Boom du solaire : ce phénomène inédit qui fait basculer les prix de l’électricité sous la barre de zéro

 
Nous ne consommons pas assez d’électricité, ou du moins, pas au bon moment. En témoigne le nombre d’heures de prix négatifs en France qui continue d’augmenter d’une année à l’autre. Sur les cinq premiers mois de 2026, RTE en a déjà recensé plusieurs centaines.
Les 8 panneaux solaires Anker Solix IBC 455 W // Source : Vincent Sergère pour Frandroid

En 2022, la France traversait une crise énergétique sans précédent. Une grande partie du parc nucléaire était à l’arrêt pour des opérations de maintenance et des problèmes de corrosion, et la production hydraulique était pénalisée par la sécheresse. Le tout dans un contexte de guerre en Ukraine et de tensions sur les marchés de l’énergie. Le pays craignait alors des problèmes d’approvisionnement, au point de lancer des appels à la sobriété pour éviter des coupures.

Aujourd’hui, cette situation difficile est bien loin derrière les Français. Le nucléaire a retrouvé un bon niveau de disponibilité, et les renouvelables (éolien et surtout solaire) ont fortement progressé. Maintenant que la page de la crise énergétique 2022 est bel et bien tournée, c’est désormais à une nouvelle réalité que le pays doit faire face : la gestion des épisodes de surproduction, en particulier aux heures de forte production photovoltaïque.

Plus de solaire, plus d’heures de prix négatifs

On reconnaît cette surabondance d’électricité solaire à travers un indicateur clé : les fameux prix négatifs sur le marché de gros. Ces épisodes se multiplient à mesure que la part du photovoltaïque augmente dans le mix électrique français.

Selon Thomas Veyrenc, directeur général économie, stratégie et finances de RTE, cité par l’AFP, entre le 1er janvier et le 27 mai 2026, le système électrique a enregistré 306 heures de prix négatifs, contre seulement 24 heures sur la même période en 2023. En l’espace de trois ans, près de 16 GW de capacités supplémentaires ont été installés, portant la puissance totale du parc solaire à 33 GW selon les données officielles.

Selon le bilan électrique de RTE, en 2025, on recensait moins de 250 heures de valeurs négatives de janvier à mai, et moins de 160 heures en 2024.

Pour situer l’ordre de grandeur : sur les cinq premiers mois de l’année, l’Allemagne avait déjà battu son propre record en 2025 avec 573 heures de prix négatifs. La France, longtemps protégée par son socle nucléaire pilotable, rattrape désormais ce phénomène à mesure que le solaire monte en puissance.

Évolution du nombre d’heures de prix négatifs de 2023 à 2025. // Source : RTE

De plus, cette année, le système électrique a connu des saturations plutôt précoces. Les valeurs négatives sont effectivement apparues dès le mois de février alors que d’habitude, elles arrivent au printemps. Par ailleurs, leurs prix ont également atteint des niveaux records. Début mai, les chiffres sont tombés à -498 €/MWh, soit à seulement deux euros du plancher réglementaire fixé à -500 €/MWh, contre une moyenne de −20 €/MWh sur la période.

Pour le consommateur, ces prix négatifs ne se traduisent pas (encore) par une facture allégée. Au tarif réglementé classique, le prix du kWh reste fixe quelle que soit l’heure : impossible de profiter des moments où l’électricité ne vaut plus rien sur le marché de gros. Seuls les abonnés à une offre à tarification dynamique, encore minoritaires, peuvent en tirer parti aujourd’hui.

Une consommation plus adaptée en réponse à ces changements

Mais selon RTE, ce n’est pas tant les prix qui intéressent le plus ici, mais le volume des prix négatifs. Leur multiplication signifie que les consommateurs peinent de plus en plus à absorber l’électricité solaire, alors que le parc photovoltaïque ne cesse de s’étendre.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il est devenu urgent de renforcer la flexibilité de la demande via différents mécanismes, tels que la mise en place des « heures creuses solaires ». Celles-ci encouragent une consommation plus adaptée à la production photovoltaïque.

Certains fournisseurs, comme Sobry ou Frank Énergie, ont quant à eux lancé des offres à tarification dynamique, dont les prix évoluent d’heure en heure en fonction des conditions du marché. L’idée est d’influencer le comportement des consommateurs grâce à des signaux tarifaires.

D’autres solutions pour équilibrer le système électrique

Le stockage est aussi un levier à actionner, et devrait désormais aller de pair avec les panneaux solaires. Il permet d’absorber les excédents de production lorsque l’offre dépasse la demande, puis de restituer cette énergie aux moments où les besoins augmentent. À mesure que les capacités solaires se développent, la complémentarité entre production et stockage devient essentielle pour maintenir l’équilibre du réseau.

Avant même le déploiement de ces nouvelles solutions, l’équilibrage du système reposait déjà largement sur les moyens de production pilotables, en particulier les centrales nucléaires et hydrauliques. Et depuis le 1er janvier 2026, tous les moyens de production de plus de 10 MW, même les installations renouvelables, doivent désormais participer au mécanisme d’ajustement de RTE.

Ce dispositif permet au gestionnaire du réseau d’augmenter ou de réduire la production de certaines installations afin de garantir, en permanence, l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité.


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