Une loi solaire et des canicules : comment l’Allemagne a freiné ses heures de prix négatifs

 
Alors que les heures de prix négatifs se multiplient en France et ailleurs en Europe, l’Allemagne fait état d’une baisse pour la première fois en quatre ans. La consommation électrique tirée par les fortes chaleurs estivales et la diminution de la production éolienne ont contribué à cette tendance. Mais le pays doit surtout ce résultat à la réforme de son soutien au solaire.
Les 8 panneaux solaires Anker Solix IBC 455 W // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

Cette année, il était presque impossible de passer à côté de l’information : les heures de prix négatifs de l’électricité se sont multipliées presque partout en Europe. Résultant principalement de l’essor du solaire et de l’éolien, le phénomène témoigne des difficultés croissantes à équilibrer la production et la consommation d’électricité.

Lorsque l’offre dépasse largement la demande, les prix peuvent en effet passer sous zéro. Mais alors que de nombreux pays européens enregistrent une hausse de ces épisodes, l’Allemagne, pourtant engagée dans le développement massif des renouvelables, fait figure d’exception. Le nombre d’heures concernées y est en baisse cette année.

Une baisse de 13 % sur l’ensemble de l’année ?

Au 27 septembre, l’Allemagne avait enregistré 463 heures de prix négatifs depuis le début de l’année, contre 511 à la même période en 2025. Pour la première fois en quatre ans, le pays voit diminuer ces épisodes. Selon les estimations du cabinet d’analyse Kpler, citées par Bloomberg le 28 septembre, leur nombre devrait diminuer de 13 % sur l’ensemble de l’année, en glissement annuel.

Sur l’ensemble de 2025, l’Allemagne avait cumulé 576 heures de prix négatifs, d’après le cabinet britannique Ricardo. Avec 463 heures au 27 septembre, le pays se retrouve désormais derrière la France, qui en compte 520 sur la même période.

La réforme solaire allemande, entrée en vigueur le 25 février 2025, semble porter ses fruits cette année. Elle supprime la rémunération garantie des installations solaires de plus de 2 kWc mises en service depuis cette date, dès que les prix de l’électricité deviennent négatifs ; pour celles de 2 à 100 kWc, la règle s’applique une fois le compteur intelligent installé. Cette loi, appelée Solarspitzengesetz, ou « loi sur les pics de production solaire », vise à réduire les coûts du soutien public et à limiter les injections d’électricité lorsque la production est déjà excédentaire.

Avant la réforme, la rémunération n’était suspendue qu’après plusieurs heures consécutives de prix négatifs, si bien que les exploitants pouvaient continuer à injecter leur production en touchant leur tarif garanti pendant la plupart de ces épisodes. Désormais, ils n’ont plus intérêt à injecter pendant ces heures et réduisent ou suspendent leur production. Les heures non rémunérées ne sont pas perdues pour autant : elles donnent droit à une prolongation de la période de soutien de 20 ans.

La loi touche aussi les particuliers équipés de panneaux. Tant qu’elles ne disposent pas d’un compteur intelligent, les nouvelles installations de 2 à 100 kWc ne peuvent injecter que 60 % de leur puissance sur le réseau. Les petites installations de moins de 2 kWc, comme les kits solaires de balcon, ne sont pas concernées par la suppression de la rémunération.

La hausse de la demande électrique durant l’été aura également été bénéfique pour le réseau allemand. Le recours accru à la climatisation pendant les vagues de chaleur a fait progresser la consommation, permettant d’absorber une bonne partie de l’électricité solaire. Selon les données de l’institut Fraunhofer reprises par Bloomberg, la consommation a progressé de 10 % sur un an de mai à juillet, alors que les températures dépassaient parfois les 40 °C. À cela s’ajoute une production éolienne plus faible en mai et en juin, selon Kpler, ce qui a limité les volumes d’électricité disponibles sur le marché.

La France et l’Espagne battent leur record

Pendant ce temps, d’autres pays européens battent leur record d’heures à prix négatifs. C’est notamment le cas de la France, qui en comptabilisait déjà 520 à la fin du mois de septembre. Le chiffre dépasse le total enregistré sur l’ensemble de l’année 2025, qui s’élevait à 513 heures. Si le développement des énergies renouvelables a contribué à cette évolution, RTE pointe aussi le retard pris dans l’électrification des usages, qui empêche la consommation de repartir à la hausse.

L’Espagne enregistre également un niveau historique. À la fin du mois de septembre, le pays avait dépassé les 700 heures de prix négatifs, soit une hausse de 31 % par rapport à l’année précédente. L’abondance de la production solaire et l’insuffisance marquée des capacités de stockage en sont les principales causes. Le pays peine en outre à écouler son excédent d’électricité, faute d’interconnexions suffisantes avec ses voisins.

Pour l’Allemagne, le répit pourrait toutefois être de courte durée. Le pays s’est fixé pour objectif de couvrir 80 % de sa consommation brute d’électricité avec des énergies renouvelables d’ici 2030, contre 60,7 % sur les trois premiers trimestres de 2026. Si le développement du solaire et de l’éolien se poursuit à ce rythme, la question de l’équilibre production/consommation restera centrale. Le stockage, les solutions de flexibilité et l’électrification des usages devront progresser au même rythme pour éviter le retour des heures négatives.

Dans un livre blanc publié en 2025, le cabinet Montel projetait, dans son scénario de base, environ 1 600 heures de prix négatifs par an en Allemagne d’ici 2030. Il estimait toutefois que la règle introduite par la Solarspitzengesetz pouvait en réduire nettement le nombre.


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