Menacée de fermeture, cette usine Ford en Europe sauvée in extremis grâce à une alliance avec la Chine et Geely

 
Ford officialise une alliance avec le chinois Geely pour maintenir en vie son usine d’Almussafes, en Espagne. Une coentreprise doit démarrer sa production en 2028, mais au-delà de l’annonce, le constructeur américain reste avare de détails sur ce que cela signifie réellement pour l’avenir du site et de ses emplois.

Après plusieurs mois de rumeurs, Ford a confirmé la mise en place d’une coentreprise avec Geely pour faire tourner son usine valencienne d’Almussafes. Les premières spéculations avaient émergé peu après l’annonce du plan stratégique européen de Ford pour 2029, et se sont finalement muées en accord.

Sur le papier, l’opération ressemble à un sauvetage : le site, doté d’une capacité annuelle d’environ 450 000 véhicules, était visiblement en quête d’un second souffle. Reste que parler de « sauvetage » suppose qu’on connaisse précisément ce qui était en jeu et sur ce point, les deux groupes restent pour le moins flous.

Aucun chiffre d’investissement, aucun calendrier détaillé de montée en cadence, aucune précision sur le nombre d’emplois concernés n’ont été communiqués à ce stade dans le communiqué de presse publié par la marque.

Un point est tout de même connu, et il compte : une fois l’alliance formalisée, les quelque 4 000 salariés de l’usine seront transférés à la nouvelle société. Jim Baumbick, président de Ford Europe, a même reconnu que ramener le site à sa pleine capacité obligera à embaucher, sans avancer le moindre chiffre.

Une répartition qui laisse Ford aux commandes, en théorie

Selon les termes annoncés, Ford conservera 66 % de la structure commune, contre 34 % pour Geely. La coentreprise doit être lancée au premier semestre 2027, sous réserve de l’aval des autorités de la concurrence, avant une mise en production effective en 2028. L’objectif affiché est de partager les coûts de développement pour produire une gamme de véhicules dits « multi-énergies » (dont sûrement hybrides et essence), destinés aussi bien à la marque Ford qu’à celle de Geely.

Concrètement, la coentreprise vise cinq modèles sur le site, sous le mot d’ordre « une équipe, deux marques, cinq produits ». Le Ford Kuga, seul véhicule encore assemblé aujourd’hui, reste en production sans interruption. S’y ajouteront à partir de 2028 un nouveau SUV de la famille Bronco, un crossover familial « multi-énergies » dessiné par Ford et développé avec Geely, ainsi que deux SUV électriques de la marque chinoise.

Le constructeur chinois prévoit de son côté deux modèles électriques, dont peut-être la fameuse Geely E2, cette citadine électrique qui cartonne en Chine et qui arrive bientôt en France. Une production européenne pourrait lui permettre de s’affranchir des droits de douane supplémentaires.

Geely E2 // Crédit : Geely

On notera que la majorité capitalistique de Ford ne dit rien de la répartition du pouvoir industriel : dans ce type de montage, c’est souvent le partenaire qui apporte la technologie et les plateformes qui pèse le plus lourd dans les décisions concrètes, indépendamment du pourcentage détenu. Et de ce côté, il semblerait tout de même que Geely soit plus en avance que Ford de ce côté, le constructeur américain qui multiplie les partenariats car rappelons que les Explorer et Capri repose sur des bases Volkswagen en l’occurence l’ID.4.

Un symptôme de plus des difficultés européennes des constructeurs occidentaux

Cet accord s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large : celui des marques historiques cherchant, faute de mieux, à s’appuyer sur des partenaires chinois pour rentabiliser des usines devenues difficiles à faire tourner seules face à la pression des coûts et à la transition électrique.

Ford avait déjà annoncé une révision de sa stratégie européenne, et cette alliance avec Geely en est visiblement l’une des traductions concrètes. Même si Volkswagen botte encore en touche, il semblerait que certains constructeurs chinois soient en passe de rafler la mise sur certaines usines allemandes en difficulté.

Et la France n’est pas épargnée non plus. L’usine Stellantis de Rennes va bientôt accueillir la production d’un modèle Dongfeng, partenaire chinois historique du groupe et notamment de l’ex groupe PSA devenu Stellantis après sa fusion avec FCA. L’usine de Rennes ne produit actuellement que le Citroën C5 Aircross et pourrait vite se retrouver en difficulté si la demande flanche.


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