« Je ne recommande à personne d’en acheter » : la grogne et le désespoir des utilisateurs de vélos électriques Cowboy six mois après le rachat par Rebirth

 
Assistance qui se coupe toutes les cinq minutes, connecteur en rupture de stock pendant six mois, service client qui ne répond plus : trois utilisateurs parisiens de vélos électriques Cowboy racontent leur quotidien depuis la reprise de la marque belge par le groupe français Rebirth, et leur expérience pré-rachat. Nous avons soumis ces signalements à Grégory Trebaol, le patron du groupe, qui en conteste une partie.
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Source : Image générée par IA

Le rachat de Cowboy par Rebirth devait mettre fin à deux ans de galère à la suite de graves difficultés financières. La marque bruxelloise, lancée en 2017 et devenue une référence du vélo électrique connecté, sortait d’un exercice 2024 catastrophique (chiffre d’affaires en recul de 36 % à 21,7 millions d’euros, perte opérationnelle de 21 millions) et son rapport annuel évoquait un risque de faillite à court terme sans financement additionnel.

Ces difficultés ont été aggravées par un rappel massif du Cowboy 4 ST, lié à un risque de casse du cadre et provisionné autour de 5,6 millions d’euros, qui a pesé à la fois sur la trésorerie de la marque et sur son approvisionnement en pièces.

Un dossier en 3 volets

Le groupe français Rebirth, qui assemblait déjà les Cowboy dans son usine Re-Cycles de Romilly-sur-Seine et qui détient Peugeot Cycles, Gitane, Solex, Matra ou encore Angell, a annoncé la reprise de 80 % du capital en septembre 2025, avec 15 millions d’euros d’investissement à la clé. « Cette année, l’entreprise perdra encore 8 à 10 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 20 à 22 millions », expliquant à l’époque Grégory Trebaol, patron de Rebirth.

L’opération a été officialisée le 18 décembre, signée le 23 selon Grégory Trebaol. Rebirth chapeaute la marque depuis le 10 janvier.

Six mois plus tard, une partie des clients se sentent toujours abandonnés. Nous avons recueilli les témoignages de trois utilisateurs, puis nous avons rencontré Grégory Trebaol à la mi-juin pour lui soumettre leurs griefs.


Cet article fait partie d’un dossier global sur Rebirth. C’est le premier article d’une série de trois, exclusivement dédiée à Cowboy/Rebirth :

  • « Je ne recommande à personne d’en acheter » : la grogne et le désespoir des utilisateurs de vélos électriques Cowboy six mois après le rachat par Rebirth
  • 45 millions d’euros de dette effacés, 18 000 lignes de SAV, 12 000 cadres à remplacer : le patron de Rebirth défend sa reprise de Cowboy
  • Batteries introuvables, factures salées : le cauchemar des réparations chez Cowboy

Trois vélos et trois pannes, mais une même impasse

Livio (nous ne citerons pas son nom de famille) a acheté son Cowboy C4 neuf il y a deux ans et demi, à la boutique (ou plutôt au showroom) que la marque tenait alors au Bon Marché, à Paris. Le vélo est son moyen de déplacement principal entre son travail et son domicile. Entre l’achat et son expérience, son avis sur le produit a évolué : « Le vélo est présenté comme un produit premium, mais, en réalité, il n’a de premium que le design. La qualité des composants n’est pas excellente. C’est également ce que m’ont dit les magasins de vélos qui s’occupaient de l’assistance. »

Les premiers ennuis ont été les suivants : du jeu entre le guidon et la fourche, signalé par un magasin agrée alors qu’il avait apporté le vélo pour autre chose, puis un câble enroulé dans la roue arrière, qui a valu un remplacement complet de la roue. Les réparations étaient à l’époque rapides, avec une garantie de rapidement remonter en selle.

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Source : Cowboy

Au bout d’un an, l’assistance a commencé à se couper. « Le vélo se déconnectait d’abord du Bluetooth. Ensuite, l’assistance se coupait régulièrement : parfois toutes les cinq minutes, parfois toutes les trente secondes. » Il a tenu six mois dans cet état, le temps qu’arrive une pièce en rupture de stock, un connecteur.

« Vous pouvez imaginer la difficulté, car le Cowboy n’a pas de vitesses. Même si je suis sportif, quand l’assistance ne fonctionne plus, il vaut parfois mieux descendre du vélo et le pousser à la main. » En hiver, « je devais enlever mes gants pour essayer de relancer l’assistance depuis l’application, tout en faisant attention à la circulation. J’ai failli avoir deux accidents. » Le remplacement du connecteur n’a réglé qu’une partie du problème, l’assistance ne se coupant plus qu’une fois par semaine environ ensuite.

« Je me suis dit que je pouvais vivre avec cela. » S’ajoutent les freins, qu’il purge « tous les trois ou quatre mois, parce que de l’air entre dans le circuit » : « Au début, le vélo freinait très bien. Trois mois après l’achat, les freins fonctionnaient déjà moins bien. »

« Ce sont des vélos que je trouvais plutôt bien conçus »

La panne d’assistance est revenue l’été suivant, juste avant l’expiration de la garantie. Une boutique a gardé le vélo et n’a rien trouvé d’anormal au diagnostic. Depuis septembre 2025, il roule hors garantie avec un vélo dont l’assistance se coupe environ toutes les cinq minutes. Sur un groupe Facebook d’utilisateurs, il résume la situation à sa manière : « Bonjour, moi je suis très mécontent. J’ai un Cowboy C4 depuis deux ans et demi, il faut dire que le SAV a toujours été pas à la hauteur, voire très mauvais. Mais effectivement là, il est tout simplement absent. J’ai beaucoup de soucis avec mon vélo depuis des mois, avec l’assistance qui coupe toutes les deux minutes. Je ne sais plus quoi faire. »

Alexis (dont nous tairons le nom de famille également), lui, a acheté un Cowboy C3 d’occasion il y a environ un an et demi. Le vélo affichait déjà plusieurs milliers de kilomètres, avec un bout de chatterton autour d’un câble, à l’arrière, vestige d’une réparation antérieure au niveau du capteur de couple.

Cowboy Cross prix
Source : M. Lauraux pour Frandroid

Cela ne l’a pas inquiété, lui qui roulait 27 kilomètres les jours de travail, sans le moindre signe avant-coureur. « Ce sont des vélos que je trouvais plutôt bien conçus. En tout cas, mon ressenti était très positif : c’était vraiment très agréable de rouler dessus. » Une crevaison arrière a ensuite déclenché une suite de problèmes.

En démontant la roue, Alexis a abîmé le câble déjà fragilisé sous le chatterton : « Apparemment, c’est une erreur assez classique : on peut oublier de déconnecter le câble avant de retirer la roue. » Un réparateur agréé parisien a fait un diagnostic avec une tablette et avait la pièce en stock : « Je n’étais pas très confiant, parce que j’avais vu que les délais d’approvisionnement des pièces pouvaient être catastrophiques. » En parallèle, le service client, plutôt réactif à ce moment-là, lui avait préparé un panier à payer dans l’application, avec le seul câble et non le capteur complet. Il ne l’a jamais validé : « Je me suis dit que, si je commandais, j’allais peut-être me retrouver avec quatre mois de délai. »

« Aujourd’hui, j’ai donc un Cowboy qui ne fonctionne plus et qui ne réagit plus du tout »

Le vélo est reparti trois semaines plus tard. « Au départ, tout fonctionnait parfaitement. Mais, au bout de 24 heures, le vélo est de nouveau tombé en panne, sans raison apparente. Il a complètement lâché. » Depuis, Alexis cherche sur Reddit, YouTube, et s’intéresse à Untamed, une application non officielle développée il y a quelques années par un passionné et mise gratuitement à disposition, qui permet de se connecter au vélo et de lire comment la puissance est détectée au niveau du pédalier.

En croisant ses données avec ses recherches et ChatGPT, Alexis a formulé une hypothèse : la pièce montée serait destinée au C4, le modèle suivant, et le problème pourrait « potentiellement être résolu par une simple manipulation dans la version back-office de l’application Cowboy ». Il l’a transmise au service client, puis à un salarié de Cowboy croisé sur Messenger des années plus tôt, après une publication sur un groupe Facebook, et qui l’aidait depuis à chaque problème.

Source : Upway

Cette fois, l’employé lui a répondu préférer le transmettre au service technique, et puis plus rien. « Aujourd’hui, j’ai donc un Cowboy qui ne fonctionne plus et qui ne réagit plus du tout. » Il a fini par racheter un vélo, un Tenways : « J’espère que cela se passera mieux, parce que j’ai l’impression que ces marques reçoivent souvent de bons retours au début, puis que les choses se dégradent avec le temps. Je ne sais pas exactement ce qui rend leur modèle économique si compliqué, mais on a souvent l’impression qu’au bout d’un moment, le service se détériore. »

Dérien Chabrier roule sur un C4 classique, la première version de la nouvelle gamme, acheté d’occasion à Paris en 2023 ou 2024 avec 1 500 kilomètres au compteur ; il en affiche aujourd’hui près de 4 000. Il a changé le moteur et quelques pièces, factures à l’appui. « C’est quand même assez galère, parce qu’il y a beaucoup de pièces qui déconnent. Les pièces sont aussi très onéreuses : dès qu’on a un changement à faire sur un vélo Cowboy, c’est vite 300 ou 400 balles, hors main-d’œuvre. »

Des problèmes de connectivité

Il passe toujours par le même réparateur agréé : il y en a trois ou quatre dans Paris, dit-il, et « on n’est pas trop mal lotis par rapport aux autres villes ». Dérien Chabrier a connu deux ennuis en simultané. Le premier concerne la connectivité : « Tout se fait via le téléphone pour débloquer son vélo. Et je n’arrivais plus à connecter mon téléphone à mon vélo. Donc je devais le faire manuellement avec la clé. Heureusement qu’on a ce backup. »

Le second a duré un mois : « J’ai réussi à avoir un patch logiciel qui a grandement amélioré les choses. Mais j’ai mis un mois à l’avoir. Ils n’arrêtaient pas de me dire de changer les pièces. J’en avais pour 800 euros : un moteur, plus le com module qui fait la connexion. » Le vélo est redevenu à peu près utilisable, et en tire une conclusion : « J’ai l’impression — j’en suis même convaincu — que ce n’était pas un souci moteur, mais un souci logiciel. »

C’est le point sur lequel les trois récits se rejoignent le plus étroitement : du côté de Cowboy, il n’y aurait plus personne au bout du fil. Aujourd’hui, tout passe par l’application. « Quand on a une difficulté, on commence par le SAV Cowboy, qui est sur l’application. Et là, c’est un parcours utilisateur qui est absolument infect », résume Dérien Chabrier.

« C’est plusieurs jours à ramer, à échanger avec un chatbot à côté de la plaque, évidemment, avant d’avoir quelqu’un. Une fois qu’on a quelqu’un, on a des réponses tous les trois jours, qui sont globalement à côté de la plaque. Et ça se conclut par : ‘Bon, il faut commander des pièces neuves, on ne sait pas d’où ça vient, et démerdez-vous.’ » Entre la panne et une première piste de résolution, il faut compter jusqu’à un mois : c’est très long. C’est extrêmement long, surtout que moi, en tant que citadin, c’est mon unique moyen de locomotion. »

Un chatbot qui fait grincer des dents

Alexis décrit la même mécanique : « Il faut d’abord remplir une demande auprès d’un chatbot. Celui-ci pose différentes questions. Il existe ensuite une option permettant de demander à parler à quelqu’un. Au bout d’un moment, souvent après un ou plusieurs jours, un profil qui semble humain finit par répondre. » Dans son cas, plus personne ne répond depuis deux à trois semaines.

À l’époque, le chat était laborieux, mais « on finissait parfois par parler à une véritable personne. Pour moi, c’est important de pouvoir échanger avec quelqu’un qui comprend le problème », nous explique de son côté Livio. Aujourd’hui, « il faut passer par un chat qui effectue un premier diagnostic avec une intelligence artificielle. » Il insiste surtout sur l’absence de contact humain : « Il n’y a aucun interlocuteur direct chez Rebirth pour les utilisateurs de Cowboy. Tout continue à passer par l’application, comme auparavant, sauf qu’avant, on finissait parfois par parler à quelqu’un. Aujourd’hui, on ne parle plus à personne. »

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Source : Cowboy

De son côté, Grégory Trebaol revendique une politique maison. « On se bat tous les jours avec les équipes Cowboy dans l’intégration. Être connecté, c’est bien, mais les gens veulent avoir un point de contact. »

Il faut préciser un point d’organisation, que Grégory Trebaol a tenu à mettre en avant : Rebirth détient et assemble les vélos Cowboy, mais ne gère pas le quotidien de la marque. « Notre rôle est de fabriquer les vélos au travers de Cycleurope. Les deux sociétés sœurs ont une relation industrielle de fabrication. En revanche, les opérations, le management et l’exploitation de Cowboy se font de façon autonome. »

Et d’ajouter : « Bien sûr, en tant qu’actionnaire et fabricant, on essaie d’influer. Mais on ne veut pas dénaturer Cowboy. On ne veut pas que Cowboy devienne une marque de retail pure et que tout change. » Dérien Chabrier était arrivé seul à la même conclusion, sans jamais avoir eu la réponse : « Je pense que toute la partie customer care, concrètement, d’un point de vue client, c’est ça qui nous concerne et qui nous impacte. Rebirth n’a pas du tout la main dessus, et les gars sont complètement sous l’eau. Il n’y a pas eu de SAV pendant plusieurs mois, je pense. »

Des solutions alternatives

Les trois utilisateurs ont tenté de contourner l’application. Alexis a retrouvé sur LinkedIn le nom d’une personne qu’il pense être responsable technique chez Cowboy et lui a écrit à une adresse reconstituée d’après le format habituel de l’entreprise, sans réponse. Et à même tenté de ruser : « J’ai écrit que je souhaitais acheter un moteur. Je voulais voir si les équipes étaient plus réactives lorsqu’un utilisateur cherchait à payer quelque chose. » Sans plus de succès.

Dérien Chabrier a lui aussi ratissé LinkedIn, du côté des managers customer care : « Mais évidemment, aucune réponse de ce côté-là. Donc Rebirth a racheté Cowboy, mais c’est un peu blackout total sur le SAV, sur le suivi client. Aucune amélioration. » Par mail non plus, rien ne se passe : « Impossible d’échanger avec eux par mail. Tout se fait par chat sur l’application Cowboy. »

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Source : Cowboy

Le paradoxe est que Grégory Trebaol dit recevoir, lui, ce genre de sollicitations : « Je suis parfois contacté directement sur LinkedIn pour des problématiques qui ne devraient pas exister. Mais ce sont surtout des problématiques d’attente de vélo, de recall et des choses comme cela. »

Quant à contacter le repreneur directement, Alexis n’a même pas essayé : « Honnêtement, je n’ai même pas tenté de contacter Rebirth. Je ne sais pas dans quelle mesure ils sont déjà opérationnels ou intégrés à la gestion de Cowboy. J’ai regardé leur site et, sauf erreur, Cowboy n’apparaissait même pas parmi les marques dont ils sont propriétaires. » Chose que peut confirmer Frandroid à travers cette capture d’écran.

Dérien Chabrier non plus : « Je n’ai pas du tout essayé de contacter Rebirth, parce que Rebirth ne se positionne pas du tout sur la partie commerciale. Tout se fait à travers l’application Cowboy. »

« Aujourd’hui, je n’ai aucun interlocuteur »

Livio a fini par insister dans le chat « peut-être quarante fois » avant qu’on lui accorde son connecteur à zéro euro. Ce qu’il réclame tient en une phrase : « Si je pouvais parler avec une personne qui avait accès à mon dossier et à l’historique de mon vélo, ce serait déjà très utile. »

À défaut, il passe par une boutique, qui dit relancer la marque, sans qu’il puisse le vérifier : « Il est également possible que certaines boutiques disent qu’elles relancent Cowboy, sans forcément insister beaucoup. C’est difficile à savoir, puisqu’il n’y a aucune transparence. J’imagine qu’ils ont réduit les coûts et les ressources consacrées à l’assistance. Mais cela signifie qu’il n’y a plus personne pour expliquer comment régler les problèmes. » Sa conclusion est sans appel : « Aujourd’hui, je n’ai aucun interlocuteur. Pour une marque comme Cowboy, avoir un service après-vente aussi mauvais me paraît totalement anormal. Je suis extrêmement déçu. »

Cowboy 4 ST
Source : Cowboy

Le connecteur de Livio a fini par lui être accordé gratuitement… mais l’intéressé attend toujours la pièce : « Le problème, c’est que le connecteur est une nouvelle fois en rupture de stock. Je risque donc d’attendre encore plusieurs mois. » Et de s’interroger sur la logique de l’ensemble : « Je me demande comment cela est possible. J’imagine qu’ils continuent à vendre des vélos neufs. Les pièces existent donc forcément quelque part pour fabriquer ces vélos. Pourquoi faut-il attendre six mois pour obtenir une pièce de rechange ? Le connecteur n’est en plus probablement pas la pièce la plus chère du vélo. »

Ces six mois d’attente, Livio estime qu’ils auraient dû lui être rendus : « J’estime donc que j’aurais dû bénéficier d’au moins six mois supplémentaires de garantie. » Car la garantie de deux ans a expiré entre-temps, et le vélo n’est toujours pas réparé. On lui propose désormais de remplacer la batterie pour environ 500 euros : « Après seulement deux ans et demi, cela me paraît déjà très tôt. Mais surtout, si cela ne résout pas le problème, cela revient à faire des essais à mes frais. » On lui a aussi proposé un rendez-vous avec un technicien, « mais il fallait payer la prestation à l’avance ». Chose à laquelle il se refuse : « Je ne veux pas payer à l’aveugle. »

Des gros problèmes de stock

De son côté, Dérien Chabrier avait pourtant cru au rachat, comme les autres : « Depuis le rachat, on se disait tous : ‘Super.’Moi, je suis présent sur la communauté Cowboy depuis quelques années, donc j’ai suivi tout ça. Au début, ça allait à peu près. »

Mais la suite ne s’est visiblement pas passée comme prévu : « Les pièces étaient déjà onéreuses, mais ils arrivaient à les avoir en stock. Aujourd’hui, les pièces, ils ne les ont même pas en stock. Finalement, au bout d’un mois, on a le problème qui est peut-être trouvé, et ensuite c’est « out of stock ». Démerdez-vous pour avoir les pièces. On va vous les envoyer, mais vous ne savez jamais quand. »

Sa conclusion est sans nuance : « Donc concrètement, depuis le rachat par Rebirth, il n’y a eu aucune amélioration sur leur supply. » Son réparateur, pourtant partenaire, a même changé sa façon de commander : « Il commence à commander toutes les pièces de manière indépendante, parce que s’il y a une pièce qui n’est plus en stock, tout le colis est bloqué. Donc s’il doit changer un frein, une pédale et un moteur, il va commander un frein dans un colis, une pédale dans un autre colis, un moteur dans un autre colis, en espérant que ça arrive. »

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Source : Frandroid

Grégory Trebaol ne conteste pas les délais. Il conteste plutôt l’idée qu’on puisse les lui imputer sans regarder d’où part Rebirth. « Sur Cowboy, le principal sujet était un problème d’approvisionnement en pièces, indisponibles depuis trois ans, qu’il a fallu combler. Ce sont 18 000 lignes de SAV qu’il a fallu traiter en moins de six mois, avec derrière 2 300 vélos en backlog à livrer. Oui, cela peut être considéré comme long. Je rappelle qu’on a signé la reprise de Cowboy le 23 décembre. Excusez-nous, on a aussi eu les fêtes de fin d’année. On a commencé à opérer Cowboy à partir du 10 janvier. Et on est le 15 juin. » Période à laquelle a été réalisée l’interview.

Et d’enchaîner avec un bilan : « Aujourd’hui, je ne dis pas que tout est clair, mais 85 % des sujets SAV ont été traités. Sur les pièces détachées, on arrive au bout de l’exercice d’approvisionnement des pièces qui n’étaient plus commandées depuis des mois. Ce sera résorbé, peut-être pas fin juin, mais dans les quinze premiers jours de juillet. » Et de s’engager : « Ces clients auront été contactés en amont pour leur dire que les pièces qu’ils attendent sont disponibles. »

« Listez-moi les problèmes techniques de connectivité chez Cowboy »

L’autre point de friction est plus frontal. Interrogé sur ce que les clients Cowboy en délicatesse avec l’électronique peuvent espérer comme solution, Grégory Trebaol renvoie la question. « Encore une fois, listez-moi les problèmes techniques de connectivité chez Cowboy. Adressez-moi la liste et je vous garantis qu’il n’y en a pas 300. »

Grégory Trebaol assume ne pas voir le sujet remonter : « En matière de connectivité, soit je suis complètement déconnecté de la structure, mais je n’ai pas de sujet majeur de connectivité sur Cowboy. Je ne dis pas qu’il ne peut pas y en avoir. Mais ce n’est pas comme Angell, où l’application est down et ne marche pas. Chez Cowboy, s’il y a des cas, ils sont isolés. C’est aussi comme cela qu’on évolue. Si vous avez des sujets par rapport à Cowboy, faites-les-nous remonter. »

Et de poursuivre : « Dites-moi quels sont les sujets de connectivité chez Cowboy et je vous garantis que je vous réponds. Je suis capable de vous répondre dans l’heure. Je prends cela très à cœur. Tous les sujets Cowboy pour lesquels on a une solution doivent être traités dans la semaine. Cowboy, cela peut être rapide à traiter. On ne dépend pas d’une décision de justice sur la responsabilité de chacun. »

Il balaie enfin l’idée que le départ de Tanguy Goretti, cofondateur parti il y a dix-huit mois, ait vidé les équipes techniques : « Les équipes de développement sont restées les mêmes, il n’y a pas eu de changement. C’est pour cela que je suis assez surpris par ce que vous dites sur la connectivité. Mais je suis ouvert : adressez-moi des sujets concrets et j’y répondrai. »

Il n’empêche, le décalage avec les témoignages est net. Livio décrit des coupures devenues quotidiennes et des messages d’erreur remontés par l’application elle-même, sans qu’un diagnostic en boutique ne détecte quoi que ce soit : « Il m’arrivait même de recevoir dans l’application des messages d’erreur indiquant que l’assistance s’était arrêtée brutalement. Je ne comprends donc pas pourquoi leur diagnostic ne détectait rien. »

Alexis a un vélo qui ne réagit plus après une réparation officielle. Dérien Chabrier a dû déverrouiller son vélo à la clé faute de Bluetooth, puis a obtenu gain de cause par un patch, après un mois d’insistance et une facture de 800 euros évitée de justesse, et il rappelle que le sujet n’est pas neuf : « Oui, il y a toujours eu du bug logiciel. Quand ça fonctionne, tant mieux. Mais le jour où ça ne fonctionne plus, concrètement, il n’y a personne. »

« Je veux simplement savoir comment faire réparer mon vélo »

À la fin de chaque entretien, nous avons demandé aux trois utilisateurs quelle question ils poseraient au patron de Rebirth. Livio n’en a qu’une : « Je veux simplement savoir comment faire réparer mon vélo. Je souhaite qu’ils réparent les vélos de leurs clients. S’il faut payer quelque chose pour être certain d’obtenir une véritable réparation, je suis prêt à le faire. »

« Je suis arrivé à un point où je suis prêt à payer, à condition que quelqu’un règle réellement le problème. Ce n’est pas le fait de payer qui me dérange le plus : c’est de payer sans savoir si la réparation proposée est la bonne. » Livio envisage même une porte de sortie commerciale : « Ils pourraient également reprendre mon vélo et me proposer de payer la différence pour obtenir un autre modèle. Je pourrais éventuellement leur faire confiance une dernière fois. Mais je ne peux pas rester dans cette situation. »

Et de rappeler ce que représente ce vélo : « À Paris, le vélo est vraiment mon principal moyen de déplacement. C’est comme une voiture pour quelqu’un qui en a besoin pour travailler. J’ai donc besoin d’un vélo qui fonctionne, et qui fonctionne correctement. Un vélo dont l’assistance se coupe brutalement peut être dangereux. Je suis vraiment très en colère. »

Source : Upway

Il se dit « un peu désespéré » et coincé : « J’aimerais pouvoir vendre le vélo, mais je ne peux pas le vendre dans cet état. Je ne peux pas dire à quelqu’un : ‘Le vélo est encore en bon état, mais l’assistance ne fonctionne pas correctement et nous ne savons pas pourquoi.’ » « C’est dommage, notamment pour le design, mais je préfère presque aller chez Decathlon, payer beaucoup moins cher et pouvoir faire réparer le vélo directement sur place. Le véritable problème, c’est que je me retrouve dans un blackout total. Il n’y a plus aucun interlocuteur physique ou humain. »

Dérien Chabrier, lui, pose une question de calendrier : « Pour moi, c’est : quand est-ce qu’on revient à un niveau de service à la normale ? C’est clé dans ce rachat. C’est un peu toutes les attentes qu’on en a. Sans dire qu’ils doivent sortir de nouveaux modèles, sans dire qu’ils doivent investir dans de la com’ ou quoi que ce soit : qu’est-ce qu’on fait de ces clients qui sont délaissés aujourd’hui ? »

« Aujourd’hui, je n’attends pas grand-chose de Cowboy »

Dérien Chabrier juge prématuré de relancer des nouveautés : «Il faut nettoyer les logs, et après on avance. » Sa position de principe est claire : « Si on rachète une marque, soit on rachète juste la marque et le nom commercial, et pourquoi pas. Mais si on a envie de continuer à faire vivre la marque, ça se fait différemment. Et pourtant, je suis un fervent défenseur de Cowboy. Je trouve qu’ils font d’excellents vélos quand ça fonctionne. C’est d’une fluidité incroyable, le design est magnifique, tout est là. Mais il y a un vrai manque de suivi. »

Ce qui ne l’empêche pas de conclure : « Aujourd’hui, je n’attends pas grand-chose de Cowboy. Je ne recommande à personne d’en acheter, malheureusement, parce que c’est dans cet état-là. » Lui s’en tire à bon compte, dit-il, parce qu’il l’a acheté d’occasion : « Moi, ça va, je l’ai acheté d’occasion et il ne valait pas cher. Mais quand on l’a payé 3 000 euros, qu’il arrive un an en retard, et que dès qu’on a un truc qui déconne, on se retrouve comme ça, c’est dur. »

Grégory Trebaol, lui, concède l’essentiel du reproche : « Le service client est essentiel. Il faut sans doute que l’on communique davantage et que l’on consacre plus d’efforts à ces clients. C’est certain. »

Nous avons contacté le General Manager France de Cowboy, avec qui nous avons souhaité organiser un entretien téléphonique avant la publication des articles. Pour le moment, aucune entrevue n’a été planifiée.


Cet article fait partie d’un dossier global sur Rebirth. C’est le premier article d’une série de trois, exclusivement dédiée à Cowboy/Rebirth :

  • « Je ne recommande à personne d’en acheter » : la grogne et le désespoir des utilisateurs de vélos électriques Cowboy six mois après le rachat par Rebirth
  • 45 millions d’euros de dette effacés, 18 000 lignes de SAV, 12 000 cadres à remplacer : le patron de Rebirth défend sa reprise de Cowboy
  • Batteries introuvables, factures salées : le cauchemar des réparations chez Cowboy

Notre autre dossier, lui aussi en 3 volets, sur Angell/Rebirth :


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