
L’Alliance for Open Media a publié la version 1.0.0 d’AV2, la spécification finale de son nouveau codec vidéo libre de droits. La page officielle date la sortie du 28 mai 2026, et elle remplace le brouillon de travail qui circulait depuis le début d’année.
Un codec, pour faire simple, c’est la recette qui compresse une vidéo pour la faire tenir dans le moins de données possible, puis la décompresse à la lecture.
Et là, le chiffre qui circule partout : AV2 compresse environ 30 % mieux qu’AV1 à qualité d’image égale. Concrètement, une bibliothèque vidéo de 10 Go encodée en AV1 tomberait autour de 7 Go en AV2. Ou, vu depuis votre canapé : la même série Netflix en 4K avec un tiers de bande passante en moins.
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AV2 succède donc à AV1, le codec libre lancé par AOMedia en 2018 et adopté peu à peu par YouTube, Netflix puis Amazon. Derrière l’alliance, on retrouve un casting impressionnant : AV1 comme AV2 ont été développés par un consortium qui inclut Amazon, Apple, Google, Intel, Meta, Microsoft, Netflix, Nvidia et Samsung. Le développement d’AV2 a démarré en 2020, deux ans après la sortie d’AV1, et a duré plus de cinq ans.
L’intérêt, c’est le modèle économique. AV2 est libre de droits, comme AV1 : les membres d’AOMedia s’engagent à ne pas réclamer de royalties sur les brevets. Ça le différencie de ses rivaux de l’écosystème MPEG, le HEVC (H.265) et surtout le VVC (H.266), dont les licences passent par plusieurs pools de brevets qui prélèvent des redevances à tous les étages.
Ces coûts cachés finissent en général dans le prix payé par le consommateur. AV2 cible le streaming, la diffusion broadcast et la visioconférence en temps réel, avec un meilleur support de la réalité virtuelle et augmentée, de l’affichage multi-flux et des contenus de type capture d’écran.
Techniquement, les gains ne viennent pas d’un coup de baguette magique à base d’IA, mais d’une accumulation d’optimisations : superblocs plus grands (jusqu’à 256×256 pixels contre 128×128 sur AV1), partitionnement plus malin, meilleure prédiction de mouvement, nouvelles transformées et codage entropique amélioré. Pour les curieux du détail, on a déjà décortiqué comment AV2 doit transformer vos vidéos sur Netflix et YouTube quand le brouillon est sorti l’an dernier.
D’où viennent les 30 % de gain annoncés ?
Premier point d’attention : le fameux gain de 30 % vient des tests internes des membres de l’alliance, pas d’une mesure indépendante.
Dans le détail, deux métriques reviennent : environ 28,6 % de bitrate en moins selon le PSNR-YUV (une mesure mathématique de la fidélité après compression) et environ 32,6 % selon le VMAF, un indicateur de qualité perçue développé par Netflix. Le tableau ci-dessous résume ce que change réellement AV2 par rapport à AV1, d’après les données d’AOMedia.
| Critère | AV1 (2018) | AV2 (2026) |
|---|---|---|
| Gain de compression | Référence | ~30 % de bitrate en moins |
| Superblocs max | 128 x 128 px | 256 x 256 px |
| Licence | Libre de droits | Libre de droits |
| Décodage matériel grand public | Répandu | N.C. (à venir) |
| Cibles | Streaming, 4K/8K | Streaming, 4K/8K, AR/VR, multi-flux |
Deuxième point, le plus important pour vous : AV2 ne tourne pas sur le matériel AV1 existant. C’est un nouveau format de flux, qui exige de nouveaux décodeurs. Or l’histoire d’AV1 invite à la patience : Apple, pourtant membre fondateur d’AOMedia, n’a ajouté le décodage matériel d’AV1 qu’en 2023, cinq ans après la publication de la spécification. Si AV2 suit le même rythme, une lecture fluide et économe en batterie sur smartphone n’arriverait pas avant le début des années 2030.
AOMedia se montre malgré tout confiante : l’alliance dit s’attendre à ce qu’environ 88 % de ses membres implémentent la spécification d’ici le second semestre 2027.
Pour l’instant, le seul outil disponible est le logiciel de référence AVM (AOMedia Video Model), pensé pour définir et tester le codec, pas pour encoder vos vidéos au quotidien. Les premiers testeurs le décrivent comme lent, encore perfectible sur la conservation des détails, et plutôt convaincant aux très bas débits. Et AOMedia n’a même pas accompagné cette sortie d’une vraie annonce officielle : la nouvelle a d’abord été repérée via un tag GitHub.
Un autre frein, et pas des moindres : la complexité de calcul. Selon Jean-Baptiste Kempf, de VideoLAN (l’équipe derrière VLC), décoder de l’AV2 pourrait être environ cinq fois plus lourd que de l’AV1, ce qui rend la lecture logicielle très difficile sur la plupart des processeurs actuels. C’est précisément pour ça que l’adoption dépendra d’une accélération matérielle dédiée, intégrée directement dans les puces.
Reste l’enjeu de fond : la guerre des codecs. Avec ces gains, AV2 se rapproche de l’efficacité du VVC (H.266), le codec propriétaire le plus performant aujourd’hui. Mais Qualcomm, MediaTek et Apple ont déjà beaucoup misé sur le décodage matériel du VVC, et il faudra une vraie demande du marché pour qu’ils basculent vers le libre. C’est aussi pour ça qu’Apple et Google ont, en parallèle, poussé un nouveau standard HDR open source pour concurrencer Dolby Vision : la bataille du libre contre le propriétaire ne se joue pas que sur la compression.
AV2 est une vraie avancée pour les géants du streaming, qui vont économiser de la bande passante à grande échelle. Pour le commun des mortels, c’est une promesse de meilleure qualité ou de moins de data consommée, mais une promesse qui mettra des années à atterrir dans votre téléphone ou votre TV. En attendant les premières puces compatibles et des tests indépendants, on garde les 30 % au conditionnel.
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