
L’Alliance for Open Media (AOMedia) a figé le 28 mai la version 1.0.0 de la spécification AV2, avant de l’annoncer officiellement le 9 juin. Ce consortium réunit notamment Google, Apple, Microsoft, Amazon, Netflix et Samsung. Le 22 octobre, il a publié un premier point sur l’adoption du format. L’AV2 succède à l’AV1, sorti en 2018, et reprend le même principe : les membres de l’alliance s’engagent à céder gratuitement leurs brevets sur le format à tous ceux qui l’utilisent.
Cet engagement ne lie toutefois pas les détenteurs de brevets extérieurs. La société Sisvel, qui ne l’a pas signé, a annoncé dès décembre 2025 un pool de brevets AV2, comme elle l’avait fait pour l’AV1. Les fabricants d’appareils pourraient donc, à terme, se voir réclamer des redevances par ce pool.

D’après AOMedia, l’AV2 réduit le débit d’environ 30 % à qualité égale. Les tests présentés en octobre 2025 par Andrey Norkin, chercheur chez Netflix et coprésident du groupe de travail sur le codec, donnent 28,6 % de gain avec l’indicateur PSNR-YUV et 32,6 % avec le VMAF, la mesure de qualité perçue mise au point par Netflix. Ils portaient sur une version de développement du codec, dans la configuration la plus proche du streaming. Sur le papier, une vidéo de 10 Go en AV1 tomberait donc autour de 7 Go.
La compression n’est pas le seul changement
Le codec AV2 sait transporter plusieurs flux ou plusieurs points de vue dans un même fichier : vidéo stéréoscopique, angles de caméra multiples ou image composée de plusieurs couches. En outre, sachez qu’il vise aussi la vidéo à la demande, la visioconférence et les contenus immersifs. De plus, un profil professionnel en 12 bits, destiné au cinéma et au HDR, est en cours de développement.
En contrepartie, l’AV2 repose sur un nouveau flux binaire, qu’un décodeur AV1 ne sait pas lire. Chaque appareil devra donc intégrer un décodeur propre au nouveau format.
Le décodeur est gravé dans la puce
Un téléviseur ne décode pas la vidéo avec son processeur principal. Il confie cette tâche à un bloc spécialisé, intégré à la puce dès sa fabrication. À ce jour, aucun appareil grand public ne dispose d’un bloc AV2, et aucune mise à jour ne peut en ajouter un a posteriori.
La nouvelle Apple TV 4K en est un bon exemple. Présentée le 13 octobre et vendue 349 €, elle arrive en magasin le 13 novembre. Sa puce A19 intègre un décodeur AV1 matériel, une première pour le boîtier d’Apple. En revanche, Apple ne mentionne pas l’AV2, alors que la firme fait partie d’AOMedia. Le calendrier explique sans doute en partie cette absence, la puce ayant été conçue avant la version définitive de la norme. Ce n’est toutefois qu’une hypothèse : AOMedia avait diffusé une préversion complète en amont, justement pour permettre aux fabricants de puces d’avancer.

Reste le décodage logiciel, confié au processeur central. Sur un téléviseur, il paraît peu réaliste, surtout en 4K. Selon Jean-Baptiste Kempf, président de VideoLAN, l’AV2 demande environ cinq fois plus de calcul que l’AV1 au décodage. Les démonstrations du CES 2026 restaient d’ailleurs modestes. VideoLAN avait montré une lecture dans VLC 4 sur un MacBook. Google faisait tourner dans Chrome une vidéo diffusée depuis YouTube, sur un portable de jeu, en 1080p à 24 images par seconde.
Un déploiement qui prendra des années
YouTube est le seul à donner un calendrier. La plateforme prévoit de diffuser ses premiers flux AV2 sur sa version web au plus tôt début 2027. Aucune date n’est annoncée pour les applications mobiles ou pour les téléviseurs. Netflix et Prime Video étudient le format, sans échéance précise. Meta prévoit aussi de l’adopter sur Facebook et Instagram, où l’AV1 est déjà son principal format de diffusion. Chez Google, on met notamment en avant l’intérêt de l’AV2 pour les expériences multivues.
L’AV1 donne une idée du chemin à parcourir. En effet, au 19 mars 2026, plus de 90 % du catalogue de YouTube, pondéré par le temps de visionnage, était disponible dans ce format. Il aura donc fallu près de huit ans pour en arriver là.
Côté matériel, les premières briques existent. VeriSilicon a livré à plusieurs clients son IP de décodage compatible AV2. Chips&Media a terminé la sienne et signé un contrat de licence avec un grand groupe technologique nord-américain. Allegro DVT propose aussi un décodeur. Mais entre une IP sous licence et une puce dans un téléviseur, il s’écoule généralement plusieurs années.
Le logiciel avance en parallèle : VideoLAN développe le décodeur dav2d, et Intel participe à l’encodeur SVT-AV2. Le fondeur n’a en revanche rien annoncé côté décodage matériel.
Il faudra donc se montrer patient. Spécifié en 2018, le codec n’est arrivé en décodage matériel chez Intel qu’en 2020, avec Tiger Lake, et chez Apple qu’en 2023, avec les puces A17 Pro et M3. Si son successeur suit le même rythme, il ne faut pas attendre de téléviseurs compatibles avant 2028 au mieux. Ceux qui sont vendus aujourd’hui ne le liront jamais « en matériel ».
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