Qualcomm dévoile ses Snapdragon 8 Elite Gen 6 : attention au piège de la version « Extreme »

 
Avec ses Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 et Snapdragon 8 Elite Gen 6, Qualcomm double son offre de puces pour smartphones haut de gamme. Au menu : une gravure 2 nm, des fréquences CPU record (jusqu’à 5 GHzà, un GPU plus puissant que jamais ou encore le Wi-Fi 8. Le tout enrobé en une ode à l’IA agentique.
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Si Qualcomm a décidé de concevoir non pas une mais bien deux puces haut de gamme, c'est pour répondre au besoin d'un marché qui cherche à créer des terminaux plus différentiés.
Si Qualcomm a décidé de concevoir non pas une mais bien deux puces haut de gamme, c’est pour répondre au besoin d’un marché qui cherche à créer des terminaux plus différentiés. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Deux processeurs pour le prix d’un : rompant avec sa tradition, Qualcomm annonce aujourd’hui non pas une, mais deux puces haut de gamme pour les smartphones Android les plus chers de l’année prochaine.

En lieu et place d’un unique Snapdragon 8 Elite Gen 6 pour succéder au précédent SD 8 Elite Gen 5, l’entreprise a développé en parallèle une seconde puce appelée Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 – tout est donc la mention « Extreme ». Une mention qui sera votre point de vigilance dans les mois qui viennent pour identifier la meilleure des deux puces.

Chris Patrick, vice-président sénior et responsable général de la division mobile de Qualcomm
Chris Patrick, vice-président sénior et responsable général de la division mobile de Qualcomm // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Qualcomm justifie ainsi la décision de lancer deux puces haut de gamme : « Le marché des smartphones a changé et Qualcomm s’adapte », a expliqué sur scène Chris Patrick, vice-président sénior et responsable général de la division mobile de Qualcomm. « Entre les terminaux pliants, ceux dédiés au gaming ou à la photo, nos clients cherchent à se différencier et ont besoin de puces différentiées pour cela », a-t-il assuré.

A gauche, le logo de la version "Extreme", à droite la version "normale". Une différentiation pas franchement évidente.
A gauche, le logo de la version « Extreme », à droite la version « normale ». Une différentiation pas franchement évidente. // Source : Qualcomm

Quant à la différentiation justement, Qualcomm ne l’a pas rendue bien aisée : la seule différence entre les deux logos tient dans le cadre extérieur doré, plus large dans le cas de la version Extreme. Pas de gros « X » facilement identifiable, pas de changement de teinte/couleur, etc. Si nous hésitions entre timidité excessive (volontaire ou non) ou ratée de communication, la réalité pour Chris Patrick est que « nous voulons que les consommateurs cherchent uniquement la mention Snapdragon 8 Elite Gen 6. C’est aux constructeurs de choisir la bonne puce pour les bons usages ».

Qualcomm rejoint le club des 2 nm

Avant de parler de détails architecturaux, parlons finesse de gravure : cette sixième génération est la première de l’histoire de Qualcomm à utiliser le nœud TSMC N2, abusivement appelé 2 nanomètres. Après trois générations en 4 nm, puis deux en 3 nm, on sent l’accélération reprendre en matière de finesse de gravure !

Après l’Exynos 2600 de Samsung lancé en début d’année (qui ne réussit pas à la version européenne du Galaxy S26…), conçu autour de la gravure maison du coréen (SF2), après leA20 Pro d’il y a 15 jours (et le M6 du mois dernier), ou encore le MediaTek Dimensity 9600 Pro de la semaine dernière, Qualcomm est donc le dernier larron à dévoiler les détails de ses puces gravées en 2 nm. Comme à l’accoutumée, ce sont donc les grands volumes (et donc les petites puces) du marché des smartphones qui profitent les premières de la finesse la plus à la pointe de l’industrie.

Mais comme vous allez le voir, si cette plus grande finesse de gravure permet d’ajouter quelques transistors en plus et de pousser un peu plus loin les fréquences, le vrai bénéfice de cette transition est à chercher du côté de l’énergie.

CPU : le premier cœur mobile à 5 GHz

S'il s'est fait damer le pion par MediaTek pour l'annonce officielle du premier SoC Android en 2nm, Qualcomm peut cependant revendiquer la palme de la fréquence la plus élevée de l'histoire des SoC mobiles !

Commençons par le bloc CPU, le processeur qui fait tourner Android. Du point de vue architectural, on reste sur la famille de cœurs Oryon maison, conçue par le père des CPU Apple, qui passent pour l’occasion en génération 4 – mais nous n’avons pas plus de précisions pour le moment. L’organisation ne bouge pas : deux « Prime Cores », les brutes de calcul, et six « Performance Cores ». Huit cœurs au total épaulés par 16 Mo de cache baptisé Oryon Flex Cache.

La course à la puissance continue et, fait historique sur mobile, les cœurs Prime atteignent, la fréquence record de 5 GHz (4,6 GHz l’an dernier) ! Les six autres profitent eux aussi d’un boost de puissance et passent de 3,6 GHz à 4 GHz. De quoi permettre à Qualcomm de revendiquer le titre de « CPU mobile le plus rapide au monde ». Mais il faut ici prendre la rapidité au sens fréquence et non performance pure : les mesures de performances parleront quand les terminaux seront dans nos mains.

Vue de dos, la puce montre un packaging complexe, avec une empreinte physique plus importante que les générations précédentes.
Vue de dos, la puce montre un packaging complexe, avec une empreinte physique plus importante que les générations précédentes. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

Ces gains de fréquences se traduisent par des gains de performance, mais qui semblent plus modestes que l’an dernier : +13 % pour l’Extreme et +10 % pour le 8 Elite Gen 6, quand le Snapdragon 8 Elite Gen 5 revendiquait +20 % à finesse de gravure égale. Ces gains suivent de près la hausse des fréquences, ce qui laisse penser que l’architecture a peu bougé cette année.

L’efficacité énergétique progresse en revanche de 37 % sur les deux puces, marque qu’il s’agit là du principal bénéfice du passage au 2 nm. Notez que nous poserons la question aux ingénieurs sur place. Reste une inconnue de taille : les deux fiches techniques décrivent un CPU strictement identique, en nature comme en fréquences, pour des gains de performance différents : d’où vient le delta ? Nous poserons les questions aux ingénieurs, mais cela ne devrait pas venir de l’interface mémoire, les deux puces gérant aussi bien la LPDDR5X que la nouvelle comme la LPDDR6 (jusqu’à 24 Go).

GPU : des cœurs dédiés à l’IA, mais pas pour tout le monde

Si les gains en puissance CPU sont modérés, la partie CPU profite elle d'un vrai bond en avant, surtout pour la version Extreme.
Si les gains en puissance CPU sont modérés, la partie CPU profite elle d’un vrai bond en avant, surtout pour la version Extreme. // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

C’est sur la partie graphique que l’écart se creuse le plus : +44 % de performances annoncées pour l’Extreme, +35 % pour le 8 Elite Gen 6, avec dans les deux cas 40 % d’efficacité énergétique en plus. Le GPU Adreno – toujours sans numéro de série, ce qui n’aide pas à s’y retrouver – conserve son architecture en trois blocs (appelées slices, ou tranches en anglais), désormais cadencés à 1,45 GHz sur l’Extreme contre 1,2 GHz l’an dernier.

Comme pour le précédent Snapdragon 8 Elite Gen 5, le nouveau GPU classique profite d’une mémoire interne de 18 Mo. L’intégration de cette mémoire hautes performances (HPM) évite une partie des allers-retours vers la mémoire vive, des opérations particulièrement énergivores. Elle reste à 18 Mo sur l’Extreme, avec une architecture revue à laquelle Qualcomm attribue 12 % d’économies d’énergie.

Grâce à son DLSS mobile maison, Qualcomm peut augmenter notablement les performances de son GPU.
Grâce à son DLSS mobile maison, Qualcomm peut augmenter notablement les performances de son GPU. // Source : Qualcomm

La vraie nouveauté est réservée à la version extrême et s’appelle Adreno Neural Fusion. Si vous êtes gamer, le principe de cette technologie rappelle le DLSS de Nvidia : un mélange de super résolution couplée à de la génération d’images. En clair : la puce calcule la scène dans une petite définition et augmenter la résolution via l’IA, puis d’autres algorithmes IA inventent des trames interstitielles pour augmenter le nombre d’images par seconde.

L’Adreno Neural Fusion s’appuie sur des cœurs matriciels implantés au sein même du GPU. Et en marge de l’amélioration des performances, Qualcomm annonce jusqu’à 40 % d’économies d’énergie – sur une démo maison, précisons-le. La technologie est déjà intégrée aux moteurs Unreal Engine, Unity et Messiah, et une vingtaine de jeux sont annoncés compatibles.

NPU : de plus gros modèles et l’accélération des agents

Mise en avant déjà l'an dernier, l'IA agentique est désormais un des fers de lance des promesses techniques des smartphones de l'année à venir.
Mise en avant déjà l’an dernier, l’IA agentique est désormais un des fers de lance des promesses techniques des smartphones de l’année à venir. // Source : Qualcomm

Le processeur neuronal dévolu aux calculs d’IA, appelé NPU (neural processing unit) est lui aussi profondément remanié. Il s’organise désormais en 12 unités scalaires, 8 vectorielles, une tensorielle et un nouveau bloc appelé Element Accelerator. Cette nouvelle brique technologique a été créée pour accélérer les actions des agents IA.

Concrètement, l’Element Accelerator évite aux agents de repartir de zéro à chaque nouvelle étape de calcul, avec une limite de contexte allant jusqu’à 32 000 jetons (tokens). Autre nouveauté, la prise en charge de la précision INT2, un niveau de précision inférieur qui permet de faire tenir de gros modèles de plusieurs dizaines de milliards de paramètres dans un smartphone.

Le travail sur la prise en charge du niveau de précision INT2 couplé au supplément de mémoire cache interne permet à la puce de gérer des modèles agentiques de type "Mixture of experts" jusqu'à 30 milliards de paramètres !
Le travail sur la prise en charge du niveau de précision INT2 couplé au supplément de mémoire cache interne permet à la puce de gérer des modèles agentiques de type « Mixture of experts » jusqu’à 30 milliards de paramètres ! // Source : Qualcomm

Grâce à un supplément de +50% de mémoire partagée en plus et une configuration améliorée, seul le SD 8 Elite Extreme est à même d’exécuter de manière locale les modèles appelés « Mixture of Experts » (MoE). Ces modèles, pris en charge jusqu’à 30 milliards de paramètres, sont très importants : comme seulement une fraction des agents « experts » s’active à chaque requête, cela les rend, là encore, exploitables sur smartphone.

Le Sensing hub se complexifie chaque année. Et pour cette nouvelle génération, cette puce IA qui "la ligne de front" entre l'utilisateur et les autres composants (CPU, GPU, etc.) voit ses performances décoller de manière impressionnante.
Le Sensing hub se complexifie chaque année. Et pour cette nouvelle génération, cette puce IA qui « la ligne de front » entre l’utilisateur et les autres composants (CPU, GPU, etc.) voit ses performances décoller de manière impressionnante. // Source : Qualcomm

Les deux puces partagent cependant le même Sensing Hub, ce coprocesseur basse consommation toujours éveillée qui est, responsable, par exemple, du pilotage à la voix du type « OK Google ». Toujours taillée pour ne consommer que quelques milliwatts, cette petite puce dans la puce passe à deux micro-NPU pour proposer 85 % de performances en plus. Il peut faire tourner en permanence des modèles de 200 millions de paramètres et s’avère responsable d’alimenter Personal Scribe.

Présenté sous forme théorique au MWC en février 2025, cette une fonction apprend de vos messages, de vos courriels et de vos conversations pour bâtir votre « graphe de connaissances » personnel (personal graph). L’intérêt principal de ce personal graph est son exécution locale, que Qualcomm présente comme un argument majeur en termes de confidentialité. Mais Qualcomm reste toujours un peu vague quant aux apps qui l’intègreront.

Photo et vidéo : la 8K60 réservée à l’Extreme

Le processeur d'image (ISP) de la version extrême traite deux fois plus de volume de données que la version classique. Ce qui lui permet d'offrir de la 8K à 60 images par seconde !
Le processeur d’image (ISP) de la version extrême traite deux fois plus de volume de données que la version classique. Ce qui lui permet d’offrir de la 8K à 60 images par seconde ! // Source : Adrian BRANCO pour Frandroid

L’an dernier, l’ISP (image signal processor, en charge du traitement de l’image) du SD 8 Elite Gen 5 était le premier à intégrer un circuit entièrement dédié à la vidéo computationnelle. Cette année, le socle commun des deux nouvelles puces reprend ses trois processeurs d’image 20 bits et ses capteurs jusqu’à 320 mégapixels. Mais Qualcomm a ajouté trois nouvelles briques : l’Intelligent Pixel Control, qui associe 16 bits de données d’IA à chaque pixel pour mieux comprendre la scène, l’Elite Color Engine, qui applique en temps réel des tables de conversion colorimétrique (3D LUT), et le Motion Intelligence, qui anticipe les mouvements pour stabiliser l’image.

Qualcomm

C’est du côté de la vidéo que la puce Extreme marque le plus sa différence en matière d’image : si le SD 8 Elite Gen 6 filme bien en 8K30p, l’Extreme est le seul à proposer non seulement la 8K60p, mais aussi les ralentis 4K240p (ralenti x8) images par seconde, quand le 8 Elite Gen 6 plafonne respectivement à 30 et 120 images par seconde.

Du côté de la vidéo, si la génération précédente accueillait un codec haute qualité – l’APV, un concurrent du ProRES d’Apple – cette nouvelle fournée de puces intègre un nouveau codec haute compression appelé VVC ou H.266. Successeur du HEVC/H.265, ce Versatile Video Coding codec a une promesse majeure : réduire le débit de 30 % à 50 % par rapport au H265 à qualité visuelle égale. Un codec que beaucoup estiment obligatoire pour faciliter la diffusion des flux 4K et 8K les plus exigeants.

5G de pointe et début du Wi-Fi 8

Le X105 est le premier modem au monde à prendre en charge pleinement la toute dernière révision de la 5G.
Le X105 est le premier modem au monde à prendre en charge pleinement la toute dernière révision de la 5G. // Source : Qualcomm

Souvent ignoré, le modem est pourtant une pièce maîtresse des system on a chip (SoC) pour smartphones – si vous en doutez, pourquoi diable Apple a mis plusieurs années à développer ses C1 et C2 ! Après le X85 du SD 8 Elite Gen 5, cette fournée de Gen 6 reçoit le modem X105.

Ce modem est le premier de l’histoire à se conformer à la dernière norme 5G, la Release 19 du 3GPP (qui sera l’une des dernières marches de la 5G Advanced avant l’arrivée de la 6G). Les débits maximaux théoriques grimpent à 14,8 Gbit/s en téléchargement et 4,2 Gbit/s en envoi, contre 12,5 et 3,7 Gbit/s auparavant. Comme l’an dernier, autant prévenir : à moins de vivre sous une antenne, personne ne verra jamais ces chiffres. Le bénéfice réel se détectera sans doute plutôt dans la stabilité de la connexion.

Et on reste dans le domaine de la stabilité avec le nouveau module FastConnect 8800, qui prend en charge, pour la première fois, le Wi-Fi 8. Cette nouvelle norme appelée 802.11bn, est la première à délaisser la course à la vitesse pure pour se concentrer sur la stabilité et la réduction de la latence, une ambition réunie sous la bannière de l’ultra-haute fiabilité (UHR).

Mais si l’organe de standardisation du Wi-Fi 8 communique plus volontiers sur la recherche de robustesse et de stabilité de cette nouvelle norme, cela n’empêche pas les ingénieurs de Qualcomm de tenter de repousser les limites. Ainsi, dans une configuration d’antenne 4×4 (quatre antennes en émission, quatre en réception), inédite sur smartphone, ce module promet un débit de pointe de 11,6 Gbit/s. Attention cependant : a prise en charge du Wi-Fi 8 ne concernera que certaines versions d’Android. Il faut en effet des antennes spéciales pour activer les technologies comme l’UHR.

Xiaomi et Lenovo dans les starting blocks

Contrairement aux 17 Pro et 17 Pro Max, les deux Xiaomi 18 Pro et 18 Pro Max seront bien lancés en Europe.

Pour ce lancement, les partenaires invités par Qualcomm à présenter leurs premiers terminaux étaient Xiaomi et Lenovo. Le premier était le plus engagé des deux. Non seulement le chinois a annoncé utiliser les deux puces, non seulement, mais en plus Adam Zeng, responsable de la division internationale de Xiaomi, a assuré que les 18 Pro et 18 Pro Max (le premier en version classique, le second en version Extreme) seront bien disponibles en Europe – ce qui ne fut pas le cas des versions 17 Pro et 17 Pro Max.

Du côté de Lenovo, la marque sino-américaine a présenté son Signature 27, qui sera le premier terminal de la marque à inaugurer le partenariat audio qui vient tout juste de se nouer avec la marque Bang et Olufsen (B&O).

Mais si une ribambelle d’autres partenaires devrait annoncer leurs terminaux dans les semaines et mois qui viennent, il faudra regarder de près le ratio de marques – notamment chinoises – qui continuent de lancer des fleurons équipés en puces MediaTek. Car la montée en puissance du Taïwanais qui attaque le marché du haut de gamme depuis 2023, celui-ci n’a cessé de grappiller des parts de marché au géant américains.

La question pour Qualcomm est donc de savoir si ses Snapdragon 8 Elite de 6e génération sauront – ou non – faire la différence.

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