
Que BYD veuille grandir en Europe, on le sait. Le constructeur de Shenzhen répète depuis des mois qu’il cherche des usines à racheter et qu’il lorgne des marques historiques. Ce qu’on savait moins : il aurait aussi frappé à la porte de Renault.
C’est ce que révèle une enquête des « Echos », journal économique de référence, qui affirme tenir l’information de sources proches du dossier.
D’après ce récit, BYD aurait approché la direction française à deux reprises. La première fois en 2024, quand Luca de Meo dirigeait encore le groupe. À l’époque, Renault aurait écouté, tenu quelques réunions, puis coupé court aux discussions. L’objectif chinois n’était pas un simple partenariat industriel : BYD aurait voulu devenir actionnaire.
Deux approches, deux refus
La seconde tentative daterait de l’automne 2025. Quelques mois plus tôt, Stella Li, numéro deux de BYD et responsable des opérations européennes, aurait été reçue par Emmanuel Macron lors du sommet Choose France, où elle aurait fait savoir qu’elle voulait rencontrer Renault.
Selon les « Echos », c’est Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration du groupe, qui l’aurait reçue au siège. Elle aurait de nouveau proposé que BYD entre au capital.
Sur le papier, l’opération avait une logique. Renault aurait accédé à la technologie de BYD sur l’électrique, les hybrides rechargeables et surtout les batteries. En échange, le Chinois aurait mis la main sur des usines européennes déjà en place.

Sauf que BYD ne visait pas un mariage équilibré : une source citée par le journal parle d’une « volonté de prendre le contrôle ». Difficile à imaginer pour Renault, mais aussi pour l’État français, qui détient 15 % du capital et 30 % des droits de vote. Le groupe aurait donc, là encore, refusé.
La part de l’État français mérite une précision : au-delà des 15 % du capital, l’État dispose de droits de vote renforcés grâce à la loi Florange, qui accorde un droit de vote double aux actionnaires détenant leurs titres depuis plus de deux ans. C’est ce qui lui donne un poids déterminant pour bloquer toute prise de contrôle hostile.
Un détail donne du poids à ce refus : à l’époque de la première approche, Renault s’était déjà rapproché d’un autre chinois, Geely, avec un partage d’usine en Corée du Sud. Mais le groupe français s’était fixé une ligne claire : pas ce genre d’accord sur son marché européen.
On comprend mieux, alors, pourquoi les avances de BYD n’ont pas abouti. Contactés par le journal, Renault comme BYD ont refusé de commenter. Sans confirmation des intéressés, ces informations restent à prendre avec précaution.
La méthode chinoise : racheter plutôt que partager
Ces approches, vraies ou non, collent parfaitement à ce que BYD assume publiquement. Stella Li répète qu’elle veut des usines européennes disponibles, et le groupe a fini par confirmer qu’il pourrait installer un second site en France.
Côté marques, elle a décrit Maserati comme « très intéressante », ce qui a suffi à faire s’emballer la presse. Jusqu’à ce que Stellantis tape du poing sur la table et répète que sa marque n’est pas à vendre.

Le point commun de toutes ces manœuvres : BYD préfère le rachat pur au partenariat. C’est justement là que se situe la frontière avec Stellantis, qui a choisi la voie inverse. Le groupe franco-italo-américain distribue déjà les modèles Leapmotor en Europe et produira certaines de ses voitures électriques dans ses usines espagnoles de Saragosse et de Madrid.
Une coentreprise sans prise de contrôle, donc. BYD, lui, veut les clés. Et pendant ce temps, un autre géant chinois, Chery est déjà passé devant BYD sur le marché européen. La bataille pour l’Europe est bien lancée.
Si ces révélations se confirment, elles montrent que tous les constructeurs français sont dans le viseur, y compris au-delà des usines à l’arrêt de Stellantis. Renault a tenu bon, porté par la présence de l’État à son capital.
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