Voiture électrique : le futur SUV de Ford, cheval de Troie de la Chine en Europe ?

Base chinoise, badge Ford

 
Ford construira à Valence, en Espagne, un SUV compact reposant sur la plateforme électrifiée chinoise GEA de Geely, avec un lancement visé en 2029. Le constructeur américain n’a désormais presque plus d’architecture maison pour ses modèles électrifiés en Europe.
Essai Geely E5 // Source : Paul-Émile CASSORET pour Frandroid

Ford avait annoncé en juillet une collaboration avec Geely autour d’un crossover compact « multi-énergies », sans dire sur quelle base technique il reposerait.

An Conghui, nouveau président de Geely Auto Group, l’a confirmé le 17 août devant les analystes : ce sera la GEA, pour Global Intelligent Electric Architecture, l’architecture maison du constructeur chinois. Production à Valence, en Espagne, et lancement visé en 2029.

La GEA accepte aussi bien des motorisations 100 % électriques que des hybrides rechargeables, ces modèles dotés d’une batterie qu’on branche et d’un moteur thermique en appoint.

Elle roule déjà en Europe sous les Geely EX5, un SUV électrique, et Starray, un SUV hybride rechargeable. Renault l’utilise aussi au Brésil, rebaptisée RGEA après ses propres modifications, pour deux futurs modèles produits à Curitiba, où Geely détient 26 % de Renault do Brasil.

Ford n’a presque plus de plateforme à lui en Europe

Le SUV de 2029 s’ajoute à une liste qui s’allonge. L’Explorer et le Capri électriques roulent sur la MEB de Volkswagen, et le Capri a même récupéré en premier la nouvelle batterie du groupe allemand. À partir de 2028, Renault fournira une petite citadine électrique et un SUV dérivé.

Ford Capri // Crédit : Ford

Seul le Bronco, lui aussi attendu à Valence en 2028, s’appuiera sur une base Ford, potentiellement celle du Kuga actuel. Pour différencier son SUV des Geely, la marque promet un style et une dynamique « rally-bred », en référence à l’Escort, à la RS200 et à la Sierra Cosworth. Le châssis, la batterie et l’électronique viendront tout de même de Chine.

Valence, tête de pont européenne de Geely

La coentreprise exploitera l’usine espagnole. Centurion Industries, société détenue par le groupe chinois, versera 221 millions d’euros (259 millions de dollars) à Ford pour 34 % du site. Le dossier déposé par Geely est explicite sur l’intérêt de l’opération : elle permet de « réduire les risques d’exécution et les besoins en investissements liés au développement indépendant d’une nouvelle base de production ». Menacée de fermeture il y a peu, l’usine tournera pour deux clients : An Conghui annonce « un nombre assez important de modèles » Geely, à commencer par l’EX5, produit sur place dès 2028.

L’usine d’Almussafes peut sortir environ 500 000 voitures par an, mais elle tourne autour de 30 % de ses capacités, avec pour seul modèle le Kuga sur ses lignes. En y ajoutant le Bronco, le crossover Ford et les SUV Geely, la coentreprise cherche surtout à remplir de nouveau des chaînes largement sous-employées.

Le calcul douanier vient confirmer le rendement de l’opération chinoise. Les voitures électriques importées de Chine subissent des droits de 28,8 % dans le cas de Geely, droit d’importation standard de 10 % compris. Assembler en Espagne les efface et prépare le terrain aux futures exigences « Made in Europe » que l’Union européenne veut mettre en place pour favoriser les véhicules électriques produits sur son sol.

Partenariat Ford et Geely en Espagne

An Conghui promet de localiser la chaîne d’approvisionnement, sans en détailler le contenu. Le montage, lui, est un copier-coller de l’accord signé en Corée du Sud en 2022, quand Centurion Industries avait pris 34 % de Renault Korea Motors et de son usine de Busan. Automotive News parle de « reverse joint venture » : l’inverse des coentreprises historiques, où les marques occidentales apportaient la technologie en Chine. Stellantis a bâti un accord comparable avec Leapmotor, qui occupe la capacité disponible de ses usines espagnoles et fournit la plateforme d’un futur SUV Opel.

Geely a besoin de ce genre de portes d’entrée : le groupe vise 400 000 ventes annuelles en Europe avec Geely, Lynk & Co et Zeekr réunis, alors que les trois marques ont écoulé un peu moins de 25 000 voitures au premier semestre 2026, selon les chiffres de Dataforce.

C’est déjà plus du triple d’un an plus tôt, mais l’écart avec l’objectif reste énorme, et il explique pourquoi Ford sert de porte d’entrée au constructeur chinois. Volvo, autre filiale du groupe, produira par ailleurs des modèles premium de Geely Auto dans ses usines européennes à partir de 2028.

Pour un acheteur français, ce SUV de 2029 sera un Ford assemblé en Espagne sur une base technique chinoise, avec le choix entre électrique et hybride rechargeable. Ni le nom commercial ni le prix ne sont connus, et la coentreprise n’est officiellement qu’au stade de la proposition. Le réglage du châssis dira si l’héritage rallye est autre chose qu’un argument de communication.


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