuans (environ 720 €) et 6 999 yuans (environ 840 €) en 12 + 256 Go. Xiaomi promet un lancement international d’ici la fin de l’année.
Peu habitué à l’exercice, Qualcomm s’est toutefois un peu emmêlé les pinceaux dans ses tableaux et sa documentation, en présentant certaines fonctions propres à la version Extreme dans des slides qui semblent concerner les deux puces, ou en mentionnant des quantités de mémoire similaires sans préciser avant le milieu de la présentation PDF l’élément clé qui fait la différence.
Cet article est donc destiné à ceux qui veulent comprendre quelles sont les vraies différences entre les deux puces. Une chose est sûre : cette différence ne sera pas facile à repérer en regardant les boîtes…
Des logos trop proches

Commençons déjà par nous moquer des logos des processeurs – ça ne fera de mal à personne. Pour son premier double lancement, Qualcomm semble avoir manqué d’imagination : la seule différence tient au cadre extérieur doré, plus large dans le cas de la version Extreme.
Pas de gros « X » ou « Extreme » facilement identifiable, pas de changement de teinte/couleur, etc. Rien qui permette d’identifier rapidement un logo qui sera imprimé en 1 cm × 1 cm sur la boîte de smartphone. Soit il s’agit d’une timidité excessive (volontaire ou non), soit d’un joli raté de communication : nous vous laissons juges.
En tout cas, soyez attentifs et regardez bien la différence d’épaisseur de cadre du logo pour bien choisir votre puce. Un choix qui aura un impact sur les capacités finales de votre terminal.
Deux puces physiquement différentes

Dissipons un malentendu potentiel : si toutes deux sont gravées en N2 (2 nm) chez TSMC, les deux puces sont physiquement bel et bien différentes. Le Snapdragon 8 Elite Gen 6 (numéro de code SM8950) et le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 (SM8975) ne sont pas issus du même die, du même bout de silicium.
« Il s’agit bien de deux puces différentes, tant du point de vue du silicium que du point de vue de l’intégration du package », nous a-t-on expliqué au Snapdragon Summit de Hawaï, où Qualcomm nous a conviés à suivre les conférences et autres tables rondes.
Qualcomm a donc mené deux développements distincts, même si les blocs (appelés aussi IP) sont les mêmes. La version Extreme ne sort pas d’un simple tri des meilleures puces.
Les ingénieurs de Qualcomm que nous avons interrogés ont reconnu que « concevoir deux puces différentes est effectivement plus coûteux dans la phase de développement », mais il y a fort à parier que la compta a bien fait les comptes du côté de la fabrication.
Sur PC, le nom Extreme désigne déjà depuis l’an dernier le haut de la gamme Qualcomm. Le Snapdragon X2 Elite Extreme garde les 18 cœurs du X2 Elite, mais il monte à 5 GHz au lieu de 4,7 GHz et offre une bande passante mémoire de 228 Go/s au lieu de 152 Go/s.
CPU : une base équivalente mais un assemblage qui donne du souffle

Côté CPU, la structure et les fréquences sont identiques, mais Qualcomm ne promet pas les mêmes gains par rapport au Snapdragon 8 Elite Gen 5 : +13 % de performances pour l’Extreme, +10 % pour le modèle classique, avec le même gain d’efficacité énergétique de 37 %.
Du point de vue des cœurs, on a deux Oryon Prime (créés par le génial Gerard Williams) grimpant jusqu’à 5 GHz, et six cœurs Performance plafonnant à 4 GHz. L’ensemble est épaulé par 16 Mo de cache « Oryon Flex Cache ». La différence vient donc de l’assemblage final de la puce.

La version Extreme profite en effet d’une construction appelée « Offset Package-on-Package » (offset PoP). Alors que la RAM est collée directement sur la puce chez la plupart des SoC mobiles, cette technique de packaging déplace la RAM légèrement sur le côté, ce qui permet d’évacuer plus de chaleur du côté de la puce.
Qualcomm explique que cet agencement permet d’une part à la puce de maintenir ses fréquences de pointe deux fois plus longtemps et, d’autre part, en limitant la chauffe, de réaliser jusqu’à 10 % d’économies d’énergie.
Exclusif Extreme : plus de puissance et économies d’énergie grâce à l’offset PoP.
GPU : cœurs matriciels en plus et super mémoire

Côté GPU, là encore, les deux puces partagent la toute dernière architecture graphique Adreno, la même fréquence (1,45 GHz), la même organisation en trois tranches (slices) de calcul et la même quantité de mémoire intégrée (18 Mo).
Les gains de performances par rapport à la génération précédente diffèrent pourtant nettement : +44 % pour l’Extreme et +35 % pour le Gen 6 classique, avec un gain d’efficacité énergétique identique de 40 %.
L’atout de l’Extreme est à chercher dans sa mémoire intégrée : si les deux GPU profitent de la même quantité, la nature de celle qui est implémentée dans l’Extreme fait la différence. Ce bloc de 18 Mo est un morceau de HPM, pour High Performance Memory, le même type de mémoire que sur la puce PC Snapdragon X2 Elite (qui en embarque 21 Mo). À cela s’ajoutent des cœurs de calcul matriciel dont ne bénéficie pas la version classique.

Ces éléments permettent à la version Extreme de profiter d’une technologie appelée Adreno Neural Fusion. Le principe est assez similaire à celui du DLSS de Nvidia, à savoir rendre les jeux vidéo dans une plus petite définition et utiliser les cœurs matriciels pour agrandir l’image et créer des trames supplémentaires pour booster le nombre d’images par seconde, tout en réduisant la consommation d’énergie – Qualcomm annonce jusqu’à -40%, mesuré lors d’une démonstration interne.
Exclusif Extreme : mémoire HPM, cœurs matriciels et Adreno Neural Fusion.
NPU : même structure, mais plus d’accès mémoire

Les deux NPU partagent la même IP, la même organisation (12 unités scalaires, 8 vectorielles, une tensorielle) et le même nouvel accélérateur appelé fort poétiquement « Hexagon Element ». Ce petit dernier est pensé pour accélérer les agents IA et prendre en charge des contextes allant jusqu’à 32 000 jetons (tokens).
Là encore, la différence sur le papier est pourtant importante : l’Extreme revendique +35 % de performances brutes et +33 % de performances par watt, quand le classique se limite à +14 % de performances brutes et +20 % de performances par watt.
Ces écarts proviennent d’un élément majeur : l’accès à la mémoire partagée. La version Extreme profite d’une fenêtre 50 % plus large pour pouvoir taper dans la mémoire partagée de la puce, ce qui en fait la seule des deux à pouvoir exécuter localement des modèles IA avancés appelés « Mixture of Experts » (MoE) jusqu’à 30 milliards de paramètres.
Exclusif Extreme : modèles Mixture of Experts jusqu’à 30 milliards de paramètres.
ISP et imagerie : double de puissance, codec bonus et perte générationnelle

Les deux versions du bloc d’imagerie Spectra de Qualcomm offrent la même structure de base : trois ISP capables de piloter trois modules caméra de manière simultanée. En termes de qualité d’image pure, photo comme vidéo, les deux Spectra sont équivalents. C’est en termes de puissance brute et de fonctionnalités qu’ils diffèrent.
La version Extreme a été boostée en fréquence pour offrir deux fois plus de puissance de traitement vidéo, ce qui permet de passer de 8K30p/4K120p pour le Snapdragon 8 Elite Gen 6 classique à 8K60p/4K240p pour la version Extreme (oui, ça fait tout de même un ralenti ×8 en 4K30p !). « Le progrès recherché par les constructeurs était avant tout la 4K240p pour les ralentis. Mais puisque cela correspond à de la 8K60p en termes de pixels à calculer (2 milliards par seconde, NDLR), nous avons aussi activé la fonction 8K60p », nous a expliqué Judd Heape, vice-président chargé de la gestion produit chez Qualcomm (Camera, Computer Vision, Video et Audio), et accessoirement père des dernières générations d’ISP.

À cette performance de calcul brut s’ajoute une compétence renforcée en matière de captation : introduit avec la génération précédente, le codec APV, développé par Samsung pour concurrencer le ProRes d’Apple, est cette fois réservé à la version Extreme. Pour la version classique, il s’agit d’une vraie régression, puisque le Snapdragon 8 Elite Gen 5 de l’an dernier intégrait ce codec. Judd Heape justifie cette décision par le fait « que ce genre de fonctionnalité est essentiellement recherché par les professionnels de la vidéo ».
Notez aussi que l’Extreme est le seul des deux capable, via son moteur multimédia (qui est implémenté dans le GPU, et non pas dans l’ISP), de décoder le nouveau codec VVC appelé aussi H.266. Visant à remplacer le H.265/HEVC utilisé par des services comme Netflix, Disney+ et d’autres, le H.266/VVC n’est pour l’heure guère utilisé. Mais la puce sera donc future proof !
Exclusif Extreme : 8K60p, 4K240p, capture codec APV, décodage du codec VVC (H.266).
Au-delà de Xiaomi, Qualcomm cite Honor, iQOO, Motorola, OnePlus, Oppo, Redmi, RedMagic et Vivo parmi les marques qui lanceront des smartphones équipés de l’une ou l’autre puce. Les logos ne vous aideront pas : c’est la fiche technique du smartphone qui dira s’il embarque le Gen 6 classique ou la version Extreme.
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